‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 176 sur 223 · LE COMTE DE VAULGBEN ANT. 173Î-I · texte numérisé non relu

LE COMTE DE VAULGBEN ANT. 173Î-I

roi de Sardaigne ne prendra jamais sans y stipuler des avantages, dans les cas où l'on viendrait à agir : il sufGra pour !ors d'expliquer et de discuter ce qui pourrait être convenu, et qui peut f^tro difTérent, suivant lit situation où seraient les afTaires.

Pour porter ce Prince à se Uer avec le Roi, il est nécessaire que l'ambassadeur de Sa Majesté :

En premier lieu d(^truisc lu fausse opinion que l'on aurait pu former, que l'alliance de la France n'est plus aussi désirable depuis que l'Angleterre s'en csl désunie; il n'est pas difficile de prouver qu'au contraire ia France n'est jamais tant » rechercher que lorsque se pouvant regarder libre de toutes sortes d'engagements, elle peut suivre les mouvements de ses bonnes dispositions pour un allié tel que le seroit le roi de Sardai^oe, sans (firc contrainte, comme elle l'a souvent été dans les derniers temps par l'Angleterre, toujours trop en gaixle contre ce qui lendoit à la diminution de la puissance de l'Empereur, lors même qu'elle paroissoit le plus animée contre lui.

En second lieu, on ne saiiroit trop répéter ù la cour de Turin une chose dont elle devrait être entièrement convaincue, c'est que le Roi content de la puissance et des Étnts que Dieu lui a donnés, n'est et ne sera point susceptible de désirs ni de vues d'agrandissement; qu'ainsi, dans les mesures que les autres souverains pourront prendre avec Sa Majesté, ils ne sauroient jamais y trouver que de très grands avantages, puisque les stipulations qui seroient faites, ou leur procureraient la garantie du Roi pour ce qu'ils possèdent aujourd'hui, ou bien leur promettront tout le fruit des succès que l'on aurait sur ceux contre qui on entreroit en guerre. Sa Majesté dans les sentiments où Elle est, ne pouvant se proposer de rien gagner pour Elle-même.

En troisième lieu, il convient de faire sentir h propos l'apparence et même la probabilité qu'il y a que l'union d«.> l'Espagne avec l'empereur et l'Angleterre ne subsistera pas longtemps, et que cette couronne, tant pour ce qui l'intéresse direcfontenl, que pour la sûreté de Don Carlos et le maintien de» troupes espagnoles en Italie, aura bientôt recours à la France. '

En quatrième lieu, il ne peut qu'être avantageuï de s'explï-

HEGOCIATIONS DU GENERAL FILIPPl A TURIN. 387

qner quelquefois, de manière à faire comprendre que toute intelligence n'est pas rompue entre le Roi et quelques-unes des Puissances qui ont participé, ou comme contractantes, ou comme adhérentes aux engagements portés par le traité du )6 mars 1731, et qu'il y en a parmi elles qui se prèteroient %'olonliers à mériter l'amitié et la protection de la France.

En cinquième Heu, l'ambassadeur du Roi s'attachera h imprimer une idée avantageuse des négociations que l'on ne peul s'empPcher de présumer, que le Roi fait suivre avec les Princes et Etats de l'Empire et du Nord qui, ou ne sont pas encore livrés à ces engagements, ou y sont (out à fait contraires.

Mats ces propos et ces insinuations ne peuvent avoir d'elTcl conforme aux désirs du Ruî, qu'aulanl que le sieur comte de Vaulgrenant saura les employer convenablement, choisissant bien le temps de les placer, ol les poi'sonncs à qui les adresser.

Pour réussir dans ce chois il doit avant toutes choses, reconnoltre en quelle situation se trouve le général Philippi', qui est de la part de l'empereur à Turin. Il est essentiel que !'am- Itassadeur du Roi sache bien s'il a à prévenir ou à faire tomber iiûe ni-gorialion de ce ministre. Le sieur comte de Vaulgrenant donneroit au Roi une vérilable marque de son habileté et de son zèle, si, dus les premiers temps de son séjour à Turin, il parvenoit à découvrir en quoi consistent les oITres que Philippi est chargé do faire au roi de Sardaigne; car, pour ce qui est des propositions et des demandes qu'il lui a faites ou fera, il n'y a pas à douter qu'elles ne consistent en une adhésion au traité de mars 11^1, et une garantie de la Pragmatique Sanction, peutêtre même jusqu'à demander ou à préparer les voies pour le concours de ce Prince k l'élection d'un rui des Romains, et pour la promesse de le faire rcconnoître. L'on ue peul presque pas (Jouter que ce ne soit le véritable objet des vues actuelles de l'empereur, et qu'il ne fasse sur cela sonder les puissances de l'Europe. Le Roi une fois informé et certain de ce que l'empereur fait espérer à la cour de Turin pour obtenir d'elle ces points qui lui sont si essentiels, Sa Majesté pourroit envoyer à son

ambassadeur des ordres et des inslrtictions qui le metlroient en t'-lal d'alToiblir, aux yeux du roi de Sardaignu, les tivanlages offerts au nom de l'empereur.

Il est impossible que le roi de ëardai^ne ou sente de luimême combien il lui j^eroit dangereux de s'unir h un Prince qui n'a d'autre vue que de devenir trop puissant, et dont la force, une fois affermie, se tournera principalement pour augmenter de plus en plus l'autorité et le despotisme qu'il veut avoir on Itiilie, et qui ne peut s'augmenter qu'au prf^judic*' et à la diminution du pouvoir des Princes d'Italie. Il ne sera pa» difiicite au sieur comte de Vaulgrenant de, faire envisager & M Prince des avantages bien«upiîriours et plus rt^cls dans une alliance avec la France. Sa Majesté confie d^s aujourd'hui «a sieur comle de Vaulgrenant, que, le roi de Sardsiignc venant à traiter avec elle et s'y livrant avec une bonne volonté cl un» bonne foi enliôres, ce Prince obtiendroil d'Ellc des stipulations favoraMes sur tout ce qui serott capable de le tenter et Dattcr du cdté de l'Italie, h l'exception, n(''anmoins, do ce qui intéresse de droit Don Carlos, à quoi Sa Majesld ne voudrojl jaioai donner atteinlo.

Les principes ni les sentiments du Roi ne sont pas dontca: par rapport à ce qu'a iiô}k fait l'empereur et à ce qu'il pourr* encore tenter en faveur de sa succession, telle qu'il veut l'^li blir. Le comte de Vaulgrenant pcul, suivant les circonstances, en faire faire l'observation au roi de Sardaigne ou à ceux de ses ministres qui lui en parleruiout. La conduite qn' tenue la France toujours fidèle et constante dans ce qu' devoit h. des alliés, même dans le temps où elle ne pouvoil ignorer qu'ils s'écartoient de la foi des traités, doit encore plu la faire rechercher des Princes qui sauront s'attirer les secouit qu'elle peut promettre et tenir. Le Roi préférera loujours 11 tranquillité de l'Europe à tout ce qui n'intéressera ni sa gloiil ni ses intérêts, ni ceux des Puissances avec qui il aura pril désengagements; çt rien ne lui coûtera pour établir cette vériU aux yeux de l'Europe : suite nécessaire des principes stabla que le Roi a choisis pour base de son règne, et que Sa Maj^^ est plus en état d'effectuer depuis que l'infidélité de ceux qu'ell

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