PROJETS AMBITIEUX DE L'ESPAGNE
wiqu'elle sache fort bien el qu'elle priîvoie que tous les efforts que continuent de faire le Vice-Roi do Naples et Don Jean d'Autriche pour amasser de grandes sommes d'argent et pour assembler des troupes, des vaisseaux et des galères, et que, d'un autre côté, l'armée qui est aujourd'hui dans l'État de Milan et l'argent qu'on en tire sera employi^ ailleurs par ses ennemis contre ses propres États avec plus d'apparence et (ooimp certitude de plus grand préjudice pour cette couronne que si la guerre eût continué dans l'Italie.
Que s'il étoit jugé à propos pour plus grande sûreté de la place de Casai que les armes de Sa Majesté n'en sortissent pas, ouqoe les Espagnols, pour des raisons qu'on ne peut prévoir, ne se disposassent pas de leur côté à l'ouverture ci-dessus, ledit sieur d'Argenson saura que Sa Majesté est prête encore pont le bien et la sûreté de l'Italie de consentir qu'il s'y fasse une tr^ve de quatre ou cinq ans.
Si tant d'avances faites pour le repos de l'Italie par Sa Majesté au préjudice mf'me de ses propres intérêts, comme il a éii montré ci-devant, ne sont pas acceptées par l'Espagne, on pourra conclure par une conséquence nécessaire et infaillible qu'elle n'a pas tant d'envie de faire du mal à ta France comme dose rendre plus puissante en un lieu où elle croit d'y trouver plas de facilité qu'aux autres endroits, et que les conséquences en e«ronl plus grandes pour l'avancement de ses desseins ambitieux de monarchie universelle.
Et, en ce cas, tous les artilices et tours de souplesse dont ils se sont servis jusqu'à cette heure pour endormir ceux qui pourroient se méfier de leurs grands appareils de guerre, seront pleinenaent découverts, puisqu'ils n'assemblent de grandes armées que pour s'opposer aux progrOs de cette couronne ea Italie, ils en seront bien moins assurés par tous leurs préparatifs pour considérables qu'ils soient, qu'ils ne le seroient en acceptant les propositions ci-dessus, qui melleni en pleine sûreté tous les grands Etats qu'ils y possèdent non seulement «attaques des armes du Roi, mais des révoltes des peuples s n'ont pas peu de sujets d'appréhender dans les inhumatés qu'ils exercent en leur endroit, outre que les Princes
SS M. D'ARGENSON, i65i.
d'Italie pourroient encore s'intéresser à cette sûreté, s'engageant à prendre les armes contre les infracteurs de la paix, c'est-àdire contre cette couronne, si, après le traité, elle songeoit en Italie à autre chose qu'à la conservation de Pignerol, et contre l'Espagne, si elle avoit d'autres desseins que la conservation de ses Etats.
Ledit sieur d'Argenson saura aussi que, pour ôter d'autant plus tout sujet de jalousie. Sa Majesté consentira qu*on puisse convenir de limiter la garnison ordinaire de Pignerol à certain nombre de troupes qui seront jugées pouvoir suffire pour sa défense et sa sûreté, en cas que les Espagnols fassent cette instance comme nous ferons celle que les troupes de l'Etat de Milan soient réduites à l'ancien pied.
Pour conclusion, les propositions ci-dessus sont certainement si convenables dans l'état présent des affaires, si avantageuses à toute l'Italie et si utiles en particulier à l'Espagne, qu'il n'y a pas lieu seulement de douter qu'elles ne doivent être volontiers acceptées par elle, voire embrassées avec chaleur, si ce n'est que l'ouverture venant de cette couronne, cette seule raison les y rende difficiles.
C'est pourquoi. Sa Majesté estime que pour le bien de l'affaire et pour en espérer infailliblement un bon et prompt succès, il seroit très important que la République ou tel autre Prince qu'on aviseroit en fit la première proposition comme de lui aux ministres d'Espagne sans témoigner d'être informé làdessus des intentions de Leurs Majestés, mais disant seulement qu'on a voulu, avant que passer outre, savoir les sentiments du Roi Catholique, et, qu'en cas que la France ne s'y porte, on avisera conjointement aux meilleurs moyens de l'y disposer, môme de l'y contraindre.
Enfin, le but de Sa Majesté est ou de faire effectivement la paix en Italie, ou faisant connoître évidemment à tous les Princes l'aversion que les Espagnols y ont par les espérances d'y faire de grands progrès à leurs dépens, les obliger à se lier d'amitié plus étroitement que jamais avec cette couronne et de songer conjointement avec elle aux moyens de les empêcher de venir à bout de leurs mauvais desseins.
Sa Majesté désire que le dit sieur d'Ârgenson prenne son chemin par le Piémont, et que, conjointement avec le sieur Président Servien, son ambassadeur ordinaire à Turin auquel il communiquera le présent mémoire, ils agissent ensemble auprès de Madame et de Monsieur de Savoie en conformité et pour Tezécution de ce qui y est contenu, à quoi la maison de Savoie a le principal intérêt.