‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 4 sur 223 · RAPIDES PROGRES DES COMTES DE SAVOIE. U · texte numérisé non relu

RAPIDES PROGRES DES COMTES DE SAVOIE. U

d'Arménie et de Jérusalem. Les ducs de Savoie n'étaient pas encore admis & la dignité royale, que déjà iU en réclamaient les honneurs en invoquant ces titres.

Il tant d'ailleurs recoonaitre que plusieurs de ces premiers comtes étaient personnellement doués de solides qualités. Avant qae l'histoire consacrât comme tacticiens ou grands politiques les Emmanuel-Philibert et les Victor-Amédée, la Savoie compta des souverains dont le nom mérite d'être rappelé : Thomas l" (1188-1233), qui fortifia Cbambéry et y établit la capiUlf de ses éUU ; Amcdéc V {1285-1323), a qui l'empereur Henri VII accorda en 1310 lu dignité princière et qui mérita le surnom de Grand, par suite de guerres heureuses iQmtre les Dauphins Je Viennois, les comtes de Genève, les [Uis de Saluées et de Montferrat : Amédée VI, dit le comte *Ui (1313-1383), vaillant capitaine qui eut à soutenir des luttes avec tous ses voisins et courut les hasards des batailles en France, en Bulgarie, à Naples ; Amédée VII, dit le comte Rouge (1383-1391), qui annexa à ses états le comté de Nice ; Amédée VIII enfin, surnommé le Pacifique, qui acquit le comté de Genève, reçut do l'empereur le titre de duc de Savoie, et fut élu pape en 1439, sous le nom de Félix V. Grâce à l'ensemble de circonstances qui viennent d'être ÎÈvement rappelées, les descendants des petits comtes de Luricnne acquirent en Europe dans la grande famille des iverains, une situation personnelle très supérieure à celle que comporluit l'étendue de leurs états. A certaines heures critiques de leur histoire, le prestige attaché à leur nom fut pour eux UD puissant soutien dont ils surent en général tirer •ilcment parti. Un grand sens pratique, une suite dans les 19 qui, chez !a plupart d'entre eux, ne peut manquer de ''frapper, le tempérament robuste et belliqueux de leurs sujets permirent aux descendants des anciens comtes de Maurienne de décapler en trois siècles l'étendue de leur domaine. Ajou- Jtwis aussi, comme cause de force et de vitalité, l'heureuse conition de leurs états situés à cheval sur la puissante barlière des Alpes. Les comtes de Savoie ont ainsi possédé, pendant toute la durée du moyen âge, en deçà et au delà des monts,

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XII INTRODUCTION

comme deux foyers de vie, dont l'un ranimait l'antre aprôs un échec ou une invasion. Lorsqu'on 1416. le comté de Savoie fut érigé en duché, ses limites embrassant tout le massif des Alpes, depuis le lac de Genève jusqu'à la Méditerranée, coupaient toute communication entre la France et l'Italie.

En 1426, las des exactions du duc de Milan, Philippe-Marie Visconti, la plupart des Etats de la haute Italie conclurent à Venise une ligue contre lui. En vertu de cet arrangement. Milan, Pavie, Novare, Verccil, Tortone, Voghera, Alexandrie et Ast devaient être attribués au duc de Savoie lorsqu'on se partagerait les dépouilles du vaincu. Une transaction désarma les partis, et, par le traité de Turin {2 décembre Hâ"]), le duc de Milan se réconcilia avec Amédée VllI, en lui abandonnant Verceil '. On peut voir là comme un premier essai des princes savoyards dans la politique d'absorption progressive qu'ils adoptèrent, dans la suite, à l'égard du Milanais. En 1447, l'ambitieux duc de Milan mourut trahi par la fortune et sans laisser d'héritier direct. L'empereur Frédéric, Alphonse roi d'Aragon, le duc d'Orléans, François Sforza fils adoptif de Philippe-Mario, et le duc de Savoie boau-frèro du défunt, se mirent en ligne pour recueillir la succession. Si les princes de Piémont avaient, dès cette époque, comme ils l'ont fait dans la suite , fixé d'une façon définitive l'orientation de leur politique en Italie, l'occasion pour eux eût été sans doute favorable pour s'étendre du côté de Milan. Pressés par les bandes de François Sforza, les peuples appelèrent le duc de Savoie. 11 ne sut pas profiter du moment : Sforza finit par l'emporter. D'après un contemporain, Olivier de la Marche, « si le duc Loys cust esté bien actif ou bien servy, il cust eu M grande part au duché de Milan, parce que les Milanois <( l'avoient en grand amour et crainte et furent les armes de H Savoie par les Milanois mises aux portes de Milan plus de H douze jours ; mais le duc Loys fut homme de petit effet en H armes, pourquoy il perdit cette bonne adventure « ',

1, D. CftrulLi, Sloria detla diplomazia délia eorlt di Savoia, I, p. 224.

2. Mémùira d'Olivier de la Uarcht, Ed. do la Société de l'Hittoire de Fr&DCSi U, p. 116.

LOnS SI ET LA SATOIE. ini

Avec le règDe de Louis XI débataît ooe ère DOOTelle pour la inaif<in de Ssvote. Joàqoe là. sauf i rocca&too de quelques catRymes *"™*"™"' et d'un ïntâèt génJnl comme les croiwaàes. In eoales 4e Samie s'oot exercé qu'une bcUoo par«- ■mbI lottle. Leur mAneiiee polHiqDe ne s*esl ^ère éto4uiae ■■ delà des limites étroites de la région des Alpes. Ce sont des fcaiimii ftedaiu cherchant i s'agrandir aux dépens d'antres faaroBS levrs voisins. Séparée des états de Savoie par le Dauphïaé ci par la Provence, puis absorbée par U guerre contre les Anglais, la France, de son cAté. n'a jusque li tourné qu'i de nres occasions ses regards vers ses frontières da sud-est. La rivalité des maisons de France et de Bourgogne au xv* siècle permit aux princes savoyards de se rendre compte, pour la première fois peut-être, dn rôle qu'ils pourraient jouer en tùfiant dans un moment critique, acheter cher leur alliance à de poissants voisins. Cependant le dael du tenace Louis et de Charles le Téméraire était trop inégal ; la ligne des Alpes, domaine des descendants d'Humbert aux Blanches-Mains, était trop en dehors du champ clos où se mesuraient les deux adversaires, pour que la maison de Savoie pût entrer d^s lors CD lice avec tous les avantages qui s'offriront à elle lorsqu'à ta pusagère querelle de Louis et du « grand duc d'Occident » aura succédé la longue rivalité de la France et de l'Empire. Personnellemenl. le roi disposait de mille prétextes pour s'immiscer avec antorité dans les affaires de la cour de Cbambéry. Pirson mariage avec Charlotte de Savoie, il était doublement bein-frire du duc Amédée IX qui avait lui-même épousé Yolande de France, fille de Charles Vil. Pendant le règne du débile Amédée IX (1*65-1469), pendant les onigeuscs régences de Yolande (1469-1478). Louis XI ne négligea rien pour faire igirà Chambéry el à Turin ses iniluences de famille. Charles ie Téméraire apporta sur ce terrain le même acharnement à le combattre. Avant d'avoir perdu son prestige et sa puissance dans Ifs champs de Gransoo et de Morat, Charles compta parmi ses |iHriisaD5 plusieurs princes de la maison de Savoie, les comtes deRomont, de Bresse et de Genève, oncles du duc régnant, griDtls feadataires capables de jeter le trouble dans l'Etat. Née

XIV INTBODUCTrON.

pour l'intrigue, commt; sod frère Louis XI, la régente s'efforça d'abord elle-même de ménager le prince bourguigaoa dans l'espoir d'obtenir pour son fiis Philibert la main de la princesse Marie, fille unique de Charles. Et celui-ci sembla voir pendant quelque temps avec faveur ce projet. A ce moment, dit Commines, » de la maison de Savoie, le duc en disposait comme is du sien : le duc de Milan estoit son allié; le roi René de < Sicile lui voutoit mettre son pays de Provence entre les « mains. Si ces choses fussent advenues, il tenoit de pays en • son obéyssance depuis la mer de Ponant jusques à celle du « Levant, ny ne eussent ceulx de nostre royaume sceu saillir « sinon par mer si ledicl duc eust voulu tenir Savoye, Pro- « vence et Lorraine " '. Pour mieux surveiller les manœuvres de son adversaire, Louis XI était venu s'établir à Lyon. De là, il faisait jouer les ressorts de sa politique. La Savoie connut alors les misères de la guerre civile et de l'invasion étrangère. Tour à tour, Bourguignons et Français enlevèrent la régente et le jeune souverain, et les retinrent prisonniers. Après la mort de Charles le Téméraire (U17) et do Yolande (U78), l'influence française finit par devenir presque aussi incontcstiîe h. Chambéry et à Turin que dans une province du domaine royal. Attirés dans l'orbite de la France parle génie centralisateur du Roi, loB états de la maison de Savoie étaient comme une annexe du royaume. Louis XI chargea le comte de la Chambre d'administrer, avec le tilre de gouverneur, la Savoie et le Piémont, pendant la minorité du jeune duc Philibert; puis en 1482, il s'attribua h lui-môme la tutelle du duc Charles. En mCme temps, un état limitrophe, la Provence, était annexée h la France (148i). La mort seule de Louis XI (1483) mit \m terme à l'cnvahissaute immixtion de l'oncle dans les états de ses neveux.

Lors de l'expédition de Charles Vill en Italie, un enfant de six ans, Charles-Victor-Amédée, filleul du roi de France, occupait le trône de Savoie sous la régence de sa mère, Blanche de Montferrat. L'armée française fut autorisée à passer lihre-

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