Mémoires d- Philippe .lu Comminm, 1. II. p. I) el
EXPEDITION D'ITALIE. xv
ment les cois des Alpes et il traverser les états du duc. Non seulement la duchesse accueillit Charles VIII >< en grand Lriompfae •>, mais elle poussa l'empressement jusqu'à lui olFrir B ses bagues », pour payer une partie des frais de la campagne. Elle lui lit en outre présent d'un cheval merveilleux nommé Savoie, dont la vigueur sauva la vie de Charles h la bataille de Pomoue. Par sa politique vis-k-vîs des princes de Savoie, Liouis XI avait aplani la route à son successeur.
Avant de renouveler au delà des Alpes les tentatives de Oiarles VIII, Louis XII arrêta avec !e duc Philibert II les conditions dans lesquelles celui-ci devait s'associer à l'entreprise. La signature de cette convention (22 février 1498], doit <^tre considérée comme un événement important dans l'histoire de la maison de Savoie. C'est le point de départ d'une série d'arrangements analoguesque, pendant plus de trois siècles, les souverains frantfais devaient conclure avec les princes gardiens des Alpes, ahn d'obtenir, en échange d'avantages éventuels en Italie, libre entrée dans la péninsule. Par cette convention, le duc Philibert autorisait l'armée française à traverser ses états, et lui assurait uki> retraite dans ses places : ïl s'engageait en oitirc k lui fournir des vivres payables en argent. Il devait recevoir une pension de 22.000 livres et permettre à ses sujets de suivre l'expédition. S'il y prenait part en personne avec ses troupes, Louis XII s'engageait à lui donner un commandement en son armée et un subside de 30-000 écus soleil par mois. Après la conquête du duché de Milan, le roi devait concéder au dac des terres et seigneuries du Milanais >< de proche en " proche et h la bienséance de ses états de Piémont jusqu'à la " valeur de vingt-mille ducats d'or de rente >>. Louis XII promettait en outre de ne faire aucun traité de paix ou de trêve uns y comprendre le duc Philibert, et de l'aider, après la campagne, à reconquérir certains districts du Valais'. Suivant les termes de cet accord, les forces savoyardes s'associèrent à l'exp£ditioD française et, par lettres patentes des 3 et 8 octobre 1 499, Louis XII accorda au duc une pension de 20.000 écus sur les
l. Ct.GmeiwtuM.llÎMtoiie généiilog
n dr Savoir.X- [I.p. 18*.
XVI INTRODUCTION
revenas du Milanais. Le Roi rencontra les mêmes facilités auprès du duc Charles III, qui succéda en 1504 à Philibert. Blessée dans sa dignité et dans ses intérêts par Venise qui détenait le royaume de Chypre dont elle était héritière du chef des Lusignan, la maison de Savoie adhéra avec empressement à la ligue de Cambrai et témoigna une vive satisfaction de la victoire d'Âgnadel. Pendant les douze années que dura la domination française à Milan et à Gênes (1500-1512), le duc Charles, enveloppé de tous côtés par la France^ subit d'assez bonne grâce une alliance qu'il ne pouvait éviter.
Le duc de Savoie accueillit avec joie Tavènement au trône de France du fils de sa sœur Louise, le jeune et brillant François I*, et s'empressa de lui prêter aide et concours pour la conquête du Milanais. En occupant les cols du mont Cenis et du mont Genèvre, les Suisses avaient cru arrêter les troupes françaises. Charles donna à Tannée des guides sûrs qui la firent passer par le col de TArgentière. Quelques jours plus tard, les Suisses étaient écrasés à Marignan, et François, maître de Milan et de Gênes, imposait la paix à lltalie.
Jamais peut-être les relations des deux cours n'avaient été plus cordiales. Parmi les témoignages des contemporains, celui de Claude de Seyssel parait particulièrement digne d'être rappelé. Sujet du duc de Savoie, tour à tour chargé de missions diplomatiques par son maître, par Louis XII et par François I* ; nommé en France conseiller d*état grâce à la protection du cardinal d'Amboise ; ensuite évêque de Marseille, puis archevêque de Turin ; hésitant, aussi longtemps qu*il vécut, entre le service du roi, dans un cadre digne de ses larges pensées et une carrière plus modeste mais plus conforme à ses origines à la cour des ducs de Savoie, Claude de Seyssel est comme l'image même de sa patrie au commencement du xvi* siècle. Que deviendra la Savoie au milieu des évolutions qui modifient si profondément alors la configuration politique des contrées de l'Occident ?Restera-t-elle Savoie, ou tombera-t-elle sous la sujétion du roi de France ? Autour d'elle, duchés, comtés, seigneuries, lambeaux de la féodalité à son déclin, tendent à céder la place à de grandes unités qui devront finir par broyer entre elles les
CLACDE DE SEYSSEL. ivti
entités plus faibles. Le tableau mâme que nous laisse de son pays le panégyriste de Louis XII, semble indiquer que les ducs de Savoie étaient alors, vis-îl-vis de ta maison de France, dans un état de dépendance qui, chez bien d'autres, fui comme ie signr avant-conreur d'un prochain asservissement. « Le duc de " Savoie, >> écrivait Seyssel, « est tant conjotnct à la couronne •< de France et mcsmement au Roy Loys d'amilitf, d'alliance,
Iide parentage et d'affinitt^ qu'il a tousjours employé et seroit, ■our l'advenir, en tout temps, prest d'employer tous les Iwïs et subjects tant deçà les monts en Gaule que delà en llatie pour le service dudict seigneur Il est voysin aux puyss^g el h la comté de Bourgogne, et, de tous les autres cost^, environné des terres el seigneuries du Roy ; c'est à •• sçavoir : du existé de Gaule, des païs de Daupbiné, Lyonoîs, <* el du duché de Bourgogne, el du c^slé de l'Italie, du duché jde Milan, et de la seigneurie de Gennes '. ■> Cependant l'écri- I savoyard semble avoir toujours eu foi dans les destinées tton petit pays. El, en même temps, il a comme une espace ■ prescience de l'avenir, et comme le sentiment de l'actiou mie, mais continue, qu'exercera sur les événements mômes »nI]gurution de lu région. En faisant remarquer dans sa f monarchie df France ', que « le pays de Gaule est clos et nvironné du Rhin, des Alpes et mons Pyrénées et de la mer " Brilannique*. il indique déjà qu'il a saisi l'idée des fronli^^es nalurclles. L'ardeur singulière avec laquelle il croit devoir déf<;Ddre Louis XII contre « un tas de gens » qui le blâmaient d'avoir porté la guerre en Italie, « disant qu'il devoit, ainsi que ■ Gst le Roy Loys XI, borner son royaume et non point sortir le hors >>, moutreencore clairement que Claude de Seyssel avait ■19 la valeur de ce principe politique. Ces idées, peuf-ôtre ! un peu confuses en son esprit, semblent avoir inspiré !UX prélat, au lendemain de Marignan. un plan qu'ont léU les archives d'État à Turin et dont un écrivain contem-
a Gnatd! moiutrcAic de Franct avtc la lui laficjue, par CUade de SejswI. I, 1U7. p. 133.
nCVEU. DE§ ISSTR. DtPLOTi. 51V. — b
xvui INTRODUCTION.
porain a fait, à juste titre, ressortir rintérèt*. Dans un long mémoire, rarchevèque, retraçant la situation générale de l'Europe, s'efforce de démontrer que les Français ne pourront pas se maintenir à Milan, et il expose les conditions dans lesquelles il croit qu'il serait peut-être possible d'obtenir du roi de France la cession du Milanais au duc de Savoie. Voici le passage de ce mémoire qui vise spécialement les démarches à faire auprès de François I* :
u Au regard du Roy, la raison veuldroit encores plus que, « non pou^'ant tenir ledit duché, il le remit es mains de mondit il seigneur le duc de Savoie plustost que de nul aultre, pour la i< proximité de lignage quil luy atteint ; et sur tout madame u sa mère y debvroit tacher ; car par cellecy seroit une gloire M perpétuelle davoir fait ce bien en sa maison, mesme que le roy son filx ne puilt garder sans trop ^rand dangier et la destruction du roiaume; mais, encoures oultre cecy, luy u portait Ion remonstrer que mondit seigneur na que ung
< frère, et lung ne laultre nont femme ny enfans, et sont en la «< voulenté de Dieu. Et s*il avenoit quelque chose deulx quilz M décédissent sans enfans* comme il est advenu de tout plain « de leurs prédécesseurs en bien peu de temps, que Dieu ne « veuille^ nont aultre parent plus prochain que ledit seigneur, <A et ne vouldroient avoir aultre successeur au duché mesme '< de Savoye et en toutes les terres quilx tiegnent, et par plus i< forte raison audit duché de Milan ; et sur ce porroient fere
aucune pacte et déclaration par escript secrètement, si en conduisant laffere Ion veoit que cecy servit au cas. En oultre « ce« ancores porroit Ion promectre quelque pension annuelle-
< ment et quelque service audit seigneur, et faire capitulation
* telle* que mondit seigneur et ses successeurs qui tiendront
* ledit duché seroient plus astraintz au roy et à ses succes- « seors que à lempereur. réserve de la fidélité ; et davantage ( ledit sieur porta tousjours estre bien asseheuré de mondit
* seigneur plus qu'il ne seroit de nul aultre. pour autant « que ses pays sont tous environnés deceulx dudit seigneur ;
t. O. CaniitL Slaria délia (SfiomastaéÊUacorit éi Samna^ L p. âM.
ÉLECTION DB CHARLBS-QUINT A L'EMPIRE. in
t parquoy, qaaQl bien il ne voutlroyt lay tenir promesse et i< fere la raisou, ce quil nest jamays pour refuser, ledit seigneur " aurai asses sarquoy semprendre pour avoir sa raison '. »
Quelque iodécise que soit encore l'esquisse, quelque timidement présentée que soit la suggestion, — et qui eût osé, à cette époque, conseiller ouvertement aux ducs de Savoie d'abanTdonner le berceau de leur maison ? — on perçoit déjà dans ces lignes comme un premier essai de la combinaison qui. pendant plus de trois siècles, constituera, dans la région des Alpes, comme l'objectif traditionnel dos deux maisons de France et de Savoie. On verra le plan prendre des contours plus accenlués et trouver enfin une formule nette et précise dans le ettùe de Henri IV.
, paEHIERS ESSAIS DE POLITIQUE U EQniLIBftE ENTRE LA FRANCE ET l'empire
L'élection de Cbarles-Quint comme empereur (18 juin 1519) fut un événement décisif pour les destinées de la maison de Savoie. Deux colosses, la France et l'Empire, se trouvent (lès lors en présence. Entre eux, c'est une lutte qui, pendant trois siècles, ne sera guère interrompue qu'aux rares heures où la lassitude fera tomber les armes des mains des combatlants. Placée entre les deux rivaux; établie dans les cols des Alpes, doijl chacun des deux partis a tour à tour besoin pour pénétrer chez son adversaire ; successivement recherchée par les maisons de France et d'Autriche; habile au moment propice à arracher d'avantageuses concessions; parfois écrasée dans la plaine et dépouillée de ses provinces iluliennos ou françaises, mais conservant toujours dans les replis de ses
I. Ce document a élè imprimé, sans dale, dans la Sloria délia diplimiaiia 'tUa rorte di Savoia. par U. D. Carulli, 1, p. 530, 537. V. égalemeni uii antcle de L Anneogaud lUu» U Revue hiilornjut de mAi-aoûl 18711, p. iHi et sun.
XX INTRODCCTION.
montagnes un germe de vie propre et de constante renaissance, la maison de Savoie a trouvé dans le contact même de ses deox redoutables voisins, le principal élément de son agrandissement et de sa force.
Les débuts de cette politique furent difficiles. Charles 111 n'était pas le prince qu'il eût fallu pour marcher avec succès dans la voie qui s'ouvrait à lui. Il était « trop franc, craintif « à entreprendre, perplexe à se résoudre et mol à exécuter, c( plus propre pour le cabinet que pour le trône, grand en (c esprit, mais petit en courage, malheureux d'être venu en un « siècle de fer où les Princes ne faisaient trophée que de la ce ruse et de la valeur et où les vertus n'étaient estimées que (c dans le*s monastères' ». Impériaux, Français, Ligues helvétiques se . partagèrent ses dépouilles, et, durant vingt-trois années (1536-1559), le château de Nice, Verceil, le Val d'Aoste et quelques cimes inaccessibles de la Tarentaise constituèrent l'unique domaine des ducs de Savoie. 11 ne faudra rien moins que le prestige guerrier du vainqueur de Saint-Quentin, pour faire rentrer ces princes en possession de leurs Etats.
Après l'élection de Charles-Quint, quatre guerres mirent aux prises la France et l'Empire, avec de courts temps d'arrêt que marquent le traité de Madrid (4526), la Paix des Dames (1529), la trêve de Nice (1538) et le traité de Crépy (1544). Le duc de Savoie ne renia pas d'abord les liens qui l'unissaient à son neveu. Lorsque François 1* se rendit au delà des monts en 1524, il lui accorda le passage à travers ses États, et, au lenmain du désastre de Pavie, il intervint en sa qualité de beaufrère et d'oncle du vainqueur et du vaincu, pour calmer l'animosité des deux rivaux. Mais, après la signature du traité de Cambrai, le duc Charles n'hésita plus à s'éloigner ouvertement du parti du roi. Lorsque Charles-Quint se fit couronner à Bologne empereur et roi d'Italie (avril 1530), le duc de Savoie occupa une place d'honneur dans le cortège de souverains réunis autour du César triomphant, et, à la cérémonie du sacre, il porta la couronne impériale. Le roi de France en conçut un vif res-
1 . Onichenon. Biêtoirê généalof/ique de la royale maison de Savoie, H, p. 228.
LE DCC CHARLES III. xxt
sentiment. Profitant de la diversion opt^réo par les armées de Soliman et par le parti de la Réforme en Allemagne, il s'empara des Etats du duc de Savoie, tant en deçà qu'au delà des moDts. La vaine tentative de Cbarles-Quiot sur la Provence ne d^agea pas les territoires du prince savoyard qui, par la trêve de Nice, demeurèrent presque en totalité entre les mains de François I" (i338).
L'année suivante, le connétable de Montmorency ùl proposer m duc Charles de céder le Comté de Nice à la France, en échange de vingt mille écus de rente qui devaient lui ^tre attribués dans le Royaume '. C'eût été ta suppression définitive de la maison. Le duc refusa d'abandonner ce dernier lambeau de son domaine.
Li guerre qui recommença en 1541, entre la France et l'Empire, ne modifia pas sensiblement la situation. Le traité (ip Crépy (t8 septembre 15i4), qui mit fin aux hostilités, stipula que le duc Charles 111 rentrerait en possession de ses Etats, lorsque le duc d'Orléans, fils du roi, aurait épousé la fille ou U nièce de l'empereur, et aurait été investi du duché de Milan; or, cette condition ne fut jamais remplie. Les Suisses, Jp leur côlé, avaient profité de la détresse du duc Charles, pour • emparer du pays de Vaud, du comté de Romont, de Lausanne et du Valais. A la môme époque, recouvrant son indélancc, Genève devenait tout à la fois le refuge et le sémides partisans de la Réforme. Il fallait un homme de génie flnc série d'heureux événements pour sauver la fortune de la maison de Savoie. L'homme se présenta en la personne du duc Emmanuel-Philibert. Des guerres de religion qui, pendant un tirrs de siècle, transportèrent de l'extérieur à l'intérieur de leurs frontières l'activité batailleuse de la France, de l'Espagne et de l'Empire, naquit un concours de circonstances qui pïnnit aux peuples de la Savoie et du Piémont de ressaisir en faix leur individualité menacée.
ïlé en 1528, Emmanuel-Philibert eut sous les yeux, dès son
, lliiloire a^néalosique de la royale rnaison de Savoie, II, r- 5^"
xxn INTRODUCTION,
enfance, le spectacle de la ruine des siens. N'ayant plus dans son pays le loisir d'employer son activité, le jeune prince prit, à dix-sept ans, du service dans les armées Impériales. Mûr avant l'âge, sûr dans le conseil, doué du coup d'œil qui fait les grands capitaines ; craint et estimé du soldat, auquel il savait imposer une inflexible discipline, le prince de Piémont fit apprécier ses talents militaires à Nordiingue, à Miihlberg, puis au siège de Metz, et fut investi, en 1533, du commandement en chef des armées impériales qui entraient en Picardie. La même année, la mort de son père l'appela, par droit d'hérédité, au trône ducal de Savoie. Il dédaigna d'aller prendre possession d'un domaine réduit à néant et envahit la France. Après l'abdication de Charles-Quint, il fut nommé gouverneur général des Pays-Bas espagnols. La victoire décisive qu'il remporta sur le connétable de Monlmoreney devant Saint-Quentin (10 août 15b7), lui assura une situation considérable dans les conseils de Philippe II, lorsque, l'année suivante, des conférences s'ouvrirent pour la paix. Par le traité de Gâteau -Camhrésis, il obtint la main de Marguerite de France, sœur de Henri 11. Le duc de Savoie était en outre remis en possession de ses Etats tels qu'ils se trouvaient au moment où son père en avait été dépouillé par François V, à savoir : la Bresse, le Bugey, la Savoie, leValromey, le comté de Maurienne, la Tarentaise, la vicairie de Barcelonnette, le Piémont, le comté d'Ast, le marquisat de Cève, le comté de Goconat, les terres des Langhes et de Gatières, et le comté de Nice au delà du Var. Exception était faite pour les places de Turin, Quiers, Pignerol, Chivas et Villeneuve d'Ast, qui devaient rester occupées par les troupes françaises, jusqu'à ce que la question des droits du roi de France provenant du chef de Louise de Savoie eût été élucidée. De son côté, le roi d'Espagne conserva une garnison dans les villes d'Ast et de Santhia.
Le traité de Câteau-Gambrésis marquait la fin des entreprises des Valois en Italie, et plaçait définitivement la Péninsule sous le joug de l'Espagne. Pour la maison de Savoie, le traité du 3 avril 1559, fut une véritable résurrection, l'affirmation solennelle de son droit à l'existence, la fin de la ter-
Frai
Uis(
vaill
EMMANUEL-PHILIBERT. xxiii
riblc épreuve qui avait marqué ses débuts sur la nouvelle scène politique de l'Europe; enfin, le point de départ de la bonne fortune qui devait, presque sans interruption, présider dès lors à ses destinées.
Après la signature de la paix, Emmanuel-Philibert, pour h&ter le départ dos garnisons françaises et espagnoles, entama avec les commandants des troupes d'occupation une lutte sourde de chicanes et de tarifs qui eut pour résultat de rendre & ceux-ci la situation presque intenable'. Les droits du roi de France provenant de Louise de Savoie furent discutés dans une conférence qui se tint en 1560 à Lyon, sans produire d'ailleurs aucun résultat. La guerre civile qui commençait en France, favorisa plus que ces négociations les projets d'Emma- 1-Philibert. Pour avoir ses coudées franches vis-à-vis des itestants, Catherine de Médicis sacrifia les villes piémonlises dont l'occupation constituait une lourde charge pour la couronne. Aux termes du traité de Fossano (2 novembre 1562), les villes de Turin, de Quiers, de Villeneuve d'Ast et de Chifurent rendues au duc de Savoie. La France conserva icore, jusqu'en 15*34, Pignerol, Savigliano et la Pérouse. Les débuts d'Enmanuel-Philibert avaient fait présager un prince belliqueux. La situation de ses Etats désorganisés exigeait la paix, il se montra dans cette seconde phase de sa vie aussi bon admiDistrateur qu'il avait été dans la première vaillant capit<iine. En vingt ans, il lit renaître chez ses sujets 'esprit national compromis par la longue présence de maîtres loyers, affermit entre ses mains le pouvoir souverain en ttreignant les privilèges des seigneurs féodaux, organisa le milice qui pouvait en temps de guerre atteindre jusqu'à trente-six raille hommes, promulgua de nouveaux règlements de manœuvre et de tactique, enfin fortilia Turin, Mondovi, Bourg-en- Bresse, Montmélian et Vcrccil. Les finances, le commerce et l'industrie furent également l'objet de ses constantes préoccupations. Lorsqu'il mourut en 1580, il laissait à son fils un Etal enrichi, homogène prêt enfin à faire digne-
1. Cf. Le traité d» Caleaa-Cambri»i$, par le baron Alphonse de Ruble, p. 34 •(
XXIV INTRODUCTION
ment figure dans la Douvelle période de luttes extérieures ^ allait s'ouvrir.
Charles- Emmanuel 1" avait dix-huit ans lorsqu'il succéda à Emmanuel-Philibert. Le p^^c avait, dès sa jeunesse, été mûri par l'infortune ; le fils fui au contraire gâté par la prospérité. Ce n'est pas que la nature lui eût refusé certains talents. Actif, instruit, protecteur des lettres et surtout vigoureux soldat, il affirma aux yeux de l'Europe l'importance de sa maison. II augmenta les forces de l'armée savoyarde en la dotant d'une artillerie et en établissant une conscription générale do tous ses sujets ', Mais sa conduite politique révéla un prince brouillon, présomptueux, versatile, un esprit agité et ambitieux, sans mesure dans ses rôves comme dans ses entreprises. Ses désirs d'agrandissement se portèrent tour k tour et sans discernement vers tous les points de ses frontières. Pendant qu'il vécut, pas va trdne en Europe ne devînt vacant, sans qu'il invoquât un titre quelconque pour en recueillir l'héritage. Ses courtisans lui décernèrent de son vivant le surnom de Grand. Ses desseins méritèrent peut-ûtre ce glorieux titre. Les médiocres résultats d'un règne de cinquante années protestent hautement contre l'excès de la louange. Vis-à-vis des deux maisons de France et d'Autriche, il pratiqua cyniquement ^ et sans en tirer d'ailleurs aucun profit, la politique de bascule gauchement suivie par son grand-père, puis avec adresse et même une certaine dignité par son père.
Pendant les troubles religieux qui désolèrent la France sous Henri Hl, Charles-Emmanuel embrassa avec une ardeur juvénile le parti de la Ligue. Son mariage avec l'infante Catherine, fille de Philippe II, l'inféoda encore plus étroitement au parti catholique. Masquant sous les apparences d'un zèlo religieux ses ambitions dynastiques, encouragé en outre par le papi^
1. Cf. Comle de Salaces, HUloire mililaîre du Piémont, t. I, p, 17:
2. Gnichenon raconto qu'un joor Charles-Emmanuel, on abordant don Gonialès de Cordoae, goatcrnear espagnol du Milanais, lui ■ fil
• portail élait i deui rerers, pour lui faire comprendre
• ne loi faisail pas les aTanlagea qu'il otlendail, il
• lien .. Uiiloirt généalogique de la royale maùi
que la casaque qu'il I
si le Roi Catholique '
lec le Roi tr«s-Chr^- g
t. II, p. 430. I
HENRI IV ET CHARLES-EMMANUEL I". xxv
Sùrte-Quinl et par le roi d'Espagne, il s'empara inopinément en i588 du marquisat de Saluées que Henri II avait annexé en 1548 à la couronne de France à la mort du dernier marquis et qui se trouvait alors sans défense, La guerre civile qui suivit l'assassinat de Henri III, empêcha d'abord la France d'intervenir. Tandis que, loin des Alpes, le Béarnais gagnait sa couronne à Arques et à Ivr^', négociait, puis entrait dans Paris, le ir loup de Savoie n chercha à détacherdu royaume la Provence et ie Dauphiné. En 1591, il entra triomphalement à Marseille et à Arles, puis dut reculer devant Lesdiguicres. Abandonné par l'Espagne pendant les négociations qui précédèrent le traité de Vervins (2 mai 1598), Charles-Emmanuel ne retira aucun avaaUige de la paix *. L'article 26 du traité stipulait seulement que les différends entre la France et la Savoie seraient remis ao jugement du pape Clément VIII, pour Ctrc tranchés dans le délai d'un an. Henri IV, au contraire, sortait de la lutte grandi, fortifié, et désormais incontesté.
Aussitôt commencèrent les négociations relatives à la restitution de Saluées à la France, Le souverain Pontife renonça à concilier les intéféts en cause, et se retira du débat. Picrre- Uonard Boncasio, secrétaire d'État du duc de Savoie, envoyé à la cour de France, ne put obtenir aucune concession au snjcl du marquisat; mais il rapporta à son maître de tentantes ouvertures de Henri IV, qui proposait d'aider Charles-Emmanuel 3t faire la conquùle du Milanais '. L'affaire méritait qu'on y [irétàt attention : « c'était le plus riche duché de l'Europe et " qui valait mieux qu'une couronne du nord. » Le duc se rondit lui-même à Fontainebleau pour traiter avec le roi. L'astucieux ssvoyard trouva son maître en la personne du ferme et clairvoyant Henri, et signa, le 22 février 1600, un engagement qui le mettait dans l'alternative d'accepter, aprôs trois mois de réflexion, l'un ou l'autre de ces deux partis, ou de restituer le marquisat de Saluées, ou de céder à la France la Bresse, la vallée
N6 Bwcclounctle, le val de Stura, la Pérousc et Pignerol. Cer- EtV. Bmri IV, Ut SaUtet el la naule-llalie. par M. Ed. Rott, p. 73 et I- D. CwoUi. Sloiia dtlla diptornaiia delta CorU di Savaia. 1, p. 193.
Xttï INTRODUCTION,
taines complicatioDS intérieures (le complot de Biron) snr lesquelles comptait sans doute Charles-Emmiinuelpour le délier de ses engagements, ne se produisirent pas, et, le moment de l'exécution venu, Henri IV n'admit aucun délai. En trois mois, il eut conquis tous les Etats du duc de Savoie sur le versant occidental des Alpes, et imposa à Charles-Emmanuel la paix de Lyon qui laissait, il est vrai, à la maison de Savoie, la marquisat de Saluces, « la porte de l'Italie, » mais qui concédait h la France les territoires bien français de la Bresse, du Bugey, du Valromey, et du pays de Gex (IT janvier 1601).
Durant les années qui suivirent (1601-1606), le duc demeura condamné à une humiliante inaction. Ses enfants étaient retenus comme otages en Espagne, tandis que le comte de Fuentès, gouverneur du Milanais, enserrait brutalement à l'est ses frontières. D'autre part, Henri IV ne cessait de l'épier et, en 1603, l'arrêta dans ses entreprises contre Genève. Cette période de l'hisloirc fut particulièrement remplie pour la diplomatie française. Préparant l'exécution de leur grand projet ' , le roi' et Sully se disposent à attaquer la maison d'Autriche, en môme temps en Italie, sur les Pyrénées, dans les Flandres el en Allemagne. Revenus au principe politique de Louis XI| qu'il faut savoir borner le royaume, tous deux estiment dank leur bon sens pratique que la force d'un Etat consiste surtout dans son homogénéité, autant que possible assurée par de solides frontières naturelles. Pour eux, plus de conquêtes loin* taines comme au temps des Valois. Ils se contentent de chercher à agrandir le royaume dans les limites que la nature ôt la langue semblent avoir assignées à la France. Ces saine* idées sont celles dont ils vont s'inspirer dans leurs rapports avec le duc Charles-Emmanuel. Tandis qu'à l'intérieur on exécute d'immenses armements, à l'extérieur Henri fait prépar rer par ses agents l'investissement politique de la puissance espagnole. L'Italie, en particulier, bien qu'asservie sous 1*
I. Q est bien entenda qa« nout ne donnons pas ici L celle expression one i.v\eé, portée que celle que loi ktlribue la critique biatoriqne coiit«inpotûne. Cf. Ed. Rotti Henri IV, lis Siiâiet tt la Haute-Ilalie. p. 44S et suifiinles et lor le Grand prejti, une idrie d'arlicles de H, Ch. Pfiiter dui lei Tolumes LIV, LV, el LVl ds '~ Revue Historique.
H LA SiXOŒ A L.\ FRA>CE. xxrti
■ desBabsbtnr^. renfenxuit encore cpwlques germes > ifs'os poQTut espérer àf faire reTivre. Tnir i ligne caotre la maisoD d'Aalricbt^ tons les Stati tH«n de b pteinstUe fat. de 1603 i 16(0. l'un i)<>s principAiix objcctî£i de la dlpIomiUe Eranc^i^ '. Après do lungnes né^ociatîoas, le doc Gurle^'Emmannel Sait par entrer r^solumeot dans cette voie. En 1606. il fil de lot-m^me faire & Henri IV de secrètes onrertures en vue d'un rapprochement. Le RM enToya à Tarin le sîear de Cbe^TÎères, président au Parlement de Grenoble, afin de démêler les véritables intentions da duc de Savoie. Les instniclions que le pn^ident de Cberrières reçut poor celle mission, au mois de mars 1607, renferment en germe les bases de l'arrangement qui finit p«r pr4!valoir peu après dans le traité de Brussol et qui devait entraîner, de la part du duc Charles- Emmanuel, la cession do la Savoie à la France, en échange du Milanais conquis il frais oommnns sur l'Espagne. Cette combinaî^n suggéra en 1600, MBS one forme moins précise, par Henri IV lui-mOme. * l'ambassadeur piémonlais Roncasio, mérite d'occuper une place considérable dans l'histoire des relations des maisons de France et de Savoie. Elle se trouve ici, croyons-nous, consignée poar la première fois, dans un document diplomatique avec toute la netteté d'une proposition ferme. Voici un extrait des importantes instructions qui furent remises à cette occasioD au président de Chevrières :
... Sa Hajesté l'a dépéché vers ledit duc principalement pour être tdairci par lui de la vérité de son inlenlion sur certaines ouvertures l'alliance et confédération plus étroites qui ont été faites et par plusieurs fois réitérées et renouvelées par son ambassadeur résident & Rome, k celai qui sert Sa Majesté en pareille charge
... Ce qne ledit ambassadeur de Savoie a déclaré A celui de Franco est qut< son maître désire qu'il plaise à Sa Mi^esté donner et accorder en mariage au Prince son fils afné, Madame sa fille ainéc, et lui donner eu dot les pays de Bresse, Bugey et Véromey.
Heyennant quoi, ledit duc se conjoindra et vivra entièrement avec Sa Majesté, se départira totalement de l'alliance et amitié du roi
fccr. Benn H',tnSuiueafi £a Ilaulc-Ualit. pu' U. Ed. Rott, |>. II9i]t sui*snti:t.
xxmi
INTRODUCTION
d'Espagne, comioeiicera et onvrira la gaeire dès à présent an daehé de Milan avec l'assistance de Sa Majesté, à deux conditions : l'une, que toutes les places qu'il prendra et les autres conquêtes qu'il fera audit duché de Milan demeareront en propre audit duc et à ses enfants et successeurs pour en jouir et disposer comme de leur naturel héritage. Et l'autre, après que ledit duc sera établi audit pays et duché de Milan, non seulement qu'il restituera ft Sa Majesté lesdits baillages de Bresse, Bugey et Véromey; mais aussi lui transportera et cédera pour elle et ses successeurs à jamais, tout le pays et duché de Savoie avec les places et forteresses d'icelui, l'en mettra en possession pour en disposer et jouir en la forme et manière i|ne fait a présent ledit duc.
Voilà donc ce que a proposé à l'ambassadeur de Sa Majesté, celui dndit duc & Rome : sur quoi, Sa Majesté a jugé nécessaire d'envoyer vers ledit duc un personnage exprès, confident, pour parler à lui, savoir au vrai et de sa bouche même, s'il a entendu et permis que ladite ouverture ait été faite, si sa volonté est de l'effectuer et accomplir, par quels moyens, en quelle forme et en quel temps il entend en traiter, la conclure et exécuter, et en ce cas, déclarer et faire entendre franchement sur le tout audit duc, l'avis et l'intention de Sadite Majesté, la chose él^nt de telle conséquence, que Sa Majesté, a estimé la devoir pluldt faire manier et négocier à bouche avec Son Allesse même, que par écrit et par leurs minislres et l'inlerposilion de personnes éloignées de Sadite Majesté et d'elle.
... Si ledit duc de Savoie avoue et couTirme audit sieur de ChevriëresL la susdite proposition faite par sondit ambassadeur en sa forme et teneur, et lui déclare qu'il a volonté d'y entendre et d'en avancer la conclusion, il lui dira que Sa Majesté est aussi très contente de faire le semblable... Après que ledit sieur de Chevrières aura suffisamment assuré en général ledit duc de la bonne volonté qu'a Sa Majesté d'entendre à ladite proposition, en quoi il s'étendra ou restreindra autant que ledit duc lui en donnera d'argument ou connoilra être & propos, il descendra et entrera après avec lui aux particularités de ladite proposition pour tirer pleine lumière et certitude de la prétention et intention dudit duc sur icelle.
Premièrement, il lui représentera qu'encore que Sa Majesté soit contente d'arrêter et assurer ledit mariage de Madame sa lille atnée avec le susdit prince, et de bàlir sur ce fondement une très-étroite et solide amitié et confédération avec lui, et qui soit pour passer à leurs successeurs, néanmoins, comme ladite dame n'a atteint l'Age propre et nécessaire pour être mariée, Sa Majesté désire savoir comment ledit duc entend procéder et traiter pour ce regard avec Sadite Majesté. Si son désir est que le contrat en soit & présent dressé pour
NÉGOOATIONS DC PRÉSIDENT DE CHEVRIÈRES. xxn
éln exècoté lorsqœ ladite dame aura atteint l'i^ nubile, et s'il prétend d'être dès à présent mis en possession et junissance do dot qn'n a demandé, et an cas du dernier, qa'ellc es! la silreté qu'il «nUrod et peut donner à Sa Kajest^, d'accomplir ci-après ledit mariage dont Sa Majesté puisse boanétemeDl et suffîsamment demeurer c»nlenle. Si ledit duc consent la remise de l'exècutian dndit «mtrat pour le regard du dot duquel il sera convenu quand Isdile dame sera en &ge d'èlre mariée, ledit sieur de CheTrières lui dira qu'encore que ce ae soit la contumâ de donner en mariage au\ filles de Fraoce que de l'argent et non des terres et domaines, que néanmoins Sa Hajeslé pourra se laisser aller au désir dudit Abc en cette occasion pour les raisons dites par son ambassadeur, poami que Sadite llajesLé connaisse qu'elle puisse ensemble avec lu recneillir les fruits et avantages de la susdite proposition.
Hais si ledit duc insiste que Sadile Majesté l'investira dès A pré- HDt desdits baillages de Bresse, Bugey et Véromey. sans attendre luxomplissement dudit mariage, ledit sieur de Chevrières lui remoDlrera les raisons qui doivent démouvoîr Sa Majesté d'y i-on- WQtir... t^r le roi ne veut en aucune façon livrer k prL^enl audit duc lesdits baillages sous quelque condition et prétexte do mariage et aalre que ce soit, tellement que si ledit duc s'opiniâtre à ladite dmande et cession présente d'icelui sans entrer en autre ouverture, il prendra congé de lui, le priant de ne laisser de vi>Te avec Sa Hajeslé en bon frère, ami et voisin, l'assurant que Sa Majesté en UMra de même en son endroit.
Si au contraire, il dispose ledit duc & passer outre audit mariage et le conclure sans insister que lesdits baillages lui soient à présent dflJTTi.'s, ledit sieur de Clievri*>res s'efforcera encore de persuader BDtlit duc de se contenter d'an dot en deniers, à l'exemple du feu Roi dEspagne et des autres princes qui ont pris des lilles de France, l'issurant que Sa Hi^estû le traitera aussi favorablement que l'a été Mit feu Roi d'Espagne en cas semblable et qu'il fora tri>s-grand plaisir h Sa Majesté de se restreindre audit dot en deniers, pour n'être contrainte de faire une planche et ouverture qui oblige ses sarcfssenrs à faire le semblable, laquelle désire éviter, tant qu'il lui «cra possible.
... Il sera nécessaire que ledit sieur de Chevriëres demande audit due comment et avec quelle puissance il entend commencer ladite pierre ; quels sont les moyens, forces, artillerie et munitions qu'il y peut employer; quelle est l'assistance qu'il prétend tirer de Sa Majesté pour ces effets ; quelles sont les intelligences qu'il a dedans ledit pays, sans quoi, il semble qu'il sera difficile que son dessein ; s'il fait état d'y être assisté d'aucuns princes et potentats
XXX IXTRODCCTIOX-
d'Italie et astres, que sont leurs noms et lesrs <4Bees, afin qae Sa Majesté reeonnoiffîe et sadie le fondeoieat q«*elle ai peut faire ^
Charles-Emmaniiel persistant à exiger la remise préalable entre ses mains des pays cédés à la France lors de la paix de Lyon, la mission dn président de QieTrières demenra sans résultat. Les négociations en vne d'nne alliance se poursuivirent dans le courant des années 1607 et 1608. En 1609, Claude de BuUion, conseiller d*Etat, envoyé à Turin', amena Charles- Emmanuel à renoncer à la remise anticipée entre ses mains de la dot promise à la princesse française qui devait épouser le prince de Piémont. Le 25 avril 1610, deux traités furent signés à Brussol. Le premier stipulait alliance offensive et défensive entre Henri IV et Charles-Emmanuel contre tous princes, même contre le roi d*Espagne. Cn article du traité réservait l'adhésion éventuelle de tous les pinces dltalie à la ligue. Le second arrangement visait spécialement un projet d'action contre le Milanais. Il attribuait, en cas de conquête, le duché à Charles-Emmanuel en échange de la Savoie, qui serait cédée à la France. Les deux princes s'engageaient à fournir ensemble trente-deux mille hommes de troupes et à commencer les opérations de guerre dès le mois de mai 1610. L'Europe attendait anxieuse les événements. Vingt jours après la signature du traité de Brussol, le couteau de Ravaillac fit tomber ces projets dans le néant (14 mai 1610).
Du jour au lendemain, toutes les alliances de la France se trouvèrent renversées. Charles-Emmanuel toutefois ne demeura pas longtemps en repos. Depuis qu'un arrêt impérial avait, en 1533, concédé aux Gonzague la succession du Mon tf errât, la maison de Savoie n'avait jamais renoncé aux droits qu'elle prétendait avoir sur ce duché. François de Gonzague, duc de Mantoue et de Montferrat, gendre du duc Charles-Emmanuel étant mort le 22 décembre 1612, et ne laissant, en dehors de ses deux frères, qu'une seule fille pour recueillir son