‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 6 sur 223 · Bib. Nat. Man. Fonds Français · texte numérisé non relu

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2. Instruciion au sieur de BulUan, allant trouver le duc de Savoie pour régler Uê articUe du mariage de M"* Christine de France^ 23 octobre 1609. Bibl. Nat. Man. Fonds Français, 17827.

GDBRRE DE LA VALTELINE. xxxi

héritage, le duc de Savoie soutiot que la succession du Montfeiral, fief féminin, ^lait ouverte et envnhit les territoires qu'il revendiquait. Les Espagnols prirent la défense de la maison (Je Maotoue. La France et Venise blAmf^rent d'abord l'éclat commis par Ctiurles-Emmannel, puis se décidèrent à lui accorder leur appui. Des oêgociations s'ouvrirent grâce h la médiation (lu[>ape Paul V. Les traités d'Asti (V décembre Itîli et 21 juin ICI5), et deux accommodements qui prirent le nom de paix de Madrid (16t8), mirent fin au différend, lis stipulaient le rétablissement du .Ualu çuo anle et réservaient les droits des ducs de Savoie sur lesquels l'empereur devait ôtre appelé à se prononcer ultérieurement.

bans la guerre de la Valteline (1621-1626), le duc de Savoie Bt de nouveau cause commune avec la France contre la maison (l'Autriche. Depuis l'abandon de la Bresse & la France en 1601, les Espa^ois ne pouvaient plus faire usage du pont de Gresin sur le Rhône pour assurer, en tout temps, la communication ïBtre II! Milanais, la Franche-Comté et les Pays-Bas. La Valleline, '■ la reine des Vallées européennes, » i< l'enfant né des relalioDS de l'italie etdc l'Allemagne' » demeurait la seule voie qui permit à l'Empereur et au roi d'Espagne de s'envoyer réciptoqucment des secours. En 1621, prenant prétexte de discordes itligieuses chez les Grisons, le gouverneur du Milanais et les Autrichiens occupèrent la vallée. L'Italie entière s'émut. En France, on comprit que ce coup de force risquait de rendre la cohésion qui lui faisait défnut au « grand corps à deux tètes ■ de l'Espagne et de l'Empire. Le pape Grégoire XV, Venise, le n»i de France, le duc de Savoie protestèrent. II fut convenu entre les Puissances que la Valteline serait mise provisoirement en Jép&t entre les mains du Pape, tandis qu'on négocierait. Les (MUrparlerstralnant en longueur, Louis XIII, Chartes-Emmanuel H les Vénitiens s'unirent par le traité de Paris Cï février 1623) pour porter les Espagnols et les Allemands à restituer la Valteline aux Grisons. Arrivant peu après aux aiïaires, Richelieu

l, Cf. Binri IV,luSui*it» el la Haiile-Ilalit, fiaryi.Ki. Roll. p. SS. Oa lFoa*e itia ce iDlome une cicelleule carte indiquant le» coule» miUtùret qui uniiiaienl 4lan b t]*utc-1i«lie au resle àe l'Europe.

XXXII INTRODUCTION

donna une impulsion plus vive encore à ces négociations. Des articles signés à Suse, le 21 octobre 1624, arrêtèrent les détails d*une action militaire contre la maison d'Autriche. Tandis que le marquis de Cœuvres, à la tête de dix mille Français et Suisses, occupait la Valteline, le connétable de Lesdiguières et le duc de Savoie firent une puissante diversion contre Gênes, dont le marché financier et les ports étaient indispensables à l'Espagne. En attaquant les Génois, avec l'assentiment de Richelieu, Charles-Emmanuel avait le secret espoir d'annexer, après la cessation des hostilités, une partie de la Ligurie à ses Etats. Le traité de Monçon signé le 5 mars 1626, entre la France et l'Espagne, sans que le prince savoyard eût été consulté, fit rentrer la Valteline sous la domination des Grisons; mais il remit à l'arbitrage du roi de France la solution des difficultés pendantes entre Gènes et la Savoie. Profondément déçu et irrité contre Richelieu, Charles-Emmanuel dut se contenter d'un minime territoire détaché de l'état de Gênes.

La mort de Vincent II de Gonzague, duc de Mantoue (26 décembre 1627), fournit bientôt à Charles-Emmanuel Toccasion de témoigner à la France son ressentiment. Charles de Goniague, duo de Nevers, prince français, était, comme plus proche héritier mâle, appelé à succéder au duc Vincent'. La cour de Madrid ne pouvait voir avec indifférence l'un des grands vassaux du Roi do France s'établir dans la Haute Italie, et détenir deux places qui, comme Mantoue et Casai, figuraient parmi les plus fortes de la Lombardie. La fanatique résistance des Rochelois retenait alors au loin les forces royales. Le gouverneur du Milanais et le duc de Savoie se mirent d'accord pour envahir ensemble le Moniferrat. En vue de gagner du temps, Richelieu recourut d*abord aux négociations et envoya coup sur coup en mission à la cour de Turin Jean de Rechigne voisin de Guron*, le commandeur de Valençay* et

I. 0« trvMSTYx^ di3$ U sm::« de oNS« pabâîcuk« des deinils jp^os cca|»lets sur U («tcre de 1& s«oo»sk« de lUswoe i laquelle dociajk lîe^ ix mt.^n dm dâc Vincent.

INi C«Bç i'Anrè deraax U RocMle, k 1< j^Tier Mail AdT. Èkr. Coir. Toiin.

3^ Hdâracxàtm À M. U c^woMaiàfmr «àr I \re^r«i%Xï «^^a** fx FWasiM/ «c Im pari

SCCCESSION DK mSTOtB. xixtii

BoIIicHi'. Derena liltrr d^ ses monveroenU p*r saile de la reddJlHNi de La Rodi«ll«, le cardîoal s'amn^a avec le Roi en personne Ters les Alpes, franchît les barricaJes de Stise di^fendues par le ilnc de Savoie, et força Charles-Emmanuel è rentrer dxoâ le parti français. En m^me temps. les troupes royales débloquaient Casai assié^ par les Espagnols. Les traités de Suse et de fia&solin ' avril et mai 1629) fixèrent les conditions d'une alliance entre le r^î de France et le duc de Savoie qui s'engageaient à défendre ensemble l'intégrité des Etats du nouveau duc de HiBloue. Labîs XIII promettait d'amener Cbarles de Nevers, lonqac celui-<i serait mis en possession déGnîtive du Montfemt, i céder & Charles-Emmanuel la ville de Trio et sou lerritoire. Suse demeuiut & titre de gage entre les mains des Français. Louis XIII et Richelieu rentrèrent alors en France rappelés par la révolte des protestants du Languedoc.

D'accord avec les Espagnols, l'empereur avait, pendant ce temps, refusé de donner au duc de Nevers l'investiture du Uaotouan et du Montferrat. Au mois de septembre I62d, il fit rnvahir les Etats de Charles de Nevers. Le duc de Savoie crut Ir moment propice pour retourner brusquement à l'alliance hispano-allemande. La coalition qui se formait menaçait de bire perdre h la France tous les fruits de sa première campagne. Richelieu comprit la nécessité d'une action prompte et énerpque. Deux armées françaises qu'il dirigeait en personne, s'emparèrent en quelques mois de toute la Savoie, à l'exception de Montmélian. inQigèrent à Charles- Emmanuel un échec décisif à Avigliana et entreprirent de ravitailler Casai de nouveau investi par les Impériaux. Auéantî par ces revers, le duc de Savoie mourut de fatigue et de désespoir (26 juillet 1630), au moment même où une armée allemande emportait d'assaut et saccageait la capitale du Muntouuu. Les excès commis à Mantoue p&r les troupes impériales et l'épouvante qu'ea ressentit l'Italie tntière, semblent avoir fait hésiter l'empereur même et le roi

in fliri. Paris, l« 3t dccembre 162». Aff. Ëtr. Corr, Turîa, V!I1, fol. 471. — lna- 'nthon parHcvlitTt au lieur commandeur de Valenfay allant en Piémont. Aff. fat. Corr. Turin, X p. «8.

I. Inttructiun au titar dt Bullion, comiilUr du Roi m son coHieit d'État, elc.

intitr 16Î9. Aff. Ktr. Corr. Turin, IX, /ol. 19, UCQKIL DES INSTB. DtPI^M. .VIV. — C

xxxiT INTRODUCTION.

d'Espagne à poursuivie l'exécution de leurs desseins. La disparition de Charles-Emmanuel, le « grand pescheur en eau trouble », produisit en outre une détente. Bien différent de son père, le nouveau duc de Savoie, Victor- Amédée 1*', était un prince pacifique et < réglé en toutes ses actions ». La trêve de Ri val ta conclue le 4 septembre 1630 entre la France, l'Empire, l'Espagne et la Savoie,, ouvrit une ère de négociations. Le traité de Ratisbonne (13 octobre 1630) rétablit la paix en Italie entre la France et l'Empire. Par ce traité, l'Empereur s'engageait à accorder au duc de Nevers l'investiture du Mantouan et du Montferrat. Une indemnité était stipulée en faveur du duc de Savoie. 11 était décidé, d'autre part, que les Espagnols évacueraient le Montferrat. Les troupes françaises conservaient Pignerol, Suse, Briqueras et Avigliana, et les troupes impérales Mantoue et Caneto jusqu'après l'entière exécution du traité. Les Français sortiraient alors des États de Savoie et les impériaux du Mantouan. L'empereur devait enfin évacuer la Valteline et le pays des Grisons, et restituer quelques places prises aux Vénitiens. Peu après, Abel Servien fut envoyé en Piémont pour surveiller l'exécution de la paix en Italie'. Puis des instructions spéciales, en date du 7 février 1631 *, furent adressées au maréchal de Toiras, à Servien et à d'Hémery pour négocier les termes d'un arrangement définitif avec le duc de Savoie. L'heure était propice pour les ambassadeurs français : à ce moment même, Gustave- Adolphe envahissait l'Allemagne et réduisait l'Empereur à l'impuissance en Italie. Une série de traités* signés à Cherasco arrêtèrent, à la satisfaction de la Cour de France, les conditions de la paix. Voici les principales stipulations de ces traités qui

1. Inêtruction donnée à M. Servien s'en allant en Piémont pour V exécution de la paix d'Italie. De Saint-Germain-en-Laye, le 25 noyembre 1630. Afi. Etr. Corr Turin, XIV, fol. 337 et suivants.

2. Instruction au sieur de Toiras, maréchal de France et lieutenant général de V armée du Roi en Italie ^ au sieur Servien, conseiller au Conseil d'Etat du Roi et au sieur d*Hémein/j aussi conseiller et secrétaire ordinaire dudit conseil d'Etat, 7 février 1631. Aflf. Etr. Corr. Turin, XVI, fol. 8 et suivants.

3. Cf. Traités publics de la Royale maison de Savoie, publiés par le comte Solar dé la Marguerite, 1. 1, p. 374 à 436. Cet ouvrage, en dehors des traités publics, donne également le texte d'un grand nombre d'arrangements secrets, et notamment des traités de Cherasco.

TRAITES DE CHERASCO. xxxr

1 dans la suite confirmés à Munster et par la paix des taécs, et qui, pendant un demi-i;iècle, constituèrent la base s relations diplomatiques de la France avec les maisons de Savoie et de Manloue.

Un premier traité s«cret, en date du 31 mars t63(, arrêta le principe d'une alliance entre Louis XIII et le duc de Savoie. Lalliance projet6e pouvait tourner contre les Espagnols s'ils n*- remplissaient pas lidèlement les stipulations du traité do UoDçon; mais elle avait pour objet principal une action évenliielle contre Géncs pour faire obtenir de cette république cer- Uines satisfactions au due de Savoie. En cas de guerre en Italie. Victor-Amédée devait être généralissime des armées frani^aîses. Le tiers des conquêtes à effectuer lui était réservé; les deux aulrestiersàlaPrance. Commedédommagemenl pour l'abandon de ies prétentions sur le Montferrat, le duc de Savoie devait Mre mis en possession de Trin, avec un territoire rapportant 180OO écus d'or de revenu.

Cq second traité secret qui portait la même date que le précèdent, abandonnait à la France, Pignerol et son territoire, en échange de la ville d'Alba et d'autres terres du Montferrat jUH|u'à concurrence de 16000 écus de rente, qui devaient Hk citées au duc de Savoie. L'article 1" de la convention indiquait HÎusi le mobile auquel obéissait la cour de France en achetant Hgnerol : << Le roi, » y est-il dit, ;< désire conserver un pas- ' sage en Italie pour en procurer plus aisément le repos, et < être en état d'assister ses alliés. » Louis XIII promettait de piyer au duc de Mantoue, à l'acquit du duc de Savoie, une ■oamc représentant la valeur des terres détachées du Montferrat en faveur du duc Victor-Amédée. Dans le traité de Toriû coDclu l'année suivante, la somme due de ce chef fut fralaée en principal à 4^iO00 écus.

Un commissaire général de l'Empereur, le baron de Galas, tigna de son cAté à Cherasco, le 6 avril 1631, avec les plénipotentiaires français Toiras et Servien, un traité public destiné i assurer l'exécution des clauses de la paix de Ralisbonne wlalives h rilaïie. Cet arrangement réglait les droits des ducs kSavoie et de Mantoue, et lisait à (5000 écus d'or do rente

xxxvi INTRODUCTION,

l'indemnité due au premier. L'Empereur s'engageait de nouveau à accorder à Charles de Nevers l'investiture du Mantouan et du Montferral. Un court délai était accordé aux Français el anx Impériaux pour évacuer toutes les positions qu'ils occupaient en Italie et dans les Grisous. Par l'article 29, le baron de Galas prenait, au nom du roi catholique, l'engagement que les troupes espagnoles se retireraient également du Milanais.

Comme correctif à ce traité, dont certaines clauses étaient en contradiction avec les conventions du 31 mars, les plénipotentiaires français sign?rent, le 6 avril, avec le duc de Savoie des articles secrets conUrmaut l'arrangement relatif à la cession de Pignerol et qui remettaient entre les mains du Roi les places de Suse et d'AvigItana comme sûreté de cette cession. Il était en outre stipulé que, lorsque les circonstances le permettraient, un traité public serait conclu eu vue de remplacer les accords secrets du 31 mars et du 6 avril.

Des articles publics signés également à Cherasco, le 30 mai 1631, entre Victor-Amédée, Toiras et Servien réglèrent les conditions dans lesquelles les forces françaises devaient évacuer les Etats du duc de Savoie el les troupes piémontaises se retirer du Monlfeirat.

Un autre traité public l'ut conclu dans la m^me ville, le

19 juin 1631 , entre les plénipotentiaires français cl le commissaire impérial, en vue de constater l'entente établie entre eux sur ces mêmes questions d'exécution. H fut stipulé que l'Empereur donnerait immédiatement au duc de Nevers l'investiture du duché de Mantoue et du Montfei'rat, que les troupes impériales se retireraient d'Italie, ainsi que celles du gouverneur de Milan, à l'exception de seize cents hommes d'infanterie el de cent chevaux; qu'il serait remis, jusqu'à entière exécution du traité, des otages de la part de l'Empereur et de celle du roi de France entre les mains du pape. La date du

20 août était fixée pour l'évacuation de Pignerol, Briqueras, Suse et Avigliana par les troupes françaises, el de Mantoue, Caneto, des Grisons, de la Vallelinc et du comté de Chiaveune par les troupes impériales.

Comme la convention du 6 avril, ce Iraité eut pour contre-

TRAITÉS DB CHERASCO. xxxTit

kliceartiefesBiicrets signés é{;«]«mciit te ISjiiiniChrntsco. I Viclor-A»éJie et les ambassadeurs fnmçais. pu \nit' aaler. pour tes cours de France et de Savoie, celles de ces ïtiputalioos qui eussent pu porler atleinle aux arrangemeoU «crets relatifs k la cession de Pignerol. ^^^Uprès In conclusion de ce dernier accord, les P^li!^sance& ^^^Mcédèrvnl, en m^mc lemjts aux diffëreDles mesures dVx^c-u- ^^^^^^^frjplAces occup<5es par les Francis, les Espagnols et les ^^^^^^Mc furent successivemenl êi-acués. Ptgnerol m^nie fut ^^^^Hp^ Viclor-Am^ée. en présence d'un commissaire de l'Enapenar. Mais la reslilulion de celle place ne fut qu'appaffole. Avec l'autorisation du duc de Savoie, quelques o-nlaincs de soldats français demeurtrcnt cacbi^s dans les greniers de la dtadelle. Puis, les plénipotentiaires du roi tr^s chrétien fet^inai de se plaindre avec éclat, de ce que les Espagnols conservaient dans le Milanais plus de troupes qu'ils n'y étaient autorisa* par les traités de Cherasco, et exigirenl. pour se prémunir rentre toute surprise, ta rvmise de Pignerol entre leurs mains. Le duc de Savoie déclara qu'il devait ci5der k la nécessité. D'ailleurs, ni l'Empereur, aux prises avec tes Suédois viclori<^ui. ni les Espagnols absorbés par la guerre de Hollande, Délaient en état de lui venir en aide. Victor-.Vmédée signa, le 19 octobre 1631 . à Mirefleur. un traité public par lequel il feipiut de remettre en dépôt entre les mains du roi, pour six moitt seulement, la ville e( te château de Pignerol. avec les loris de la Pérouge el de Sainte-Brigide. Quelques mois après, la atualion générale de l'Europe permit de régulariser cette MtiiatioD. Vn traité public, dont le texte fularrété à Saint-Germainen-Laye lo 5 mai 1632, et qui fut signé k Turin le 5 juillet sui- Tant par le duc de Savoie, proclama la cession définitive de Pifinerol et de son territoire à la France. 11 était en outre convenu que les princes de Savoie demeureraient obligés de donni^r, en cas de besoin, libre passage aux troupes françaises à travers leurs Etats, l'n article secret stipulait que le préwnl traité n'était * fait qu'en apparence pour ^tre montré au • public », et déclarait nulles les clauses de cet arrangement i pouvaient être en contradiction avec celles du traité signé

XXXVIII INTROD UCTION.

à Gherasco, le 31 mars 1631, ce dernier accord demeurant obligatoire pour les deux parties.

Ces importantes conventions donnaient à la France une situation de premier ordre pour engager une action offensive dans la Haute-Italie. Pignerol était une porte assurée pour entrer en tout temps dans la Péninsule : la perte du marquisat de Saluces était ainsi réparée. L'établissement du duc de Nevers à Mantoue et dans le Montferrat apportait un contrepoids à Tinfluence jusque-là prépondérante de la maison d'Autriche en Italie. Une garnison française demeurant en outre à Casai sous le couvert du duc de Mantoue, la capitale du Piémont se trouvait de la sorte prise, comme dans un étau, entre deux places françaises, et la clé de la vallée du Pô appartenait au roi Très-Chrétien.

Alliance intime avec la maison de France

Délivré de lopposition du parti protestant, sûr de la confiance du Roi, maître des destinées du royaume, Richelieu voulut, dit Fontenay-Mareuil, « réaliser au dehors les des- « seins qu'avait Henri le Grand quand il mourut ».

Poursuivre l'abaissement de la maison d'Autriche; attaquer celle-ci à la fois par les armes et par la diplomatie ; annexer au royaume les territoires de langue française qui le bordent, le doter de ses frontières naturelles : tel était le but à atteindre. De 1631 à 1635, le cardinal fit faire à l'intérieur d'immenses armements. A l'extérieur, il confia à ses agents le soin de préparer la trame qui devait, le moment venu, lier à la France la Suède, les Hollandais, une partie des princes de l'Empire et plusieurs cours italiennes. En ce qui concerne l'Italie, l'ancien projet de ligue de Henri IV fut repris et complété. Dès l'année 1632, les grandes lignes d'une confédération ita-

TBAITK DB RIVOLI. xxxis

liqne étaient d^jà Iracécs dans la pens(5e de Richelieu'. Parmi les cours de la Péninsule, celle de Turin était une «1^ premières qu'il importait d'attacher à la France. Le Piémont s« trouvait alors dans une situation particulièrement liftvoraidi! aux vues de (tichelieu. Par les garnisons de Pignerol Ca&al, la France tenait la maison de Bavoie dans sa .danc4>. D'antre pari, la duchesse Christine, sœur du Louis XIII, princesse agissante, toute d'entraînement et if passion, mais très imbue d'idées françaises, exerçait un ^rand empire sur l'esprit du duc son mari. Lors des négociations de Cherasco, son inQuence s'était affirmée dims un sens conforme aux desseins de Richelieu. Tout faisait prévoir qu'on pouvait encore compter sur ses bonnes dispositions. Enfin, à la saite de graves dissentiments qui venaient de se produire dans It maison de Savoie, le prince Thomas, frère du duc, s'était retiré au mois de mars 1634, chez les Espagnols, et, par ses afËdés, il essayait d'agiter le pays. Pour résister h ce parti niisKitit, le duc et la duchesse avaient besoin de l'appui de la Frincc. Le comte du Plessîs-Prasiîn', Pomponne de Bellièvre* H il'Hemery' furent chargés de négociations qui devaient préparer l'union des deux cours. Le M juillet 1635, un traité FuUigné à ilivoli.

Cet accord stipulait alliance offensive et défensive contre l'Espagne entre les cours de France, de Savoie, de Mantoue. de Parme et de Modène. Le but avoué de la ligue était la coni]uMc du Milanais. Le traité fixait le nombre de troupes que fournirait chacun des contractants. Les conquôtes devaient *lre parliigées au prorata des forces engagées par les confédérés.

'■ Prpjtl dt ligue gfniraU ta ttatit. 18 joio l«3i. AS: Etr. Corr. Tarin. T toi. (te.

f. Méfxoire pour h tieur comte du Ptettit-Pnulin. ambassadeur du roi en Kl, i juilUt 1631, AIT. Elr. Corr. Turin. XXU. fol. 518.

t tt inslruetion au sieur dt Betlièvre. conteiiler du roi en ion conseil t, frMdenI en m cour du farlement t'en allant ambataadeur e-Tiraordinairt k Uainté en tlalie. Paris, lo 26 fênier 1035. Aff. Eir. Can. Turin, XXIII,

^hitrucfion ou tieur d'Bimertj, cotiieHUr du roi en nea conteilt, inlendani de R allant ambatsadeur ordinaire en l'iémont au moïi de juin 163!i. EEh. Con. Turin, XXIII, fol. DU. Ce doeammt i déjà èlé publii dans la» » pour CHutoirt du Cardinal duc de Kiehelieii, par Aubcrjt.

INTRODLCTIOH..

[| ét«il stipulé que cbacuo des signataires augmenterait s

troupes d'un quart, dans li

1 les Allei

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Mux Espagnols, descendraient en Italie. Le duc de Savoie était nommé gt^nf^ralissime avec l'assistance d'un général fraDCais. La durée de ta ligue était fixée à trois ans. Renouvelée à diverses reprise», l'alliance conclue à Rivoli se prolongea en réalité jusqu'en 169(J, et lia pour plus d'un demi-siècle les destinées des deux maisons de France et de Savoie.

En Italie, de même qu'en Franche-Comté etdans les Flandres, les événements militaires ne favorisèrent pas d'abord les projets de Richelieu. Vaincu par le marquis de Legaôez. le duc de Parme dut en 1637 se retirer de la ligue. La mfme année, mourut le duc de Hantoue, et sa veuve passa immédiatement dans te parti espagnol. Enitn, le duc de Savoie, après avoir pendant deux ans rempli fidèlement ses engagements, succomba luimême le 7 octobre !637. Victor-Amédée 1" était un honnête homme, brave sur les champs de bataille, plein d'honnenr et de droiture. Ce n'était pas un grand politique : cependant, quelques historiens lui attribuent un mot digne d'être cité, et qui, sous une forme familière, révélerait le véritable homme d'État. « L'Italie septentrionale. » disait-il, " est un artichaut j Il que ma famille doit avoir feuille à feuille '. « Souvent rappelé depuis lors, ce propos, à certaines époques, a servi en quelque sorte de programme aux Princes de la maison deSavoie.

François-Hyacinthe, jeune prince de cinq ans. succéda à son père Victor-Amédée, sous la tutelle de Christine. En 1638, l'alliance stipulée par le traité de Rivoli arrivait à son terme. Une nouvelle convention conclue à Turin, le 3 juin 1638, entre la duchesse et le cardinal de la Valette et d'Hémery, plénipotentiaires français, en prolongea la durée jusqu'à la fin de l'année de 1640, François-Hyacinthe mourut quelques mois à peine après la signature de ce traité. Sa succession passa sans difticullé à son frère cadet Charles- Emmanuel II, âgé seulement de quatre ans. Mais, lorsqu'il s'agit de fixer les conditions dans lesquelles devrait s'exercer la régence pendant la

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