‹ Savoie-Sardaigne et Mantoue (volume 2)Chapitre 64 sur 223 · APPUI ASSURE A MADAME ROYALE. 8S · texte numérisé non relu

APPUI ASSURE A MADAME ROYALE. 8S

doute d'iMre cmployi- duDS la gtiiTie. pciil-flre |ioiiri'utl-il assez aisément en prendre la pensive.

Don Gabriel de Savoie, qui a eu depuis longtemps le commandement des armes en Piémont, pourrait aussi par son Intérêt embrasser cette pensée et croirait pout-^tre Ptre plus considérable dans la guerre, qu'il ne l'est aujourd'hui dans les affaires du gouvernement.

Tous les autres en seraient naturellement plus (éloignés, et, bien que le marquis de Saint-Thomas ait servi fort longtemps sons Madame Royale, dans le temps qu'elle agissait conjointement avec la France contre l'Espagne, l'on peut appréiieoder qu'il ne portât pas le conseil de reprendre ses marnes mesures.

Le principal soin dudit sieur marquis de Villars devra fttre de bien affermir dans l'esprit de Madame la duchesse de Savoie les sentiments d'alTection et d'attachement inviolable qu'elle professe pour Sa Majesté, de la bien assurer du fondement toujours solide qu'elle peut faire sur son amitié et de l'accoutumer à la confiance qu'elle peut prendre en sa protection dans tons les accidente qui lui pourraient arriver, soit pour elle soit pour le duc son fils : pour elle, en cas qu'elle eflt besoin de souli'nir son autorité dans l'administration de sa régence ou daDs le malheur qui lui pourrait arriver de la perte de ce jfiune prince; pour son fils, s'il avait besoin de l'appui de Sa Majesté contre ses voisins durant sa minorité.

IO sera par ces ouvertures qu'il accoutumera cette princesse ik se lier encore d'un attachement et d'une amitié plus étroite ~I>our la France, et il sera de son adresse de lui faire envisager «nsuitc, comme de lui-même, combien elle aurail une occasion favorable de signaler sa régence i)ar quelque grande entreprise, et de donner des marques de son affection pour les intérêts de Sa Majesté.

Mais, comme il a <^lé di'ji'i dit. il prendra garde que toutes CCS choses aient plutôt l'air d'une vue qui viendrait de luimême, que d'une proposition qu'il aurait ordre de faire de la part de Sa Majesté, puisque, ainsi qu'il a déjà été dit. Sa Majesté attend de connaître par lui la disposition de cette

K8 LE MARQUIS DE V1LLARS. t07fl-lfi79.

sur la mort de M. de Savoie, et a fait témoigner ensuite par le fiîeur marquis d'Arcy à Madame de Savoie, l'atTection dont Sa Majesté honorait le sieur marquis de Pianezze, et le sieur marquis de Livournc, son fils, combien elle verrait avec platsjr que cette princesse voulût faire revoir le procès qui a été fait au sieur marquis de Livoume, et faire cesser les poursuites qui se sont faites contre lui.

Sa Majest45 désire qu'après que le sieur marquis de Villars se sera acquitté de ses premiers compliments, il prenne occasion de reparler de cette affaire à Madame la duchesse de Savoie, de l'appuyer fortement au nom de Sa Majesté, et de faire connaître à cette princesse, qu'autant qu'il est de la bonté du roi de protéger auprès d'elle par ses offices, une maison qui s'est acquis un si grand mérite par ses services auprès de feue Madame Royale, sa belle-mère, et du feu duc son mari, autant est-il de sa gloire propre de donner celle marque de clémence. Sa Majesté sait que le marquis de Villars trouvera une grande répugnance dans l'esprit de celte princesse et de ses ministres pour accorder cette grâce ; mais il ne cessera point d'y insister fortement au nom de Sa Majesté, et il y a peu d'apparence que Madame la duchesse de Savoie puisse toujours la refuser. Sans l'instruire ici particulièrement de tout l'état de celte affaire, des demandes qu'il aura à faire en Piémont, cl des moyens qu'il aura à tenir pour y réussir. Sa Majesté le remet aux connoissances qu'il en aura, avant que partir, par le sieur marquis de Livourne, et au concert qu'il pourra prendre sur ce sujet avec le sieur marquis de Pianezze pour agir en Piémont. Il saura seulement que Sa Majesté ayant entrepris cette affaire souhaite qu'elle réussisse, et que ledit sieur marquis de Pianezze, dont elle a estimé le mérite et agréé les services, lorsque les armes de France et de Savoie agissaient conjointement en Italie, ressente les effets de sa protection pour lui et pour sa maison.

Dans le voyage que le sieur marquis d'Arcy fit. il y a quelques mois à Turin, le sieur marquis de Parelle ' s'ouvrit à lui. mais sous la demande du dernier secret, du désir qu'il avait

I. Emile marquis de Parelle. colonel da régiment des Gardes du duc de Savoie, l'employa tr6s activement k faire éctiouer le mariage de Viclor-Améd^e arec l'Iti-

(l(?pats longlomps que le duc son niailro voulill enlrer conjointcmcnl avec Sa MajesW dans une guerre contre l'Espagne. \\ \a\ confia que, dans celle vue. il nourrissait de Tort grandes inli-lligences dans r*?lat de Milan, qu'il avait beaucoup de personnes en main en Italie pour faire des lévites et que nulle conquête, par le mauvais C'tal des places et par la disposition les peuples, ne serait aujourd'hui plus ais4^e. Ce marquis avait QDe part principale & la conliance de feu M. le duc de Savoie ; il est mestre de camp du ri^giraent des gardes, et est un des bomroes de celte cour qui a le plus servi et qui ti^moigne plus d'inclination pour la guerre. Le sieur marquis de Villars commcacora par l'assurer du secret qu'il a demandé, lui liïmoîgnsra que Sa Majesté a reçu avec plaisir l'ouverture qu'il avait fiilc au marquis d'Arcy, et l'assurera de l'estime de Sa Majesté pour lui. Comme il diîsire la guerre, lo sieur marquis de Villars pourra plus aisément entrer comme de lui-m(>rae avec lui qu'avec aucun autre sur les dispositions qui s'y présenteraient ftvoralilcs, sur l'avantage qui en reviendrait au duc son maître »t juger par les connoissanccs qu'il en pourra tirer si celte cour »rait capable de i^'engager dans une telle entreprise,

l'intention de Sa Majesté est que tous ses ambassadeurs et ministres, au dehors, lui apportent au retour de leurs emplois, Kl"' relation esaclc de tout ce qui se sera passé de plus impor- '"lidans les négociations qu'ils auront conduites, de l'état des wurs et des pays ou ils auront servi, des cérémonies qui s'y oirten*ent, soit dans les entrées soit dans les audiences, soit ''uiR loule autre rencontre, du génie ot des inclinations des Princes el de leurs ministres, et enfin de tout ce qni peutdon- "•^i" une connoissance particulière des Lieux où ils auront été employé», et des pei-sonnes avec lesquelles ils auront négocié, ""ssi, ledit sieur marquis de Villars aura soin de préparer un ■"énnoirc de cette sorte en forme de relation de l'emploi que '^ Majesté lui confie pour le mettre à son retour entre les "Ofum de Sa Majesté.

it Portugal ; il te retira k Fcrrare e\ it Vempernur. Cf. Ciumlle Roas*pi ■ : Sloria dtUa iliplomaiia dtlla cor

I68Ï, puis il prit du *er>ic« dans lea Hiloire de Loueoix, t. IV. p. 41. et D. r di Savoia, l. lU. p. M, 86, 104.

LE MARQUIS DE VILLARS, I676-Ifi7fl.

ADDITION A L IHSTaUCTtOH DO SIEUR MARQUIS DE VILLABS, ALLANT AMBASSADEUR EXTttAORDINAIRB DE SA MAJESTÉ EH FIËHOKT.

Feu M. le duc de Savoie accorda à Sa Majesté lorsqu'il eut terminé la guerre avec la République de Gênes, quatre de ses régiments d'infanterie. Mais il les prêta en quelque sorte plutôt qu'il ne les donna, puisqu'il se réserva d'y nomm^ les officiers, qu'il voulut qu'ils dépendissent de lui et qu'il pût les rappeler selon le besoin qu'il en aurait. Comme ces conditions font que le service de ces troupes n'est pas aussi commode et aussi utile qu'il le pourroil être à Sa Majesté, par les différents ordres et les commissions que ces corpft. sont obligés d'attendre de Piémont, Sa Majesté désireroit qu'elles fussent levées, que ces troupes fussent mises sur le pied françois, et que Madame Royale, les donnant tout à fait au roi, se démit de l'autorité que M. de Savoie s'y était' réservée. Le sieur marquis de Villars travaillera à insinuer cette pensée à cette princesse; il lui fera voir que cette différence des autres troupes de Sa Majesté cause un embarras dans le service qui n'est de nulle utilité pour elle ; que ses sujets qui sont employés dans ces régiments se mettront toat de môme en état d'apprendre le métier de la guerre, lorsqu'ils seront dépendants seulement de Sa Majesté, et qu'il lui doit être égal, unie au point qu'elle l'est avec le roi, qu'elles demeurent tout à fait françoises. Le sieur marquis de Villars ajoutera à ces raisons qu'elle fera une chose agréable à Sa Majesté, ce qui en doit être une bien forte à cette princesse, et n'oubliera rien de ce qui sera en lui pour en obtenir ce point.

IVûl i Sûnt-Oermi

n-Laïe, le T jour d'avril I67B.

L'ambassade du cardinal d'Estrées ' k Turin, en 1677, est un cas Singulier dans l'histoire de la diplomatie. Ni l'ambassadeur auquel ^lail confiée cette mission, ni la Cour avec lacpielle il entrait en pour- ^ariers, ni le Résident ordinaire du Roi près de cette même Cour, ni le ministre des Affaires Etrangères français qui prépara les Instructions, ne soupçonnèrent qu'il s'agissait d'uno vaine démonstration et d'une simple ruse de guerre destinée à tromper l'ennemi. Les instructions données à l'intendant Camus-Duclos '. au mois d'octobre 1677, prouvent que, dès le premier jour, dans l'esprit de Louis XIV et de Louvois, qui seuls en eurent le véritable secret, cette démarche ne devait être qu'une feinte.

Et pourtant ce n'était pas le moindre des négociateurs de la Cour de France que le Roi mettait ainsi en avant. Ami personnel de la Doctiesse de Savoie, dont le mariage avait été en partie son œuvre,

1. CVur d'Estréei, ne le 5 Uirierl62B, abbé de Sainl-ClaDde en FrsncliG-ComU , i* Longpont, do Mont SiiauEloi, de Saint-Nicolu-aa-Boia, de U Suff&rde en Piénoiu cl dt SkiDl-Oermûn-dea-Pr^s ; docleor en Sorbonne, (Sijque daede Laon, pair de France ea 1653. dT^qae d'Albano. membre de l'Acaddmie franïûae en I6â7 . UTdûial en 1071, remplit une mission en Barière en 1617, occupa d'importante» (oacliotts i Rome de 1O80 ^ 1700 et fnt chargé de dirersei négodationr aiec les ftmtxt d'Italie ea 1700. Tt moorul dans son abbsje de Saint-Germais-des-Prés le |^iU«ambre 17tt.

^Toid le teil« de ces înstructioni : ■ Le roi, estimant qu'il contient au bien de rice de Mre croire ans Espagnols el k la coar de Savoie que Sa H^eslé a lapwter la guerre dans le Milanoïs,!i donné l'ordre ii M. le cardinal d'Es- — ' "iriTnrin pour insinuer i M"* la duchesse de Sa lo ie U résolution

92 LE CARDINAL D'ESTREES, 1677.

très apprécié de Louis XIV, le Cardinal d'Estrées était considéré en France aussi bien qu'en Italie, comme Thomme des grandes affaires. « Il fut », dit-Saint-Simon, « Tun des plus beaux génies et des plus c savants prélats de TÉglise de France, d'une figure extrêmement « noble, d'un esprit qui Tétait encore plus, vif, ardent, ambitieux... > C'est que Louis XIY et Louvois tenaient à ce que cette démonstration diplomatique fit autant d'impression sur la Cour de Madrid, qu'eût pu le faire la démonstration militaire contre le Milanais qu'elle avait ouvertement pour but de préparer.

Le Cardinal devait faire connaître à la Cour de Savoie les prétendus projets du Roi et demander à la Régente, pour les troupes françaises, des passages à travers le Piémont et des dépôts de vivres dans les Etats du duc de Savoie. Pour vaincre les résistances probables de Madame Royale, le Cardinal avait à invoquer le traité de Turin de 1632, qui donnait à perpétuité passage aux armées françaises dans les États du pue, toutes les fois que la défense du royaume Texigeait. Il devait tâcher de savoir en outre ce que, de son côté, Madame serait disposée à faire, et combien elle fournirait de troupes si elle consentait à entrer dans une ligue offensive contre l'Espagne.

En vue de gagner l'esprit de la Duchesse, l'ambassadeur était autorisé à promettre les bons offices du Roi, dans un différend alors pendant entre la Savoie et Genève et certaines concessions de la Cour de France pour régler une question soulevée à Avanchy, dans le Bugey, au sujet de la police de la frontière. Il pouvait faire entendre que Louis XIV consentirait, le cas échéant, à rappeler en France la marquise de Villars dont la duchesse croyait avoir eu à se plaindre. Enfin, il était autorisé à déclarer que le Roi ferait volontiers des démarches auprès des Cours de Grande-Bretagne et d'Espagne afin d'obtenir d'elles, en faveur des ambassadeurs du duc de Savoie, les mêmes honneurs que ceux-ci recevaient en France.

Les instructions suivantes furent données au Cardinal d'Estrées pour cette mission, Pomponne étant ministre des Affaires Étrangères.

» que Sa Majesté a prise, et, afin de faire éclater davantage la résolution que Sa

• Majesté veut que Ton croie qu*elle a prise à cet égard, Sa M jg esté ordonne au sieur

• Duclos de partir en poste pour se rendre à Turin. Le sieur Dudos obserrera que

• M. le cardinal d'Estrées ni le marquis de Villars ne savent point que la réritable - intention de Sa Majesté n*est que de donner Talarme en ce pays-lA. Il publiera que » Tarmée doit être composée de seize bataiUons d'infanterie et de vingt-cinq eaca- >• drons de quatre compagnies chacun ; il fera semblant de vouloir conclure des mar- » chés pour les munitions. Enfin, il n'oubliera aucune des démonstrations qa*il croira

• pouvoir servir à bien donner Talarme aux Espagnols dans le Milanois et à empêcher

• qu'avant le 10 avril prochain, ils ne s'aperçoivent point que Sa Majesté ne veut pas

• les attaquer effectivement. » (Mémoire pour le sieur Duclos, octobre 1677.) Dépôt de la guerre, ^3. Cf. Histoire de LouvoiSf par Camille Rousset.

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