CARACTÈRE DE VECTOR-AMÉDÉE II
Majesté, combien elle souhaite qu'il plaise à Dieu bénir son msriage des Fruits les plus avantageux qu'on s'en puisse pro
itrc ; et il linira son discours par tes expressions les plus fant«s de la part que le roi prendra toujours à tout ce qui ibe celle princesse.
Ledit sieur marquis d'Arcy fera aussi ses compliments à la princesse Louise sur In continuation de l'affection que Sa Majesté u pour elle, et, comme il saura dudit sieur abbé d'Estrades quels sont les ministres auxquels le duc de Savoie prend plus de conliance et de quelle manière il se doit conduire avec eux pour se les rendre favorables, et trouver d'aulunl plus de facilitiS dans l'exécution des ordres qu'il recevra de Sa Majesté, elle se remet & ce qu'ils concerteront ensemble touchant les visites qu'il aura h leur faire, et la manière dont il aura h leur parler pour les disposer à bien faire leur devoir dans les occasions [Oi s'en présenteront.
Hais après ces premières audiences, leditsleur marquis d'Arcy
m donner lous ses soins à bien reconnoîtrc par lui-même le ie, les laleula et inclinations tant du duc de Savoie que des principales personnes de sa cour.
II saura cependant que, quoique ce prince n'ait pas encore atteint la dix-hnîtièmc année de son âge, néanmoins il a pris l 'administra lion entière de ses affaires, indépendamment de ta duchesse sa mère, et que, non seulement elle ne s'y est conservé aucune pari, mais môme qu'en toute occasion il témoigne pour elle ui^e grande aversion; en sorte que, sans la protection ciue Sa Majesté lui a donnée, il lui auroltdéjà àté la plus grande partie de son entretien el subsistance; mais, comme Sa Majesté
it satisfaite de la conduite que cette princesse a tenue dans les iers temps, elle veut bien continuer à lui donner des UC3 de son umilié et de sa protection, el elle ordonne lodit sieur marquis d'Arcy de concerter avec cette princesse ce qu'il y aura & faire pendant son ambassade pour sa satisfaction et de se conformer & ce qu'elle désirera de lui, ou au moins en ilonner part à Sa Majesté pour recevoir ses ordres, au cas qu'il juge que ce qu'elle lui demandera puisse nuire au service el MU intérflls de Sa Majesté.
i38 LE MARQUIS D'ARGY, 1685-1690.
Quoiqu'il n y ait pas lieu de douter que le duc de Savoie ayant rhonneur d'être dans l'alliance de Sa Majesté ne demeure toujours inséparablement attaché à ses intérêts , d'autant plus que la puissance de Sa Majesté et les fortes garnisons qu'elle tient dans Pignerol et dans Casai ne permettroient pas à ce prince de prendre impunément un autre parti, néanmoins, comme l'inclination qu'il a à la retraite, son humeur sévère et dissimulée et son aversion toute publique pour les conseils de sa mère et des ministres qui ont le plus d'inclination pour la France, peuvent donner quelque sujet de croire qu'il n'auroit pas toujours toute la déférence qu'il doit avoir pour ce qui lui sera dit de la part de Sa Majesté, et que, s'il pouvoit, il prendroit quelques mesures avec l'Espagne, dans l'espérance de pouvoir gouverner plus absolument et plus indépendamment de Sa Majesté, ledit sieur marquis d'Arcy doit observer soigneusement toutes les démarches de ce prince, et sur toutes choses empêcher qu'il ne reçoive aucun ministre d'Espagne en sa cour pour y résider et négocier. Et, comme il n'y en a point eu depuis le duc de Jovenazzo', sinon pour quelque compliment passager et que la cour de Savoie s'est en quelque façon engagée depuis ce temps-là à n'en plus souffrir, à moins qu'elle n'obtienne à la cour d'Espagne les mêmes honneurs que Sa Majesté a bien voulu lui accorder, il y a bien de l'apparence que ledit marquis d'Arcy n'auroit pas de peine à obtenir, si l'occasion s'en préscntoit, que le duc de Savoie ne permette pas qu'aucun ministre de cette couronne s'établisse à sa cour.
Comme ce prince fait un de ses plus grands plaisirs de voir ses troupes et de leur faire faire Texercice, le dit sieur marquis d'Arcy doit tâcher de profiter de cette inclination pour se bien mettre auprès de ]ui, entrer par là dans sa familiarité, et s'en rendre l'accès plus facile pour lui pouvoir insinuer tout ce qui peut être du service et de la satisfaction de Sa Majesté.
Bien qu'il soit dit ci-devant que ledit sieur marquis d'Arcy
1. Domenico del Giudice, duc de Gioyennazzo, prince de Castellamare, ambas> sadeur à Turin, ambassadeur en France (1679-1680), ambassadeur en Portugal en 1681, membre du conseil d'Etat en 1706. Il mourut à Madrid en 1718. Cf. Recueil des Instructions aux ambassadeurs en Espagne, par M. Morel Fatio, I, p. 512.
SUPPRESSION DBS SUBSIDES.
ISd
I Ane
ssnra du sieur abbi' d'Estrades les cérémonies qui se sont pratiquâtes dans celte cour à l'égard des ambassadeurs, Sa Majest<; trouve boa toutefois de lui faire remarquer ici que tous les chevaliei-s de l'Annonciade qui tiennent le premier rang en Pii^mont, ne reçoivent point la main de l'ambassadeur, et qu'ainsi, il ne la doit pas même donner au chevalier de 'Annonciadc qui lui sera envoyé pour l'accompagner à l'au- LBOce de cérémonie.
Majesté fait remettre entre les mains dudit sieur marquis cy le traité de ligue défensive qui fut fait en son nom avec duc de Savoie, le 24° novembre 1682. Mais, comme depuis le mois de mars dernier, Sa Majesté a déchargé ce prince de l'obligation d'entretenir un certain nombre de troupes que les traités de Ir^ve rendoient assez inutiles, elle n'a pas aussi jugé à propos de continuer le paiement des cent mille écus qu'elle avoit promis par an, pour ce seul sujet, et qui ont été ponctuellement acquittés jusques h la fin dudit mois de mars, ainsi ledit traité ne doit plus avoir lieu à cet égard, mais bien pour tous les autres articles qu'il contient.
L'<ital paisible oti est aujourd'hui toute l'Europe, ne fournit, quant à présent, aucune autre matière de négociation pour la :rde Savoie; mais, comme ledit sieur marquis d'Arcy renpar tous ies ordinaires, un compte exact et lidële à Sa ijcsté, de tout ce qui s'y passera, les ordres qu'il recevra d'elle, lui serviront d'instruction particulière sur toutes les affaires qui surviendront.
Il entretiendra aussi une bonne correspondance avec tous les ministres de Sa Majesté, dans les cours étrangères, alin d'être instruit par eui: de tout ce qui se traitera, qui aura quelque rapport aux intérêts de Sa Majesté, et de pouvoir d'autant mieux régler la conduite qu'il aura à tenir au lieu où il va. Il fera aussi savoir son arrivée au sîeur Catinat ', et tiendra avec lui lu même correspondance qu'il y a eu entre l'abbé d'Estrades ledit sieur Catinat.
luire ce qui est couteuu dans la présente instruction des
eobw Citiiut, seigneur de Suint-araUea ',1637-1712), qui dcvinl marédml (1« !• «n 1003, éuil alors brigadii^r d'iafiLiilerie et gouierneur de Pt);iier<il.
MtCDIlL DES ISSTB. DIPLOM. \(V ~ V
avis ordinaires que le roi veut que ledit sieur marquis d*Arcy lui donne de tout ce qui se passera dans la cour de Savoie, rintention de Sa Majesté est que tous ses ambassadeurs et ministres au dehors lui apportent, au retour de leurs emplois, une relation exacte de ce qui se sera passé de plus important dans les négociations qu'ils auront conduites, de l'état des cours et des pays où ils auront servi, des cérémonies qui s'y observent, soit dans les entrées, soit dans les audiences ou dans toute autre rencontre, du génie et des inclinations des princes et de leurs ministres, et, enfin de tout ce qui peut donner une connoissance particulière des lieux où ils auront été employés, et des personnes avec lesquelles ils auront négocié. Ainsi, ledit sieur marquis d'Arcy aura soin de préparer un mémoire de cette sorte, en forme de relation, de Temploi que Sa Majesté lui confie, pour le remettre à son retour entre les mains de Sa Majesté.
Faiit à Versailles, le 1" mai 1685.
LE MARQUIS D'URFE