ENVOYÉ EXTRAORDINAIRE
On a TU, dans les inslructions remises en mai 1685 au marquis d'Arcy, combien le roi tenait à conserver ralliance du duc de Savoie. 11 importe, dans ces conditions, de ne pas laisser passer une occasion de faire appel aux sentiments de Victor-Amédée, et de lui rappeler discrètement que la surveillance du roi s'exerce d'une manière incessante sur sa personne.
La duchesse de Savoie étant accouchée d'une princesse le 6 décembre 1685, Louis XIV chargea le marquis d'Urfé * d'aller à Turin, en qualité d'Envoyé extraordinaire, féliciter Victor-Amédée. En dehors de cette démarche de courtoisie, le marquis d'Urfc devait rappeler au duc de Savoie que le Roi « ne doute point que ses inten- « tions et ses actions ne répondent toujours à Vétroite alliance qui « Tunit de si près aux intérêts de Sa Majesté ».
Les instructions suivantes furent remises à M. d'Urfé, Colbert de Croissy étant ministre des Affaires Étrangères.
1. Joseph-Marie de Lascaris, mai^quis d'Urfé et de Bagé, grand bailli de Forez, enseigne des gardes du Roi, puis lieutenant général de Limousin, capitaine lieutenant des chevau-légers Dauphin, marié en 168i à Marie-Madeleine-Agnès de Gontaut ; mort en 1724.
i82 LE MARQUIS D'UHFÉ, 1685.
MÉMOIRE POUR SERVIR d'iNSTRUCTION AU SIEUR MARQUIS d'uRFÉ, s'eN ALLANT PRÉSENTEMENT PAR ORDRE DU ROI A TURIN
Afif. Etr. Corr. Turin, t. LXXXI, fol. 209.
Versailles, 26 décembre 1685.
Sa Majesté n'a pas plutôt appris l'accouchement de madame la duchesse de Savoie sa nièce, qu'Elle a résolu de témoigner en cette occasion à M. le duc de Savoie combien elle considère l'étroite alliance que ce prince a présentement avec Sa Majesté, et rintérêt qu'elle prend à tout ce qui le touche. C'est pour cet effet qu'elle a fait choix dudit sieur marquis d'Urfé (lieutenant de ses gardes du corps) * pour, en qualité d'envoyé extraordinaire de Sa Majesté, aller faire les compliments de conjouissance au duc et aux duchesses de Savoie sur la naissance de la Princesse* qu'il a plu à Dieu leur donner.
L'intention de Sa Majesté est que ledit sieur d'Urfé se rende incessamment à Turin ou en tel autre lieu où pourra i>tre présentement le duc de Savoie et, après qu'il aura été informé parle marquis d'Arcy, ambassadeur de Sa Majesté, des mesures qu'il y a à prendre pour obtenir son audience, et que Theure et le jour lui en auront été assignés, il présentera au duc de Savoie la lettre que Sa Majesté lui écrit de sa main et il lui dira qu'EUe est portée d'autant plus volontiers à lui donner ces marques extraordinaires de la considération qu'EUe a pour lui et de la part qu'elle prend aux bénédictions que Dieu com- ' mence à répandre sur son mariage, qu'Elle ne doute point que ses intentions et ses actions ne répondent toujours parfaitement à Tétroite alliance qui Tunit de si près aux intérêts de Sa Majesté ; qu'EIlc espère aussi que Theureux accouchement de Madame de Savoie sera suivi dans quelque temps de la
t. Ces mots ont été rayés après coup sur la minute.
2. Marie-Adélaide de Savoie, mariée en 1697 à Louis de France, duc de Bourgogne.