‹ Savoie-Sardaigne et MantoueChapitre 106 sur 224 · SECONDE MISSION · texte numérisé non relu

SECONDE MISSION

La présence de M. d*Aubeville à Mantoue en 4665 causa de Tombrage à la maison d'Autriche, et, de leur côté, les ministres du duc Charles témoignèrent une certaine froideur à TEnvoyé français. Ces motifs déterminèrent alors Louis XIV à rappeler son agent.

En 1666, divers incidents fournirent de-nouveau à la France ToccasioQ d'intervenir dans les affaires de Mantoue.

La duchesse ayant chassé de ses Etats l'inquisiteur du pape, et étant menacée d'excommunication, ne trouva pas, en cette circons- Uuice, auprès de la maison d'Autriche, Tappui sur lequel elle comptait. Elle fit appel aux bons offices de Louis XIV, qui accueillit sa demande.

Presque au même moment, des difficultés s'élevèrent entre les Etata de Mantoue et de Modène au sujet de la possession de Guastalle*,

D'Anheville fut chargé de retourner à Mantoue et de s'interposer ui nom da Roi pour terminer ces différends.

Les instructions suivantes lui furent données pour cette mission. Hles portent la date du 13 octobre 1666. La minute est écrite de la "^în d'Hugues de Lionne.

• ^f- Aff. Élr., Corr. Mantoue, Supp., vol. IV,

D'AUBEVILLE, 4liCQ.

01 POrR SERVIR DlNSTRL'CnO» AU SIECB DAUBES

s'en allakt de s* part a MANTOCE Aff. Étr..CorT. Mnnli>ue,.Suppl., toI. IV.

VinuDtiea, le 13 ocWbH IMd.f

Sa Miijesté, après la mort du duo de Manloup, ' pour [(le| longues années, par la basse minorité du jeuni^ duc, Ii> gouvernement de cet État là cl du marquisat de Montfcrrat , ■ entre les mains d'une princesse de sang d'Autriche, appréhenda avec grand fondement que les Espîtgnols ne se servissent de l'iiutorité qu'ils pourroiont avoir sur la duchesse de Manlûue pour introduire des nouveautés dans la place de Casai qui les L'n rendissent efîectivemont les maîtres. Et, pour prévenir ce coup qui paroissoit si apparent. Sa Majesté prit aussitàl la résolulion d'envoyer le sieur (i'Aubeville & laditeduchesse avec ordre do lui faire des déclarations et des protestations si fermes, pour l'empPchor d'adJiéreren cela au désir des Espagnols, qu'elles produisirent tout l'elTet que Sa Majesté s'en étoit promis, ladite duchesse s'étantbientdt disposée, comme ledit d'Aubcvillc sait, à donner au Roi sa parole par écrit que, pendant tout le temps qu'elle auroit la direction des atTaires de son fils, elle ne feroit ni permettroil être faite aucune nouveauté ni changement dans la place de Casai, et la remettroit au jeune duc à sa majorité, au même état qu'elle l'avoit reçue à la mor^tt duc son mari.

Pour plus grande sûreté de l'accomplissement de la que ladite duchesse avoit donnée sur «ne affaire de si j importance, la place de Casai étant sans contredit le poste de toute l'Italie qui est de plus grande considération. Sa Maje.sl*' avoit dès lors désîrt' que ledit sieur d'Aubeville pût rfotder ordinairement de sa part dans Mantouo ; d'autant plus que. dans la Lombardle où il y a tant de divers États de dilTi^rents Princes, la personne d'un ministre de Sa Majesté en ces quartiers-là, ne pouvoit être que fort utile, et même en quelque façon nécessaire. Mais la maison d'Autriche prît

i gnnH^i

RÉSERVE DE LA COL'ri DE MANTOVE. 2-2!i

i Séjour que ledit d'Aubeville uvoit di^jà fait pcndanl quelque temps daos Mantoue, que Sk Majesté craignit qu'il ne leur 'servit à la fin d'un priîtexte, pour prrsscr la duchesse plus qu'il n'auroit fait sans cela de consentir h. quelques nouveau-^ tés sur le fait de Casai, pour faire connoltre qu'elle n'avoil aucune liaison avec la France. Et, comme d'ailleurs ladite duchesse, vouliint contenter les princes de son sang, vivoit el Ions ses ministres, dans une grande riîserve cl froideur et sans aucune confiance avec ledit d'Aubeville, Sa Majeslt? se ri^solut enfin à le rappeler de cet emploi, mais dans la pensive de profiler de toutes les occasions qui s'offriroient de l'y rétablir pour les considérations qu'on vient de loucher.

Depuis cela, le sieur de Lionne entretenant par l'ordre de Sa Majesté commerce de lettres avec le comte Canossa'. principal ministre de la duchesse, en qui elle a déposé toute sa confiance, a souvent insinué audit comte, et particulièrement dans Toccasion des différends survenus avec la maison de Modëne, que Sa Majesté pourroit prendre la résolution de renvoyer à Mantoue ledit d'Aubeville : mais celui-ci, quoique témoigaant d'ailleurs toute bonne volonté de servir le Roi en tous ws intérêts, en a toujours éludé l'ouverlure, ou en ne répon- Janl pas précisément auxdites lettres sur ce point là, ou faisant cntinotire que sa maîtresse ne soubaitoit pas une démonstration si publique que seroît la résidence ordinaire d'un envoyé un Floi dans sa cour.

' ' est arrivé, depuis quelque temps, que cette princesse ayant chassé de son État un religieux qui y faisoil la charge d'inqui- Mteur par l'autorilë du pape, pour des prétendus ou manquc- "•'^nlsde respect, ou abus el excès qu'il commcttoit dans son '^'**ploi. Sa Sainlctc s'en est tenue fort offensée, el prétendant rai re rétablir l'inquisiteur dans sa charge, ce que la duchesse a Ji'squ'ici refusé et seulement offert d'en recevoir un autre en

' I-e cnmM Horau Cuossa, d'una fonillla originaire de Vctodb, fui noEDiiw gou- •<*"neut du Montferral en IB&U. puî<i devint grand maître do la iiiaiBon du duc do ■''nioue. Il mourut en )B73 {Noliiie biogra/icke délie famiglie Ulwitri Manto- ""**. cumiiiiatB dal conte Carlo d'Areo, l. IV, p. 107). Plusiours dei letlres écbsii-

çeea p^^^ Liuane avec le comU) CanoBsa lonl consorTvRs au dépôl dei Affûre»

K"»nE4„s, Coït, M«ni.,ue, l. IX.

^J30 M. IIAI1BEVII.1.E, 1006.

sa placi', la cour de Rome a passé jusqu'à jeter des excommiiaîcations et les faire afRchcr sur les confins de l'État de Manloue contre quatre personnes qui avoient été les exécuteurs de l'expulsion de son inquisiteur.

Comme la duchesse, dans cette afîaire où son honneur ^c trouve engagé, n'a pas reçu la haute protection qu'elle att^^ndoit des princes de son sang, l'empereur s'étanl restreint à ne faire pour elle que de très faibles offices, elle s'est adressée au Roi pour lui demander la sienne, jugeant sans doute que, comme Sa Majesté n'a pas d'ailleurs sujet (ce 'qui est fort vrai) d'Olre contente de la conduite que la cour de Rome continue de tenir avec elle, Sadite Majesté embrasseroit avec plaisir cette occasion d'appnycr l'intérCtde ladite duchesse.

Sa Majesté répondit fort honnêtement à celte princesse cl lui lit espérer comme elle l'a depuis exécuté, d'envoyer ordre au sieur duc de Chaunes ', son ambassadeur & Rome, de parler an pHpe en sa faveur, pour lâcher de presser Sa Sainteté h ne pousser pas l'afTaire aux exirémités et de la traiter plutôt avec douceur et avec la condescendance que doit avoir un père commun pour tous ses enfants et parliculifrement pour une princesse de si haute naissance.

Cependant îi est encore arrivé que ladite duchesse, croyant sans doute faire mieux connoîtrc par Ik et plus appréhender k la cour de Rome que Sa Majesté prendroit part à ses intérêts, a fuit écrire par le comie Canossa au sieur de Lionne comme de lui et comme n'étant que sa pensée particulière, que la conjoncture s'offroit aujourd'hui très favorable d'établir la résidence d'un ministre de France dans .Mantoue avec entière satisfaction de la princesse, et que, si Sa Majesté prenoil la résolution d'y envoyer quelqu'un de sa part, il donnoît sa parole audit de Lionne qu'il vivroit avec lui dans ta dernière confiance et lui donncroit lui-même tous les avis sur sa conduite qui pourroit le plus avancer le bien des affaires de Sa Majesté : ajoutant qu'en ce cas \h, sa maîtresse souhititcroit avec passion

I. CliBrl(>t d'Alberl dnc ds Cbaulnis ((623-lliQg), lieuteimnt g6n£rul « xnibBsaftdeur & Rome en mai 1006, gauierneur d« BreU(;iie en 1669, gouver do Gujcnnu en ISUii. "

DIFKKREND AVKC I.E SAINT-SIEGE.

que le sujet el le titre de cette mission fui plutôt pris sur les cl ifTérends avec la cour île Home que sur les démêlés qu'elle l><!Ul avoir encore avec la maison de Modcne, pour lesquels I '«nipcreur a envoyé sur les lieux un commissaire impi'rlal.

La véritable raison de ce souhiiit de la duchesse n'est pas fivisl aiï(! à juger. Ce n'est, comme il a été dit, que pour tirer I "avantage dans le monde et surtout à Rome d'y faire croire cl appréhender qu'elle est assurée de la protection de Sa Majesté, nfin de rendre ie pape plus llexible h eondcscendrc aux tempe- < rsAJnents qui lui seront proposés. Et, comme d'ailleurs, noneevlement la gloire de Sa Majesté se rencontre i^ tenir cette <:;on(Iuite, mais son propre intérêt, en faisant voir au pape qu'il «levrott en avoir une meilleure à son égard, et que, vivant ilésoliligeammcnt avec Su Majesté, elle peut avoir facilement les occasions de lui donner des dégoûts dans les affaires politiques, Sa Majesté, sur toutes ces considérations, s'est résolue ^ renvoyer à Mantoue ledit sieur d'Aubeville et même sur les titres des différends de Itome, comme la duchesse a témoigné 'l": désirer avec passion.

Ledit sieur d'Aubeville partira donc sans délai pour se rendre audit Mantoue où, après avoir présenté ses lettres de ci^ncc à la duchesse et l'avoir assurée de la continuation de ' **sUme et de la bienveillance de Sa Majesté aux ternn-s les pl'is obligeants qui lui tomberont dans l'esprit, il lui dira que î^ Majesté s'est portée avec plaisir à lui donner des preuves effectives de l'une et de l'aulrc dans cette occasion des dilfél'entls qui lui sont survenus avec la cour de Rome pour l'expulsion de l'inquisiteur, non seulement ayant donné ordre au sieup duc de Chaunea son ambassadeur à Rome d'en parler en S" faveur el à son avantage à Sa Sainteté, mais ayant encore voulu lui dépêcher une personne expresse sur ce même sujet, 'int ulin de faire connoilrc dans le public combien tous les mlériMs de lu maison de Mantoue lui sont à cœur, qu'ulin que, se lenaut auprès de ladite princesse, cette m^mc personne pftt entretenir une continuelle correspondance avec IcditaJeur duc Je Chaunes, pour faire réussir un accommodement desdits diftérends avec le plus de satisfaction et d'honneur qu'il se pourra

333 M. D'AUBEVILLE, 1060.

pour ladite maison. Sur quoi, il atlendra d'apprendre ' mi^me cp qu'elle peut désirer de son service, l'assuranl ^ ordre de Sa Majesté de l'exfeuter avec grande chaleur et rite, e1 qu'il y sera d'ailleurs tout disposé par sa proprfl nation.

M dira ensuite au comte Canossa que Sa Majesté a bel d'estime pour lui et qu'elle est très satisfaite des bons ci qu'il donne îi sa maîtresse sur des afTaîres publiques et i menl sur la place de Casai ; qu'elle sait à n'en pouvoir ( que la maison d'Autriche ne l'aime pas et le voit avec ( répugnance dans le poste qu'il occupe, dont elle s'effor< le Faire sortir si jamais elle en a l'occasion et le pouvoi Sa Majesté a même su. lit-dessus, une cii-constunce assez entière qui est que les Espagnols ont fait grande réflexij ce qu'on leur a dit que les ancêtres dudil comte ont ad possédé Casai, et cnlin que Sa Majesté souhaite sincèren continuation de son crédit auprès de sa maîtresse non ; pour son mérite personnel que pour les raisons qu'oQ de dire.

Il ajoutera ù cela que 8a Majesté n'a pris la résolulj l'envoyer à Mantoue, et m&mc sur le titre de l'afTaire de' (à quoi il y avoit beaucoup de i-éflexions à faire pour ei autrement), que sur la parole que ledit comte a donnée dernière lettre, qu'il agira à l'avenir dans la dernière cob avec la personne que Sa Majesté auroit agréable d'envQ lui donneroit lui-même les avis de la conduite qu'il d tenir pour le bien des alîaires de Sa Majesté, oi enfil Madame la duchesse de Mantoue vcrroit de bon œil d) cour un ministre du Roi, et lui feroit toute sorte d'acci do bons traitements.

Qu'encore que ti- Roi ail bien voulu, pour complnj désir de la princesse fonder le prétexte de celte mission différend de Rome, alin qu'elle eu put tirer avantage dl public, Sa Majesté n'a pas laissé à toute lin de donner un pouvoir particulier audit sieur d'Aubeviile de se mti nom du Roi de l'accommode'menl des différends de» maisons de Mantoue et de Modênc, lequel pouvoir il a >

DfFFKBENDS ENTRE HODENE ET MANTOUE. saa ie tenir caché, jusqu'à ce que les parties conviennent de fitire passer cette négociation pur les mains d'un ministre de Su Majesté; et qu'en cela il peut s'assurer que Sa Mnjeslè ne se proposera pour objet que la justice et l'équîtii autant qu'elle la pourra connoître, et Ip bien des deux ducs mineurs et la tranquillité de leurs États, sans aucune plus grande partialité pour l'un que pour l'autre, les tenant tous deux pour ses bons amis et serviteurs.

Qu'il a ordre de tenir une continuelle correspondance avec le duc de Chaunes sur le dilTérend touchant l'inquisiteur, alin de parvenir aux meilleurs moyens de l'accommoder avec satisfaction réciproque.

Que Sa Majesté a vu dans les dépôchcs dudît comte les raisons qui ont porté Madame la duchesse de Manlouc à chasser de son Etat le père Guarnnra inquisiteur qui consiste en partie dans les abus scandaleux qu'il t'uisoit de son emploi par Un excès d'avarice sordide et en partie dans les entreprises lu'il 8 faites sur la juridiction séculière et sur la propre autorité du duc, que cette princesse s'est crue obligée de »*^primer par son expulsion,

-Mais, qu'on ne demeure pas d'accord à Rome des faits sur In maiiifre qu'on les pose à Mantoue ; et voici à pou près ce qu'en dît la cour de Rome selon ce que Sa Majesté en a pu «■pprendre :

Que deux juifs se trouvant accusés au tribunal de l'inquisi- Hon pour des injures atroces de paroles qu'ils avoient dites *îoiilre deux tilles qui avoient abjuré le judaïsme et s'étoieni converties à la foi catholique, un autre juif qui voulait soutenir les accusés, eut l'audace de dire en face de l'inquisiteur ^u'on ne devoit point ajouter de foi à des juifs qui s'étoient wilSjChréliens, puisqu'ils étoient devenus ennemis de Dieu comme it étoit porté par un livre de leurs privilèges et capiluktion.

Que celte proposition parut si étrange à l'inquisilenr que, voulant voir la qualité du livre où l'on présupposoil qu'elle ^•oit contenue, il envoya son notaire aux juifs pour se le faire remettre entre les mains; mais qu'ayant ouvert ledit livre et

iU

M. D'ArBEVILLE. KHill.

y ayant trouvé en tôto les noms de Guillaume et de Fcrdinan il crut que c'étoit un livre de privilèges accordés aux ju par les ducs de Mantoue et que cela lui suffisant pour tet pour indubitable que ectte proposition avancée par les ju ne pouvoil être contenue dans ledit livre comme l'-lant Ir injurieuse à la foi et trop contraire à la piété de ces Prinw il ferma ledit livre sans passer outre à le lire, et le rcn entre les mains dudit notaire, avec ordre exprès que matin du jour suivant, î! le rendit au juif de qui il l'av» reçu.

Que ce premier ordre ayant étiS donné, le comte Vialar arriva dans le couvent et dit à l'inquisiteur que Madame duchesse étoil fort en colère contre lui de ce qu'il uvoit i! aux juifs le livre de leurs privilèges.

Que l'inquisiteur caconta audil comie ton! ce qui s'éti passé, et lui lut l'ordre qu'il avoil déjà donné au notaire rendre le livre, ayant au même instant fait appeler le notai qui conlirma la vérité de cet oi-dre et que l'inquisiteur off d'aller dire la même chose à la duchesse, et lui témoigna qu ne lui éloit jamais tombé dans la pensée qu'elle put s'offens d'une pareille chose, mais que, lorsqu'il croyoitdc s'élre sul samment justifié, ledit comte Vialard lui fit un commandemc de la part de la duchesse qu'il eàl à sortir dès le lendemti de son État; qu'à cela, l'inquisiteui' répartit qu'il avoit gran vénération pour tous les commandements de la duchesi mais qu'il n'étoit pas en son pouvoir d'exécuter celui-là sa un ordre particulier de la sacrée congrégatiim qui l'avoit él bli dans son emploi, que le comte dit qu'il rapporteroit ce réponse et s'en alla, et que, deux heures après, deux officit de la duchesse vinrent signifier à l'inquisiteur qu'elle avoit ta réponse qu'il avoit donnée au comIe Vialard, mais qu'e vouloit être ohéie dans sa maison, et que, partant, il eût à

1. Miirc-ADluiiie VUlardi, no dans le Montterrat, Tint ù Manlouc comme su do U chruicellcTis, puis fut aiUchâ à Tambassade du duc de Uanloue à Rc dg 16!â i. I6SS. li dnrint ensuite aecréL&irB de 1* princesse Mario de Oodui régente du duché de Mnnloue, si^crétairo d'Ëlal eu 161.S et memlirt; du cou: d'Kiat en tSiS. Il retut le titre do comte en I65S, el mourut en I6G8 k Vkge soiïanle-quinie an». (\o/i!i> biograficht dette famigtie Ulualri ManlonoM — |iiUle d»l conte Carlo d'Arco, t. VU, p, 297).

EXPrLSION UE L'INgtlSITEIR. 23S

disposer de parlir sans faute le lendemain et d'emmener avec tiiî Eon noUire, uulremcnt qu'il on recpvroil du déplaisir ; que l'inquisilcur ayant persisté dans su première réponse, les marnes olîicici's rftoum6rent le lendemain matin au couvent et lui réitér&rent l'ordre de partir; et quelque temps après arrivèrent deux compagnies, l'une de hallcbardlers, cl l'autre d'arquebusiers, qui Torcèrent l'inquisiteur, nonobstant la protestation des censures, à sortir du couvent et ù se mettre dans un currosse du palais qui attendoît pour cet cfl'et à la porte, et il fut conduit à la vue de tout le peuple, et particulièrement des juifs qui sembloient triompher de leur victoire, jusqu'à l'entrée du terriloire de Guastalla, où on le laissa il picft.

Que ledit inquisiteur donna avis à Home de ce qui lui étott arrivé, dans le même temps que d'un autre cdié, l'agent de H. le duc de Mantoue prtisentu au cardinal Chigi ' une lettre de la duchesse, dans laquelle elle prioit ledit cardinal d'entendre dudit agoni les raisons qui l'avoient obligée è lu résolution qu'elle avoit prise, mais que, le cardinal ayant demandé h. cet homme d'exposer sa créance, il répartit qu'il n'avoit rien à dire et qu'on ne lui avoit rien ordonné que de prtwnler la lellre.

Que le pape auroit pu et di'i d'abord procéder, dans un fait «notoire, à l'interdit de ta ville de Mantoue, mais qui' Sa Sainteté avoit voulu donner du temps h la duchesse de se raviHT et s'étoit contentée de commettre la cause au cardinal Donghi ' et que cependant, par un excès de bonté, Sa Sainteté irrivit un bref k la duchesse qu'elle chargea ledit cardinal de lui faire rendre par une personne prudente, que ledit cardinal ï «Qïoya son confesseur, lequel s'acquitta avec beaucoup de «iwrftion de sa commission ; mais que la duchesse ne fit pas mCitiv di' réponse audit bref, et fit aussitôt publier dans le monde quelques écrits contenant des prétendues expressions

'■ Fljtio Cbigi, n«>eu du papo Aleiindro VII, cardinal an I6i7, sarinlandanl ■'" Wm In fetjn eeelliaiasUqucs, légat i Atignon, mourut le 13 saptembro 1693, - '«n-Ktienne Dongbi. Gvjijue d'tmola et de Ferrare. cardinal en lfS13,

M6 M. ri'AlBEVILLE. IttHO.

de l'inquisiteur, comme si, quand elles seroicnt véritable ce qu'on n'avoue pas et, au conlrBirc. on pri^tend à Borne i justifier qu'elles sont fausses, elles -eussent pu Mrc un moi suffisant pour donner lieu à la duchesse dechasserde son El si ignominieusement un ministre du Saint-Si^go , coDt lequel elle n'avoit jamais foit aucune plainte à Sa Sainteté à la congrégation du Saïnt-OfRce.

Que depuis cela, on a continué de faire toute soiic de ma vais traitements au sicui- vicaire dudit Saint-Office qui c demeuré dans Mantoue ; qu'on lui refuse l'audience, qu'on I fait dire sous-main qu'il devToil aussi se retirer; que 1 pi'ÎDCes ont les mains longues, qu'il n'ose sortir de chez lai i crainte de recevoir des affronts, et particulièreraenl par I juifs; qu'il ne peut exercer son ministt>re, parce que I témoins qu'il cite répondent qu'ils n'osent comparoitre sans permission de la duchesse; et que toutes ces choses ont enl nécessité Sa Sainteté d'ordonner au cardinal Donghi de fai alTicher des monitoires pour lin de comparoir aux quat officiers qui avoîent eu la principale part à l'expulsion l'inquisiteur; et ensuite, après tous les termes exprès, ) déclarer excommuniés, ce qui a été depuis exécuté. El on laisse entendre à Rome qu'après Tcxpiralion d'autres termi on jettera l'inlei'dit contre la ville de Monloue et tout l'Éli Mais Sa Majesté a pénétré que, pour ne point intéresser to les princes dans une même cause, ladite cour de Roc s'explique par avance, qu'elle n'a pas intention, comme bruit s'en étoit divulgué, de déclarer les sujets absous de le serment de fidélité à leur prince.

Voilà à peu près ce que disent les ministres du pape da les cours des autres princes et potentats pour justifier lespr cédés de Sa Sainteté.

Ledit sieur d'Aubeville doit ù présent savoir pour son it truution particulière, et dont il ne s'expliquera point à Ma loue, que l'intention de Sa Majesté n'est pas de se brouill plus qu'elle l'est déjà avec la cour de Rome pourrinlérftl la duchesse de Mantoue, que les potentats de son sang se bien plus obligés qu'elle de soutenir et de protéger, mais qi

Page 1