‹ Savoie-Sardaigne et MantoueChapitre 111 sur 224 · RETRAIT DE LA GARNISON VÉNITIENNE DE MANTOUE · texte numérisé non relu

RETRAIT DE LA GARNISON VÉNITIENNE DE MANTOUE

en cette occasion du procédé de la République, et ne fit point de réponse à la lettre que lui en avoit écrit le duc de Mantoue.

Ce qui est touché ci-dessus en passant de la duchesse de Mantoue, ne doit pas faire des impressions dans l'esprit dudit Président qui soient tout à fait au désavantage de cette princesse. On n'a parlé que des sentiments que le sang lui pourroit inspirer ; car, au reste, depuis qu'elle a suivi les conseils du comte Canossa, Sa Majesté a tout sujet de se louer de sa conduite, et même à l'égard de la place de Casai qui est le point jaloux, où, sur les réquisitions que Sa Majesté lui en a faites, elle n'a jamais voulu souffrir aucun changement ni innovation pour ce qui regarde la garnison de cette place, quoiqu'elle en ait été néanmoins et continuellement sollicitée par les Espagnols qui, par celte raison, sont aussi mal satisfaits d'elle, queSadite Majesté a sujet d'en être contente; et ledit sieur Président doit le témoigner h ses Ministres quand ils le verront à Venise

Fait à Chambord, le i octobre 1668.

Pendanl l'ambassade du pn^sidenl de Sainl-AndiV; à Venise (Iti68. 1671). pendaol celle du comle d'Avaux' (1671-167B) eL celle d(î l'abbé d'Eslrades' (167S-1678), Louis XIV n'entrellint poiat de résident à Maatoue. Ces trois ambassadeurs servirent successivement d'intermédiaires officieux entre tes deux cours.

De regrettables incidents auxquels il (?lail préférable que nos agents demeurassent étrangers, apportaient alors le trouble dans la maison de Gonzague. Voici le récit qu'en a laissé un contemporain plus à même que personne d'être exactement renseigné : « L'inap- « plication du duc pour les aiïaires Tait qu'il en laisi^e presque tout « le soin entre les mains de quelques-uns de ses ministres. La M duchesse, sa mère, y a aussi beaucoup de part, bien que fort u diminuée de celle qu'elle avoit absolue pendant sa régence, et H qu'elle auroit conservée entière sans une aventure qui fit alors « grand bruit dans cette cour. Elle avoit donné sa principale conn fiance & un secrétaire nommé Bulgarini ; mais un la soup(,'onnoit « de l'avoir portée au-delà de ce qui regardoit le gouvernement de I' l'Etat. Le bruit courut môme qu'elle l'avoll épousé d'un mariage !• de conscience, et il parut que l'on en étoit persuadé à Vienne. « L'Empereur et l'Impératrice douairière voulurent l'obliger «

( aiix ambaMudcuri ea Savoîe-Saiilitigni

i . V. Reeueil des [nali-uelio, p. B1.

2. Sur l'abbé d'Eslrades loir lu Recaeii tien Inalructioiu aux ambaafadem-f en Savt>ie-So''daisnt, vol. I, p. 101 et buît. On peu! consulter en outra : C. CantaiH. Ftr la Slaria tli un epUodio délia poliliea ilaliana di Luigi XIV al Itmpo delta paee di Simega. Le negozîasioni diplomalkhe per t'occupa lione di Ca$ate (1677- IMt). Ale9rt«ndti>, 18ST.

5i8 L'ABBE D'ESTRADES, 1077-1678.

« ùluigner CQ minisiro, et, après de longues coDteslations où « duchesse s'allachoil d'aulant que son honneur y paroissoR iat.^^ Il ressé, révéoement fil connoitre que le bruil du mariage n'élo^i n pas sans fondement. Le pape interposa son autorité : Bulgarini s^ le fit religieux bénédirtinella duchesse prit l'habit de religieuse, san^ cr demeurer toutefois dans un couvent, et elle le porte toujours de- II puis, bien qu'elle conserve sa maison et son palais dans Mantoue.

« L'éclat que cetle affaire causa l'éloigna, durant quelque temps, » du gouvernement ; mais, depuis, l'affection de son fîls l'y a fait « rentrer, et elle y a repris beaucoup d'autorité. La même considé- <i ration pour Bulgarini continue, et il a par elle une grande part, <• bien qu'indirecte, dans les conseils. Cependant, son juste ressenli- II ment de la cour de Vienne & son égard semble avoir refroidi la <( passion ardente qu'elle avoit fait paroitre jusqu'alors pour sa « maison, et par là elle est devenue en quelque sorte moins contraire « aux inliirËLs de la France'. " I

Celte dernière opinion concorde avec celle qu'exprimait alors le I comte d'Avaux daps ses rapports à la Cour'. '

L'abbc d'Estrades arriva à Venise au mois de janvier 1676. au , moment où, alarmés par les rigueurs de Louis XIV à l'égard des Hollandais, l'Empereur, l'Electeur de Brandebourg, l'Espagne et la ptuparl des Etals de l'Empire venaient de se liguer contre la France. î\ \ avait lieu de craindre que l'Italie, à peu près épargnée depuis quinze ans par les gens de guerre, ne devint de nouveau l'un des théâtres des hostilités. BientAL peut-être l'importance stratégique des places de Casai et de Mantoue allait de nouveau s'affirmer el rendre précieuse pour chacun des belligérants Talliance du duc Charles IV. Au mois d'octobre 1677, l'abbé d'Estrades engagea avec ce prince, par l'entremise du comte Hatlioli, ancien secrétaire d'Etat du duc Charles III, une négociation secrèle qui devait avoir pour bul de faire rentrer les troupes frani;aîses dans Casai. Ces premières démarches furent couronnées de succès, et le duc de Mantoue promit d'aller incognito à Venise où il arrêterait lui-même avec l'ambassadeur les termes de l'arrangement qui devait livrer à la France la capitale du Montferrat. L'abbé d'Estrades rendit compte, le 18 décembre 1677, de ces pourparlers à Louis XIV °, qui y donna son assentiment tout en recommandant de ne rien précipilor, la convention projetée pouvant, si elle était connue, avoir un fftcbeux contre-coup sur lus négociations qui se poursuivaient alors A Nimègue.

1. Mémoiiftilr Pamtmnne, t. t, p. 110, III el 112. !. Aff. Êlr. Veniir. toI. XCIV, XCV, XCVl.

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