PRETENTIONS DU DUC DE LORRAINE
lo duc do Mantouc et sos ministres disposi^s à conlinuer de l<inir une conduilc qui soit agri'able ît Sa Majesté.
Comme elle a eu ccpeudant diff<5rents avis que ce prince songeait ili s'engager avec le pape et la maison d'Autriche, et que cette considération avait mCme portt? Sa Sainteté à lui accorder plusieurs grâces pour un fils naturel qu'a ce prince et qu'il aime fort, ledit sieur de Lussienes doit apporter tous ses soins pour approfondir si ces avis ont quelque fondement, et rendre lin compte exact à Sa Majesté de ce qu'il en pourra découvrir.
II informera Sa Majesté de ce qu'il apprendra des prétentions du duc de Lorraine ' sur le Montferrat, en cas que le duc de Mantoue meure sans enfant, et des mesures qu'il prend pour les faire réussir. Il saura qui sont ceux de la maison do (lonlaguv qui peuvent prétendre à colle succession, et les droits qu'ils ont tant sur le duché de Mantouc que sur lo Montferrat.
Il tâchera aussi de pénétrer si ce prince n'est entré dans aucun engagement avec l'empereur eu faveur du duc de Lori-aioe, pendant le séjour qu'il a fait à Vienne ; et, afin d'Mre plus particuliëromcnt instruit de la conduite qu'il tiendra, il le suivra dans tous les voyages qu'il fora à Venise ou on d'autres endroits, pendant lesquels il observera si ce prince aura commerce avec quelques princes, ministres ou autres personnes dont i) soit important que Sa Majesté soit informée. ■
II doit cependant le détourner, autant qu'il lui sera possible, d'en entreprendre de plus éloignés que celui de Venise, et, en cas qu'il en eût le dessein, ledit sieur de Lussienes lui représentera que les différentes entreprises que les Espagnols ont faites pour se saisir de sa personne et se rendre maîtres de Mantoue, sont d'assez fortes raisons pour l'obliger ilt demeurer dans ses états, dans un temps où la guerre qui est allumée dans toute l'Europe excitera encore en eux le désir d'exécuter leurs anciens projets.
Il doit enfin si bien observer la conduite du duc de Mantoue et de ses ministres, qu'en cas qu'il se traite quelque chose* en
1. Charles- Léopold-Nicolu (lG43-tG9U). duc de Lorraine et de Bar, génËralissime des innées impériales, chetalier da la Toison d'or ; il avait épousé, en IGTS.Marie- Eléonore. Itlle df Ferdinand UI. empereur, et d'Eléonoro de Ooniugue-Mantouc.
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ccUe cour, contraire aux intérêts de Sa Majostt^, il puisse en Atrè ass(!z tût iarormé pour faire les rcmontraoccs qu'il cslitnera les plus propres pour les obliger à s'en désister et à ne rien faire qui puisse donner à Sa Majesté aucun sujet de mécontenfcracnl.
Ledit sieur de Lussienes cnlrelîendra une bonne correspondance avec le marquis de Crcnant, qui commande pour Sa Majesté les troupes qui sont on garnison dans les ville, château et citadelle de Casai.
Il tâchera aussi d'être bien informé de toutes les levées qui se feront, tant dans le Milanais que dans les étals de Venise, et de tout ce qui se passera de plus considérable, soit h Muntoue ou dans le voisinage, pour en rendre compte directemcnlà Sa Majesté par tous les ordinaires, et il apprendra encore plus particulièrement SCS intentions par toutes les dépêches qu'il en recevra. 11 doit surtout observer, lorsqu'il écrira des nouvelle? de conséquence, de marquer de qui il les tient, iifin que Sa Majesté puisse juger du fondement qu'elle y peut faire.
Outre ce qui est contenu dans la présente instruction, des avis oi'dinaires que le Roi veut que ledit sieur de Lussienes lui lionne de tout ce qui se passera dans la cour de Mantoue, l'intention de Sa Majesté est que tous ses ministres au dehors lui rapportent, au retour de leurs emplois, une relation exacte de tout ce qui se sera pusse de plus important dans les négociations qu'ils auront conduites, de l'état des cours et des pays où ils auront sei^i, des cérémonies qui s'y observent, soil dans les entrées, soit dans les audiences ou dans toute autre rencontre ; du génie et des inclintitions des princes et de leurs ministres ; et enfin, de tout ce qui peut donner une connaissance particulière des lieux où ils auront été employés et des personnes avec lesquelles ils auront négocié. Ainsi, ledit sieur de Lussienes aura soin de préparer un mémoire de cette sorte, en forme de relation, de l'emploi que Sa Majesté lui conlic. pour le mettre à son retour entre les mains de Sa Majesté.
Fait i Versailles, le 10 janvier (OSB.
CHARGÉ d'dHE MISSION SECRÈTE
Onavutlans le chapitre retaCiraux instructions de M. de Luucienne.s que le duc de Manloue, pour se défendre de l'oppression des Impériaux et des Espagnols, invoqua la protection du Souverain Pontife. L'ambassadeur de France à Rome reçut l'ordre d'appuyer les démarches que le prince ilalien fit faire à ce sujet auprès du Pape.
Lorsque la France se vit, par suite de ses revers, réduite & une pénible défensive en Italie, Louis XIV se préoccupa, de son cAté, de faire prévaloir une combinaison qui devait assurer en môme tempe l'iotégrilé des États du duc de Mantoue, et faire tomber l'un des principaux griefs des alliés. D'accord avec le duc Charles, il proposa de donner un gage de son désintéressement en cunliant aux troupes pontificales, pendant la duri^c des hostilités, la garde des places de Casai et de Carmagnole. Une négociation sur ees bases fut conRée au comte Canossa, secrétaire d'Étal du duc de Mantoue, qui, dans le cooraDl de l'été 1 691 , vint îi l'aris se concerter à ce sujet avec les miaislres de Louis XIV. Il se rendit ensuite à Rome, où il arriva le 25 septembre et où il demeura plus de deux mois. Reçu une première fois le 7 octobre par Innocent XII, le comte Canossa pria Sa Sainteté d'obtenir pour la maison de Hantoue u les avantages de la neutranlitéo- En toutes choses, partisan de la conciliation,» timoré au dcl& « de tout ce qu'on peut imaginer » ', le pape ne lit aucune difOculté ponrrecommanderloduc de Mantoue àla clémence de l'Empereuretdu roi d'Espagne. Mais, bien que Louis XIV lui eût fait savoir contidentiel-
I 1. Lie canuDU ae r ' ToLCCCXU.
lemenl que la France lui paierait volonliers sou» main la dépense nécessaire pour rcntrcUen d'une garnison, Innocenl XII refusa de confier à, ses Iroupes la garde d'aucune place située en dehors des Ëtals du Saiut-Siège. Le cardinal de Forbin-Janson ', ambassadeur du roi à Rome, prit une part active ft ces pourpalers, mais ne parvint pas & ébranler la volonté du Souverain- Pon tire. Il reçut il cette occasion le mémoire suivant de Louis XIV. Le marquis de Torcy était alors ministre des atraires étrangères.
AIT. Elr. Corr. Mantou», supplûmenl, «jI. 1. fol. S63.
Ce prince a Tait reprûsenter au Itol par M. le comte do Ganoize qu'encore qu'il aurait un traité de neutralité avec le gouverneur de Milan, et que son intention mt toujours été, depuis le commencement do cette guerre, de se conduire d'une manière qui ne puisse être suspecte ni à Sa Majesté ni à la maison d'Autriche, néanmoins les ressentiments qu'elle a de ce qu'il a remis au pouvoir de Sa Majesté la citadelle de Casai lui doit d'autant plus Faire appréhender que les Empagnols et les Allemands joints ensemble n'achèvent de ruiner entièrement le Montrerrat et le Hantouan par des quartiers d'hiver, contrihu lions, extorsions, pillage, incendie mi^me en se rendant maîtres de la ville de Mantoue, que le traité qu'il a Tait pour la restitution de Guazoles n'engage l'Empereur en quelque manière que ce soit et laisse même aux Espagnols assez de moyens de l'expliquer comme il leur conviendra.
Que, dans celte extrémité et ne pouvant lirer aucun secours des princes et États ses voisins, quoiqu'ils ue soient );uère moins intéressés que lui k joindre leurs conseils et leurs forces pour éloigner la guerre d'ilalïe, il a résolu de .s'adresser â. Sa Sainteté ; et, après lui avoir vivement représenté le péril qui menace toute l'Italie, si elle n'y emploie son autorité et ses offlces les plus crfiuuces pour empêcher que la liberté des Princes et Élats ses voisina ne soit opprimée, ta prier de mettre garnison dans les ville et château de Hantone, pour les garder jusqu'il ce qne toute l'Italie jouisse d'une pleine paix; et, comme il a désiré que Sa Majesté appuyât un même temps de ses ofllccs les prières et instances qu'd veut faire, elle y a consenti d'autant plus volontiers qu'elle est bien persuadée que Sa Sainteté souhaite passionnément de rendre son pontilicat glorieux, par le rétablissement de la paix, et que, comme la première démarche qu'il faut faire pour y parvenir, c'est de faire cesser dans toute l'Italie une guerre dont les suites ponrroient être funestes à la religion catholique, et qui doit donner dès h présent une juste appréhension au Saint Siège, Sa Sainteté
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