‹ Savoie-Sardaigne et MantoueChapitre 135 sur 224 · INSTRUCTIONS AU CARDINAL DE FOHBIN · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS AU CARDINAL DE FOHBIN

jngera bien qu'elle doit commencer ce grand ouvrage par des marques éclatantes de la protection du Saint-Siège aux Princes qui eu ont le plKs de besoin el ipii sont les premiers à y avoir recours. Ledit sieur cardinal de Forbin doit aussi en celte occasion faire entendre ù Sa Sainteté que les premiers témoi),'nages qu'elle a donnés au Hoi de si^s bonnes intentions par la résolution qu'elle a prise de faire expédier des bulles h ceux que Sa Hcgesté a nommas aux Tirchcvechés et évëchés vacants, a tellement pénâtrë le cœur de Sa Majesté et rempli son esprit du désir de contribuer à rendre le pontificat de Sa Sainteté plus glorieux qu'aucun de ceux mAmea qui ont élé le plus en vénération dans la chrétienté, qu'il ne sait si dans les sentiments où Sa Majesté lui paroit être par les lettres dont elle l'honore, elle ne serait pas capable de faire pour elle des démarches qu'il n'auroit pas faites pour aucun outre de ses prédécesseurs, et do la mettre en état de ul- plus trouver aucune diilicultë h rendre le repos à toute l'Italie -.qu'ainsi elle peut eu toute sûreté lui conlier les vues qu'elle aaroit pour y réussir, et qu'il oscroit quasi se tlattcr d'obtenir de Sa Majesté de plus grondes marques de conllance pour Sa Sainteté qu'elle n'en pouvoit attendre d'aucune autre puissance de la chrétienté.

Enlin, apr^s avoir bien persuadé Sa Sainteté du fondement qu'elle doit faire sur lamitié du Roi, Sa Mi^esté laisse à la prudence et à l'adresse dudit cardinal de Forbin de conduire insensiblement te pape à laisser entendre, comme font la plupart des princes et Ëtats d'Italie, que, tant que le Roi sera maître de Casai et do CannagnoUc, on ne pourra pas obliger l'Empereur et le roi d'Espagne à retirer leurs troupes et laisser tous les Ëtatâ voisins du Piémont et du Milanois dans le même repos dont ils jouisBoîent avant la guerre de Savoie.

Comme il n'y a personne qni n'avoue que la plus grande preuve que Sa Majesté pourroit donner à un pape trËs bien intentionné pour les intérêts de sa couronne seroît de conlier à sa ^arde, pendant la durée de cette guerre, des places aussi importantes que les ville, citadelle et château de Casai, et d'y Joindi'e encore celle de t^nrmagnolle qui sera en état, avant la fin de l'année, de pouvoir être défendue contre tons les efforts de l'armée ennemie, il y a sujet de douter que le Pape puisse s'imaginer de pouvoir obtenir un si grand témoignage de la complaisance de Sa Majesté pt de In dispoïtition où elle est A concourir il tout ce qui peut rendre l'Italie eulièrement redevable à Sa Sainteté du rétablissement de son repos. Ainsi toute la dextérité dudit sieur cardinal de Forbin doit être employée h encourager le Pape à demander h Sa Maje.Mé une si grande marque de sou amitié, et Sa Majesté veut bien conlier audit sieur cardinal de Forbin pour lui seul, qu'elle a efTectivemcnl intention de remettre ces deu» places au pouïoir de Sa Sainteté, pourvu qu'elle puisse obliger en même temps l'Empereur et les Espagnols de retirer leurs troupes du Piémont, Sa Majesté voulant bien aussi rappeler les siennes do cette principauté, en sorte (pe l'Italie puisse demeurer en pleine paix pendant tout le reste de cette guerre.

Sa Majesté est bien persuadée que ledit sieur cardinal de Forbin saura conduire cet important secret aveu toute la prudence et toute l'habiletc qu'il a fait paroUrc dans ses autres négociations ; mais, comme te trop grand Age du pape ne permettra peut être pas h Sa Sainteté d'entrer dons cette grande affaire avec toute ta vivacité qui seroit nécessaire pour la foire réussir de la manière qu'il vient d'être dite, en ce cas, elle hisse à la discrétion et â la prudence dudit sieur cardinal de Forbin, d'en parler dans le même sens â celui qui aura le plus de crédit auprès de Sn Sainteté,

M. NÛBLET, lfi93.

et qn*îl jugera devoir Taire un boD usage de )a coaDance qu'il loi-ann et la tenir fort secrète, iimn il doit avoir pour bat de Taire eu sorte que ^ l'on désire efTectivemenl ce que Sa Majesté veut Men dooner pour avancer' la poix générale et procurer à Sa Majesté le mérite d'avoir empêché par SCS soins et par son entremise, que l'hérésie ne profite de la division des princes catholiques et principalement des troubles d'Italie. Ledit fient cardinal ne peut rendre un seiTÎce plus considérable à Sa M^eslé que de taiie réussir celte négociation en la manière qu'elle le désire, et s'il peut disposer Sa Sainteté h prendre cette affaire <k uisur, il doit lui faire connoltre qu'il n'y a pas un moment de temps à perdre pour presser toutes les parties de retirer leurs troupes d'Italie, et que, comme les cours de Vienne et de Madrid ne manqueront pas de demander que le roi retire ses troupes de Casai et de (^arroagnolle. Sa Sainteté ponrra s'engager en même temps à y disposer Sa Majesté et à lui faire trouver bon de lui confier la garde de ces deux places, pour les remettre upr^s la paix faite, ainsi qu'il sera stipulé pur le traité.

Sa Majesté est bien persuadée que ledit sieur cardinal saura bien faire valoir an pape quelle est l'importance des places qu'elle veut bien confier à sa garde, et la grande facilité qu'elle donne par ce moyen ù Sa Sainteté de garantir toute l'Italie des incommodités de la guerre.

Au surplus, le duc de Savoie trouvcroit un si grand avant^e dans cet accommodement en délivrant le Piémont de toutes les troupes tant amies qu'ennemies, qui achèvent de le miner, qu'il n'y a pas d'apparence qu'il y apporte le moindre obstacle. D'autant plus que cet accommodement lui donnera moyeu de rentrer dans les bonnes grâces du roi.

Ledit sieur cardinal ne doit pas manquer d'informer Sa Majesté par Aa courriers exprès des difllcullés qui se pourroienl rencontrer dans sa négociation. Et, comme le pape voudra peut-être prendre des mesures avec tes princes et Etats d'Italie pour les faire Jouir d'un plein repos par les moyens que Sa Majesté lui donne, elle écrit au sieur de la Haye, son ambassadeur à Venise, et aux sieurs Fouché ', de Lonciennes et Ratabon ', de faire tout ce que ledit sieur cardinal désirera de leur ministère.

Et saura aussi que le comte de Canoize, qui est très bien inleQtîon&ê et qui a beaucoup d'esprit, se doit rendre incessamment à Home; et, comme il ne manquera pas de bien suivre les conseils que ledit sieur cardinal voudra lui donner, il pourra s'en servir utilement pour ce qui regarde les alTuîres de Mantoue.

Pendant les années qui suivirent, le cardinal de Forbin s'efforça & plusieurs reprises d'amener le Pape & se mettre k la télc d'une ligue des princes d'Italie destinée à assurer l'indépendance de. tuus les Étals de la péninsule, et en particulier de la maison de Mantoue. Bien que ces tentatives fussent demeurées vaines, rinter\'enUon de l'ambassadeur de France à Rome dans les affaires du duc Charles eul pour résultat de faire naître des rapporta confiants entre ce Prince cl le cardinal. En 1693, M. do Loueiennes ayant donné des motifs de mécontentement au duc de Mantoue, celui-ci Gl demandera Louis X)V

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