‹ Savoie-Sardaigne et MantoueChapitre 137 sur 224 · SENTIMENTS DU DUC DE MANTOUE · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DU DUC DE MANTOUE

qualité, Ha Majesti? n jiig^ qu elle ne pouvoît taire un meilleur choix pour remplir co poste qu'en jetant les yeux sur ie. sieur Du Pré, qui a déjà donoé des marques du /Me et de la capacité qu'il a pour son service, dans les différents emplois qu'ellt' tui a confiés. Elle est iiussi persuadée qu'Elle ne sera pas moins satisfaite qu'EIlcl'a d(îjîi été de la manî»!ire dont il s'en acquittera. Et comme les conjuni! turcs présentes demandent qu'il y ait incessamment quelqu'un de la part de Su Majestéauprès des Princes de Lomhardie, Elle désire que le sieur Du Pré ne perde point de temps pour se rendre à Gûncs, et ensuite à Mantoue, selon les mesures qu'il aura prises avec le sieur de Louciennes pour la sûreté de son voyage.

Le compte que les ministres de Sa Majesté auprès du duc de Mantoue lui ont toujours rendu des sentiments de ce Prince, et ta conduite qu'il a tenue depuis le traité qu'il a eu l'honneur de faire avec Elle on l'année 16M1, ne laissent au Roi aucun lieu de douter qu'il ne s'intéresse très-sincfrement à tout ce qui peut regarder les avantages de sa couronne. Sa Majesté est aussi persuadée qu'il n'auruit pas tenu à lui que les Princes d'Italie n'eussent pris ensemble les mesures nécessaires pour se délivrer du joug que les Allemands leur ont imposé, depuis que l'Empereur a fait passer des troupes en Italie. Mais, comme la crainte qu'ils ont eue de ne pouvoir opposer d'eux-mêmes des forces suffisantes et de n'être pas assez puissamment secourus pour se garantir de l'esclavage où la maison d'Autriche les vouloit réduire, leur a fait prendre le parti de se soumettre à tout ce qu'elle a voulu exiger d'eux, le premier soin du sieur Du Pré doit filre de bien faire connoîti'e au duc de Mantoue, et, par son moyeu aux ducs de Mod^ne et de Parme, que jamais ces Princes ne peuvent espérer de conjoncture plus favorable pour se tirer de la tyrannie des Allemands que celle que leur donne la victoiiv signalée que les armes de Sa Majesté viennent de remporter en Piémont. Ils sjivent assez que les meilleures troupes de l'empereur ayant été défaites à cette bataille, ce qui en reste ne sera pas en état de leur donner la loi pour peu qu'ils veuillent leur résister. Ils doivent croire aussi que le mauvais succès de la campagne de Hongrie ne permettra pas il l'Empe-

M. DU PliE, 1003-1094.

r de faire t

r den

elles l

s au tle.lù des monts, < que, la paix avec le Thi'c étant aussi L'Iuignf-e qu'elle If paroit être par la levée du siège de Belgrade, la cour do Vienne sera plutôt contrainte de faire marcher de nouvelles troupes en Hongrie, qu'elle ne sera en *^tat d'augmenter rclks qu'elle a présentement en Italie.

Ainsi le sieur Du Prt^ doit trouver de grandes facilités à leur faire comprendre qu'en donnant aux troupes du Roi les moyens de subsister pendant l'hiver en Italie, non seulement ils n'auront rien à craindre des violences où ils sont exposés, mais ils obligeront encore les Allemands h laisser leur pays Jouir de la tranquillité qu'ils troublent depuis si longtemps. Et ces Princes sont assurés d'ailleurs, qu'aussitfit qu'elle sera rflablitet que l'Empereur aura retiré ses troupes, Sa Uajesté, qui ne veut point faire de conquêtes en Italie, ne songera qu'à rappeler aussi les siennes qii'Ëllo n'y envoie que pour les délivrer de l'oppression.

Comme le duc de Manioue en a ressenti des elTets plus sanglants qu'aucun de ses voisins par les cruautés que les généraux de l'empereur ont exercées dans le Montferrat, il doit être aussi plus porté que personne ft contribuer de tout ce qui peut dépendre de lui, à faciliter au maréchal de Gatinat' les moyens de pourvoir à la subsistance de l'armée de Sa Majesté et de la faire hiverner en Italie.

It y a même paru si disposé, lorsque le comte de Itébenac a été en Italie par ordre de Sa Majesté, qu'Elle ne doute point qu'il n'ordonne avec juie aux Moniferrins de fournir sous main au sieur maréchal de Catinat toutes les choses qui lui seront nécessaires et qu'il demandera pour l'armée qu'il commande, en payant le prix dont on sera convenu ; et, comme ce Prince n'a pu rien toucher de ses revenus du Montferrat depuis que les Allemands y sont entrés, le sieur Du Pré lui fera voir aisément l'avantage qu'il y a pour lui, que les troupes du Roi j puissent subsister, leur séjour pouvant seul le faire jouir de ce qu'il retire de cette province et assurer la conservation de

DISPOSITIONS Dl' PAPE 310

ijui Icra voir encore à ce prince qu'il doit considérer comme des avis venant do sos ennc-mis coux qu'on lui n donnas qnc Sa Majesté négligeoit celtn placo, et qu'Elle ne songcoît point à [a secourir. Enfin, les nvantageti que le duc de Mantoue doit attendre de l'entrée des troupes de Su Majestff en Italie sont si essentiels qu'ElIe ne peut douter qu'il n'y contribue autant ([u'il sera en son pouvoir et qu'il ne fasse tous ses efforts pour porter les Princes ses voisins ft profiter d'une conjonclure aussi favorable de se mettre en libertiî.

lis y seroient m6me second(!s par le pape ' qui, voyunt assez ce qu'il avoit à craindre pour ses propres Etats de l'autorité que les Allemands s'iStablissoicnt en Italie, paroissoit fort disposé, avant la bataille donnée en Piiînuml, à prendre avec les Princes et Etats d'Italie les mesures nécessaires pour leur sûreté commune ; et il n'y a pas lieu de 4outer que cet événement, si propre à fortifier d'aussi bons senliracnts,n'yconlirme encore davantage Sa Stiinfeté.

Mais, si les Princes d'Italie n'y répondent pus et qu'ils persistent dans la foiblessc qu'ils ont fait paroîlre jusqu'i'l présent, le sieur Ilu Pré bornera ses soins à rsciLer le duc de Mantoue à donner tous les siens aux fortifications de sa ville capitale, h l'entretien de sa garnison, et ù veillei' aux surprises qu'il doit craindre encore davantage des Allemands dans la faiblesse où ils sont réduits que lorsqu'ils pouvoient se croire en état de former quelque entreprise h force ouverte.

Il sait bien ce qu'il en doit appréhender, et les ministres de la maison d'Autriclic lui ont assez fait connoitrc qu'ils ne vouioient pas qu'il put se mettre A couvert de leurs desseins lorsque l'Envoyé d'Espagne lui ii porlé des plaintes des r(>paratîons qu'il faisoit faire au\ fortifications de la ville de Mantoue, comme si un Prince souverain ne pouvoit avoir la liberlé de fortilicr le Heu de sa Résidence. Il a vu depuis le motif de ces plaintes, el, Sa Majesté ayant eu avis que les Allemands avoient effectivement projeté de surprendre le faubourg de Porto avant que de sortir de leur quartier d'hiver, ordonna au

Il XII. Voi

relatif i M. Nobli'l, p.SUW.

M. DU PRE, lona-inoi. ^^H

maréchal de Catinat de fairi> passer h Mantouc quatre officiers de confianco pour demeurer dans la ville, eo eus que le duc de Hautouc en eût besoin. Mais ce Prince crut que leur séjour pourroit le rendre encore plus suspect aux impériauK cl Sa Majesté, qui ne les y avoii fait envoyer que pour lui faire plaisir, four ordonna de se rdîrer aussitât qu'il témoigna le désirer.

Il a été averti aussi par Sa Majesté du dessein qu'ils avoient ' de s'emparer de la forteresse de Bersello, appartenant au doc de Modène, et de se mettre en état, pat- la situation de ce poste. de donner la loi aux Princes de Lombardie. En&n, la conduite I qu'ils ont tenue depuis qu'ils y sont entrés n'a que trop fait voir qu'ils ne songeoient qu'à se rendre maîtres de tous les pays qui pouvoient être à leur bienséance, et le duc de Mantoue ii reçu en son particulier des marques évidentes do la mauvaisevolonté que la Cour de Vienoe u contre lui dans toutes les occasions qui s'en sont présentées. La plus récente cl colle où il n é[é le plus maltraité de celte cour, est d.ins le jugement qu'Elle a rendu, sans vouloir entendre ses raisons, en faveurdc Don Vincent de Gonzague en lui adjugeant la succession de Guastalla et en y joignant encore d'autres terres. Et, après avoir amusé longtemps le duc de Mantouo de l'espérance de rendre un jugement qui fût plus dans les formes, il a reconnu à U fie qu'il ne devoit pas attendre beaucoup de justice d'une coorqai ne clierche au contraire qu'fi le dépouiller de tout ce qu'il

Il y a beaucoup d'apparence que la prenii6re chose dont le duc de Mantoue parlera au sieur Du Pré, seradu paiement des pensions que Sa Majesté lui fait, qu'il alléguera le besoin qu'il a d'argent pour entretenir sa garnison et pour réparer les fortifications de sa ville capitale, et qu'il lui fera sur ce sujet li's mêmes instances qu'il a souvent réitérées au sieur de Loncienncs. La dernière somme que le roi ait fait loucher à ce prince étoit de vingt mille livres, et lui n été remise au mois de juin dernier par le sieur de Louciennes, à compte de ce qui lui étoil d& pour ses pensions; mais, quelque envie qu'ail Sa Majesté de lui donner les assistances qui lui sont nécessaires.

Page 1