‹ Savoie-Sardaigne et MantoueChapitre 149 sur 224 · LE COMTE DE TESSÉ · texte numérisé non relu

LE COMTE DE TESSÉ

PLÉMPOTEMTIAIRE

Le blocus de Manloue ne fut jamais assez étroit pour empêcher toute communication entre la cour de France et celle du duc Charles. Préoccupé des difficultés qu'il aurait sans doute en présence des succès de TEmpereur, à conserver la souveraineté de ses -États en Italie, le duc de Mantoue engagea pendant l'hiver de 170:2 une négociation avec Louis XIV, afin d*obtenir, en échange de ses possessions italiennes, le duchif de Luxembourg et le comté de Chiny. Le roi refusa de se prêter à un arrangement aussi radical, et chargea le comte de Tessé, qui commandait en chef à Mantoue, de soumettre secrètement au Prince un projet de traité laissant à celui-ci le Mantouan, etcédantà TEspagne leMonlferrat. en échange du duché de Luxembourg et du comté de Chiny. La cour de France faisait cette proposition sans avoir consulté le roi d'Espagne, dont elle s'engageait seulement à demander ultérieurement Tapprobation. On trouvera ci-après les instructions adressées à ce sujet au comte de Tessé, le marquis de Torcy étant ministre des affaires étrangères.

Le duc de Mantoue refusa d'accepter la combinaison suggérée par Louis XiV. il s'obstina au contraire à vouloir céder le Mantouan à l'Espagne et à conserver le Montferrat. Ce dissentiment fit tomber la négociation, au succès de laquelle le Roi semble d'ailleurs s'être médiocrement intéressé.

LE COMTE DE TESSE. UOi.

AIT. Kir.. Corp. Manlouf. ïol. XXXIII. fol. 88.

Monsieur ie comte Je Tessû, je ne iJouLe yas qui' vous u'ayei SU tjaew duc de MuDtone avoit orJonné uu marquis Balliani, son Envoya aaprie de moi, de se rendre à Mactouc, ce prince ayant dessein de lui coofler VU secrel dont il ue voulott s'ouvrir à personne, et sou intention étant de le renvoyer ensuite pourme le communiquer. Le marquis Balliani devoît partir pour l'Italie au mois de décembre dernier. Ses înlirmilés l'obligèrent à différer son voyage', les Allemands bloquèrent ensuite Hantoue. Ainsi, ne pouvant obéir aux ordres qu'il avoil reçna, le duc de Uantonc me Bl demander, il yaquelquesjours, de lui nommer une personne de conCancp et capable de m'informer du secret dont il vonloit me donner connoissance. On proposa, dès lors, à son Envoyé de vous cLoîsir pour cette confidence. Il répondit que personne ne seroit plus agréable à son maître. J'ai fait dire depuis à cet Envoyé i|ue je vous envoierai l'ordre d'écouter ce que le duc de Hantoue voudroit vous dire. Dans cet intervalle, ce prince a écrit ipi'il avoit une entière confiance au sieur d'Audiffrel, et qu'ayant k me faire savoir un secret d'une extrême importance, il souboiteroit que Je permisse que, quittant pour quelque temps les fonctions de l'emploi de mon Envoyé h Uantouc, il vint me rendre compte de ce que ce Prince lui auroil dit.

Cette proposition ne m'avoit point fuit clianijer ma première pensée, et j'avois oiulonné qu'on fit savoir au duc de Mantoue, qu'il pourroit s'ouvrir entièrement à vous, lorsque j'ai vu par la lettre que vous avei écrite au sieur Cbamillart ', le 19 du mois dernier, que ce prince vous avoit [ail une ouverture que je crois Ctre celle iju'il vonloit confier au marqub Halliani ; au moins elle est assez importante puui en juger ainsi.

Il s'agit, suivant votre lettre, d'une cession en U ère qu'il offre défaire du duché de Hantoue et du Hontfefrat, et vous marquei que, s'il convient au hien de mes affaires de conclure un pareil traité, la conjoncture ne sauruil iHre plus favorable pour le terminer promptemeiil. Après avoir examiné avec beaucoup d'attention les avantages que je pouvois eu attendre, cl ceux qu'il y auroit & faire an duc de Hantoue pour lui faire trouver pendant sa vie le repos honorable qu'il paroit souhaiter, j'ai jugé qu'il ne nie convient point d'accepter celte oiïre pour moi ; que l'acquisition de quelques ÉlatH en Italie ne peut jamais être utile à ma couronne, et que le dédommagement seroit difllcile k donner dans mon royaume. Mais, en même temps, il m'a paru que rien ne convenoit mieux aux intérêts du roi d'Espagne ijue de suivre en partie l'idée du duc de Hantoue, de traiter incessamment pour la seule cession du Hontferrat.

Je vous envoie un projet du traité que l'on pourroit faire avec loi dans cette vue. S'il n'étoit pas de la dernière importance de garder le secret, j'aurois fait communiquer ce projet au roi d'Espagne ol à ses miBi£tre«,

I. Ls mirquii; BtUiani mourut peu Hprét â l'arls, Ib 13 avril I70S.

1. Michel Ch*millard, contrûleiir i;gnérttl do» Bnuicoi en IBM, miniitM dill

(■HOJET D'ECHANGE DU HONTPERRAT. 3BB

Mîits il seroit btenlôl public, si le conseil d'Espiigue eu avoil connoissance. OeLte consiilérntioD m'empêchera <l'eD écrire encore eu Espagne. Je crois oefiendanl pouvoir me charger da consentement du Roi Catholique, et Je le demanderai anssitât <|ue vous m'aurei fait savoir que vous aurei signé te traita. Je ne puis vous donner d'autres ioslructions i]ue celles que vous trouvère» dans le projet mPme de traité que je vous envoie. Lorsque vous m'aurez informé des prétentions du duc de Hantoue, je pourrai vous Taire cooDottre pins particulièrement ce que vouii devrez ou lui accorder ou lui refuser.

J'ai lieu de croire que son intention sera de passer le reste de sa vie ilaDA mon royaume. Il vandroit mieux que ce lûti Charleville qu'à Paris ; vous écouterez cependant ce qu'il vous dira sans vous y opposer, et vous pourrei lui Taire connoitre , comme de vous-même, que s'il prenoit la résohtUon d'établir son séjour dans cette Tille, venant rarement à Paris, je poarrois en ce cas lui prêter, lorsqu'il y vieudroit, quelque maison convenable pourson habitation.

Le sieur d'Audiffreto'cst point informé de ce que je vous écris, quoique je sois bien persuadé de sa discrétion et de son lète. Je crois cependant nécessaire que cette affaire soit traitée uniquement entre le duc de Nanloue et vous.

La cession du Hantouan et de Honlferrat au roi d'Espagne ajarmeroit trop les princes d'Italie.

Cert par cette raison que J'ai cm devoir me lixer à la seule cession du Montferrat.

DK «AYTOPE

-VIT. Etr., Corr. Uantonc. roi. .XXXIII, loi. iî.

L'affecUoD singulière que le Roi a toujours eue pour M. le duc de Manloue étant encore augmentée par l'attachement sincère et véritable de ce Prince aux intérêts du Roi et à ceux du Roi Catholique, pur sa fermeté & maintenir tes engagements qu'il a pris, et par le trie qu'il témoigne pour le bien des affaires, et qu'il paroit avoir encore renouvelé depuis l'entrée lies Allemands dans son pays ; Sa Majesté, sensible à toutes ces considérations, a cherché les moyens de faire goûter en repos à ce Prince les fruits de son alliance, et, comme les violences que les Allemands ont exercées dans le Hantouan pourroient empêcher que de longtemps U. le duc de Montouc ne jouit d'une pleine tranquillité, partageant les malheurs de ses sujets. Sa Majesté, excitée par la véritable amitié qu'elle a poiu- ce prince, a jugé que, pour lui procurer un repos solide et prompt, il falloil dresser un nouveau traité, et ayant donné pour cet effet son plein pouvoir an sieur comte de Tessé, etc., et H. le duc de Mantouc ayant remis le sien au sieur ils sont convenus des conditions suivantes.

AhTICLK tHElIlEH

Le traité fait entre le Roi et H. le duc de Mantoue au mois de de

l'année dernière 1101, sera confirmé par le présent traité dans tous ses articles, tant secrets qu'autres.

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