‹ Savoie-Sardaigne et MantoueChapitre 93 sur 224 · V LE DUC DE MODENE. 1R · texte numérisé non relu

V LE DUC DE MODENE. 1R

Car, ayanl comme il a l'inciinalion françoisc et étant ongagé par un traïtt! solennel, sî quelque chose le peut i^branler, c'est si'ulemcnt les lorreurs que ceux as ces gens qui sont aux ^agcs (les Espagnols lui pourruienl jeter dans l'ospril. De 'Mtie qu'il n'y a rien do plus important que d'empf^clier

et (le lui faire connoître qu't'^tant seulement (î) par un

poissant roi qui est r<5solu de l'assister de toutes ses forces A de mettre le tout pour le tout pour faire les progrès en lllUe, il n'y a rien h craindre pour ledit sieur duc ni pour uenn des alliés de cette couronne.

Le Roi a pardonné volontiers au chevalier d'Autefeuille, h lu considération de M. le duc de Modf'ne.

Le sieur de Baas dira à M. le duc de Modéne que l'on a jugé i propos de faire parvenir en la Cour de Piémont les tt-^nioigBages que Son Altesse a rendus, des courtoisies qu'elle a fwçues de Leurs Altesses Royales et surtout les louanges qu'il a données au .... aux soins et au zèle avec lequel le marquis I d'Haraucourt a servi au siège de Pavie, faisant paroître une I passion tout extraordinaire pour faire réussir les choses qui t pouvoient Ctre avantageuses ft la gloire des armes du Roi et , ^ la honte de plusieurs François qui n'en faisoicnt pas tant [ à beaucoup près.

I Que le Roi est satisfait au dernier point de sa conduite et a 'otifi hautement sa valeur, a été touché sensiblement de sa "lessurc, et a trouvé qu'il ne se pouvoit rien ajouter aux ■acilités qu'il a apportées à toutes choses ; que Sa Majesté lui ^'O. sait tout le gré qu'il en peut souhaiter, et qu'il doit Ôlre l^s-suré à jamais do l'amitié du Roi et de la protection de cette *=QHjronnc. '

L Que pour mon particulier, il n'avoit pas besoin de lui rien *3î»iî; car je suis persuadé que Son Allesse sait qu'elle n'a l'Cfcînt de serviteur plus acquis que moi, ni qui ait plus de ï^assion pour son service et pour sa gloire, comme j'espère Q^fle temps lui fera mieux connoître sî je suis assez heureux ^^^BjF en rencontrer les occasions.

M. DE BEniNGHEN

cHAnGfi d'une Hissm?j

idant les derniers mois de l'anDée 16î>5, le duc de Mantoue,

découragé sans doute par l'échec que venaient de subir les troupes

françaises devant Pavie. parut regretter ses récents engagements, cl

«"bereher à demeurer neutre entre les deux partis. « Il veut être

« FniDcois et ne point offenser les Espagnols, » écrivait le comte de

^iHenne à du Plessis-Besançon '. Cependant on était résolu à la cour

de Prance à Taire un grand effort en Italie. Le duc de Modène vint

Pendant l'hiver à Paris pour arrêter lui-même le plan de la prochaine

: *^Anipagne. On jugea qu'il était indispensable de ne pas laisser la

I *onr de Haatoue sans un résident français, et dès le mois de jon-

j 'V'er 1656, le chevalier d'Anleny ', qui jouissait d'une certaine faveur

I ■"pi'ès du duc Charles, fut désigné pour occuper ces fonctions. Au

I "Otttde peu de temps, on comprit que ce représentant n'avait sans

"•oute pas l'autorité nécessaire pour en imposer à un prince indécis et

entouré dans sa famille mCme de dévoués partisans de l'Espagne.

Kl se décida, en conséquence, à envoyer auprès du duc de Man- 1 agent dont le caractère et rintelligeocc présentaient à ses lirt» ElrangSres, Corr. Venise, toU LXXVU, fol. 193. ^^ . Bheif»lier d'Anl«t; appartensil à la carriSra des armes et coramnnJsit ^**^ Dn régiinent franfais: Lo duc de MaaEoae l'avait pria en affection et, au ^■s «le ooiembre 1655, exprima le dristr qu'on lui conflill le commandement drEi r^Wpo» trititsise* cantonnées dans le Montferral. Cette demande ne pat Hre ■"*'»eillie, un offlcier général devant être appelé ù remplir ces fonctions. Le die- «1er d'AnleiT n'occupa que pendant iffit du trois mois le poste de résident dn ''Hnee »Bpr«B dn duc de Mantoue. Alï. Etr., Corr. Turin, toi. XLVII, fol. 33B et ***^- Cf. milorietira de Talltmanl rfes R^aux. Ed. Teehener, l. Vn. p. 6t.

M. DE BERINGHEN. 1CliH.

yeux des garanties parliculières. Le cardinal fil. choix pour ciC mission de Henri de Beringhen ', premier écuyer du [toi, « bomine u d*esprit et d'intri^ui! n, qui, en contribuaul après lu mort de Louis XI!I à décider ta reine Anne à prendre Hazarin comme premier minislrc, avait pcrsonnellemenl rendu à celui-ci le plus grand service.

Arrivé ù Mantoue, Qeringheu avait Ix gagner & la cause française les personnalité^ s les plus marquantes de la cour ducale. Il avait ordre de presser le duc Charles d'organiser rapidement ses troupes et d'établir, comme il s'y était engagé, une garnison de Suisses dans la citadelle de Casai. L'Envoyé de Louis XIV devait, en outre, lâcher d'amener le duc de Mantoue à se lier étroitement avec le duc de Modëne, et ménager, s'il était possible, à cet effet, une entrevue des deux Princes.

Voici les instructions que le cardinal Mazarïn donna & Beringhen pour celte mission :

giËMOlRE POUR SERVIR D INSTRUCTION Att SIEUB DE BERINGBSN. CONSEILLER DU ROI EN SES CONSEILS ET PREMIER ËCOrER I LA PETITE KCVniG DE Bk MAJESTÉ, s'eN ALLANT A MANTOUE.

AS. Kir., Corr. Muitouc, Siipp. lol. IV.

t ALLANT A MANTOUE. J^^H

pp. ^^H

Paris, le il Hm«r ISSC^^^f

U plus tôt des intentîoB* I

Sa Majesté désirant être dclaircie au plus tôt des intention* de M. le duc de Mantoue sur l'exécution du traité qu'il a fait avec elle l'année dernière étant par deçà, et ayant une entière confiance audit sieur de Beringhen pour avoir éprouvé sa capacité, sa prudence et son affection a son service en plusieurs occasions, et mftme dans les choses dont elle lui avoît donné charge en Piémont. Sa Majesté ayant reçu une particulière satisfaction de la conduite qu'il y a tenue. Elle a estimé ne pouvoir n confier qu'à son entremise et à ses soins les choses qui ! faire à Mantoue,

I. Henri de Beringhen. nâ an iB03, premier 1620, premier écujer el capitaine du Petit-Boi en leet, «e reUr» de U Cour en ItSST,. el mour .Simon, et Hinloriellti de Tallemanl dm Riaiia

stacijon r mÎM^I

de cbarabce de Louia xm ei en lflL5, cbeTsUer des ordres 1(193, Cf. Mémoirti de S4M-

PRINCIPAUX MINISTRES DU DUC DE MANTOUE. lUH Ledit sieur de BerJDghcn se rendra à Mantoue le plus dilligeainmeot qu'il lui sera possible sans rien omettre des pri'cautîons qu'il saura i^trc nécessaires pour sa si!tret<^daQsce voyag;e. Ledit sieur de Beringhen recevra sous l'adresse du sieur comte de Brienne, secrétaire d'Etat, les lettres de enfance pour ledit sieur duc, pour l'archiduchesse sa Temme. et la duchesse douairière sa mère.

Avant que d'expliquer sa créauce audit sieur duc. mAme nviiiit que de le voir, il entretiendra M, le prince Palatin ' du sujet de son voyage qui sera amplement explîqui^ ci-après, et tdclieva J'apprendrft de lui l'état de toutes choses par delà.

Il sera aussi à propos qu'avant qu'il voie et entretienne ledil sieur duc, il conftre avec le miirquis do Palpère et le comle Tarraquie* qui sont ceux d'entre les personnes qui approchent ledil sieur duc qui oui le plus de part en sa confiance et à (oui ce qu'il rail, étant par deçà et qui se sont aussi montras ' les plus alTcctionnés à cette couronne et souhaiter le plus sincèrement de voir leur maître engagé dans les intérêts elle service de Sa Majesté. Sur quoi, il est bien à propos qu'il soit informé qu'encore que le comte Tarraquie ne soit pas si expérimenté aux afTaires et si capable d'en avoir le maniement comme le xnurquis de Palpfire, néanmoins ledit sieur comte est celui qui Lient la première place dans l'esprit et dans la faveur dudil sieur duc. C'est pourquoi il sera bon qu'outre les assurances qu'il donnera en général à chacun d'eux de la bienveillance Je

1. BdoQftrd, prince P«Jatin du Khin. SU de Priddric V, électeur pKlstîn, et €l*BI'n>bMh StnMt, miLriâ en 1645 à la princesge Ajidb de Ooniague.

i. Angelo comte Turachia ctnit, dii-on, flU d'un juir conTcrti. Il commenta par

#t.n noUire; l'étvit Ctil conoalln dans les lettres et noUmment pnr des mirrr^

fxitUqoM, il obtint en 193» une place de secrétaire d'Etat, puis derint ministre

<l*Stil et acquit en quelques années une Tortune conaidfrabte. Le duc de Hanlnu'^

ta-yaut élé forcé de lubir les conditions du roi de Fronce en lfi!tS, Tarrachia (ut

m^ccatt i'Strt l'aateur des malheurs de l'Etat et disgracié. Le 1" juin tUbd. se-i

ennemli tentèrent de le Faire assassiner, et il n'écbappa qu'à graod'peine h leurs

coipi. Ji fut alors mis en prison et y demeuru jusqu'en 1063. 11 mourut il Padoue

•n IC70. Le comte Tarraclîia ■ licrit le» ouvrages suiranls : Gli tnconiii dalialla

tromlia, Verona, 1694. in-i*. — /n(ro<Ju:Jone al balletio dti dodici Cesari, nelie

KOEie litic Impirralore Fcrdinando 3° con Eteonora Gomaj/a, MantoT», Idûl , in-l".

— Fuie célébrait in MantoBa alla vrnuta dei Strni arciduchi d'Auiti-ia r délia

^^*Areiii'* Anna de Medici, il cornevale del iS&S; bfeve natraiione, Man-

''"•. 1(5!. — Il carcere illuminalo, oiiTrage composé par Tarrachia durant sa

«»*i»il4 et imprimé i Venise en 1871. (Noliiie biograficfie délie famiglie illuilri

•wïoïKm*, dal conte Carlo iTArco.l. VII, p. 121.)

HECUEn. DES INSTB. DTfLOit. XV. — 13

M. DR BERINGHEN, lC!in.

l'Sa Majesté en leur endroit, et de l'iUat certain qu'elle fait de fleur atTection à son service, il ajoute des particuliers tt^moi- L^ngesde la bonne volonté de Sa Majesté audit comte Tarra- I quie et qu'il lui fasse connoître que, comme elle se promet bien quHI agira avec la niCme sincérité et chaleur qu'il a fait étant ici pour l'exécution de ce qui a été arrêté par son entremise et pour toutes les autres choses qui seront à faire pour unir de plus en plus M. le duc de Mantoue avec Sa Majesté, aussi f Su Majesté lui donnera un effet du contentement qu'elle en lliourra recevoir, en sorte qu'il aura sujet de s'en louer et d^ Lf'employer de mieux en mieux pour son service, sans que pour fte\n l'on entende jamais prétendre rien de lui qui préjadicie au service de son maître, mais au contraire de contribuer i ses avantages, à proportion de ce que l'on pourra faire pour ceus de Sa Majesté en Italie, et que sur cela et sur ce qui le touche. Madame la Princesse Palatine ' et le sieur de Bclinsanl, Résident dudit sieur duc près de Sa Majesté, lui pourront faire savoir de particulier aux occasions.

II faudra aussi que ledit sieur de Beringhen observe de ne pas rendre les lettres de créance de Sa Majesté à ladite dame archiduchesse femme dudit sieur duc et ît la duchesse douairi^re de Mantoue, qu'il n'ait pris les avis desdits marquis de Palpèrcet comte Tarraquie sur ce qu'il aura à leur dire de la part de Sa Majesté ; mt'me qu'il sache d'eus s'il sera à propos de les leur présenter ou non, el quels sont les sentiments dudit sieur duc à l'égard desdites princesses, l'intention de Sa Majesté étant qu'il se conforme entièrement à ce que lesdifs sieurs df PalpL're et Tarraquie lui diront.

Qu'à l'égard de la duchesse douairière ledit sieur de Beringhen n'ignore pas avec combien d'attachement et d'opiniâtreté elle est engagée aux intérêts d'Espagne, et que, cela étant présupposé, comme il est bien certain et véritable, l'on ne doit rien espérer d'elle pour les avantages de celte couronne. Mais

LA DUCHESSE DOUAIRIERE.

toi

df> plus il faut qu'il suit averti que l'on sait certainement qu'elles Dc se <l<'-sîs(era pus d'employer tous les moyens possibles, pour empêcher qne le duc son (ils n'embrasse le parti de la France, et pour le lier plus que n'ont élC- ci-deviint ses pri^décesseurs avec les Espagnols, ce que l'on assure h Sa Majesté de loule part Mre si vrai et que son zèle pour l'Espagne l'emporte si avant qu'elle a dit qu'elle aimeroît mieux la morl de son fils que de le voir séparé des intérêts d'Espagne.

L'ut) ajoute h celit que ledit sieur duc doit prendre garde iiM

M personne cl qu'il a tout à craindre si ladite ducbesse, sa mère,

se voit hoi*9 d'espérance de l'attacher à l'Espagne d'une liaison

indissolu l)lc. Et, bien que le roi ne puisse croire qu'une prin-

VAse de sa naissance et qui fait paroître tant d'esprit et vertu

]niiMIB rien penser qui aille uu détriment de son propre et

WÙ(|ue fils et surtout de sa personne, néanmoins, comme par,

les avîs que l'on connoH que ledit sieur duc en doit tout appré-

bmder, Sa Majesté a estimé qn'ello manqueroit à l'amîtif^' qu'elle

TWl trf'« i^incèrcmcnt fui garder, si elle ne l'en faisoil avertir

par une personne de conlîance comme est ledit sieur de Berin-

ghen, auquel elle donne charge do lui faire connollre dans

9 temps et en la manière qu'il jugera pour le mieux, qu'il est

ihaolament nécessaire pour son propre bien, qu'il prenne

^O^quc bonne résolution pour se garantir de toutes les

iMrigues et pratiques qu'elle pourroit faire contre lui, vu

^'elle a de son côté une grande partie des mécontents de son

rast, partiaux de l'Espagne, à la tête desquelles est le marquis

■H Laval ', et qu'il est bien certain que ledit duc ne sera jamais

1* naître ni en repos dans ses Etats, et ne pourra réunir tous

Ws sujets sous son obéissance, que lorsqu'il aura ôté à ladite

«Whesse les moyens de les diviser et de les aliéner de leur

wvoir envers lui, parce que maintenant elle en entretient la

rBparidans l'espérance qu'il chassem ceux auxquels il a le

puide confiance qu'elle reprendra toute créance auprès de luî,

*t qu'elle saura bien l'unir pour toujours à l'Espagne. Sur quoi,

Il sera bien à propos que ledit sieur de Beringhen voye avec

'■ Util» v.iiib.

IDG M. le ]

M. DE BERINGHEN, lllîiC.

' Palatin et lesilils i

1 dp PiilptNre pI comte

' prince I

Tarraquie qut-llcs propositions l'un puurra fair« dt-^leniiint^nioul et noramfmeut pour ensuite les luire îuiJit sieur duc selon qu'il l'auru concerté avec eux.

Quant h l'archiduchesse, bien qu'elle ne soîi pas en bonne intelligence avec sa belle-mère, et que pour le présont il ue paroisse en elle aucune nutre inclinittion que de se divertir îi monter il cheval et aller fi la chasse, toutefois il suffit de savoir qu'elle est de lit maison d'Autriche pour ne pas douter qu'elle ne fasse son possible pour les avantages des Espagnols. Mais à son (5gard Sa Majesté se remet k ce que ledit sieur de Beringben apprendra desdits sieurs Palptre et de Tarraquie, et conuoitru sur les lieux pouvoir être utile au service de Sa Majestf?.

Lorsqu'il aura pressenti par M, le prince Palatin et par lesdits sieurs Palpêre et Tarraquie, eu quelles dispositions sont toutes clioses à Mantoue, et comme quoi il devra se conduire envers ledit sieur duc, il pourra lui faire connoitre que Sa Majesté, voyant comme le temp? de la campagne s'approche, elle lui a donné charge de l'aller trouver pour lui témoigner qu'ayant considéré tout ce que le sieur de Bergcron lui it rapporté de sa part, et les lettres que ledit sieur duc a écrites à Madame la princesse Palatine et à M. le cardinal Mazarini, sur ses bonnes intentions, Sa Majesté s'est confirmée de plus en plus dans la bonne opinion qu'elle a toujours eue que M. le duc de Mantoue exéculeroit de bonne foi et ponctuellement ce qu'il a promis par ledit truite. Et qu'encore que les conférences dudit sieur duc et ses négociations avec les Espagnols aient été assez publiques, néimmoïns elles n'ont pas été capables de donner à Sa Majesté aucune impression qu'il voulût rien faire au préjudice dudit traité, ni manquer Jl l'accomplir de sa part comme Sa Majesté entend faire de la sienne.

Qu'elle a été fort aise d'apprendre, les sentiments dudit sieur duc sur ce sujet, et la résolution dans laquelle il est de donner satisfaction à Sa Majesté, en tout ce qui pourra dépendre de lui; mais qu'elle désire de savoir précisément au retour dudit sieur de Beringhcn, si lorsque l'armée de Sa [Majesté sera assemblée pour rentrer dans l'Etat de Milan, et

EXECUTION nu TKAITE DE KiHS.

ea «^lat irex(?cutcp quelque dessein, ledit sieur duc établira des suisses dans la citadelle do Casai, et satisfera, de sa part, aux autres conditions dudil traitiî.

Comme aussi d'ùlrc informiïc si l'intention dudit sieur duc est de se dilclarer et d'agir ouvertement pour Sa Majesti?, afin qu'en ce cas elle poun-oie à former un corps d'armée pour servir sous lui, ainsi que Sa Majesté lui a promis par ledit traité qu'elle feroît en ce cas : et elle ne veut rien omettre pour lui donner moyen de prendre part à la gloire et aiix avantages que les armées de Sa Majesté et des princes ses alliés pourront emporter sur les Espagnols.

Que pour satisfaire audit traité di? la part de Sa Majcstiî, die a déjà envoyé k Turin la somme de deniers qu'elle s'est nUigéc de fournir pour la garnison de Casai, aussii&t qu'elle HTt formée suivant ce qui a été convenu par deçà ; et même S» Majesté a donné ses ordres pour faire les magasins néccs- EÛres de vivres et de munitions de guerre dans la place de Cm»I, comme ledit sieur duc l'a désiré.

Ledit sieur de Beringhen lui fera aussi int^tance de donner l'ordre nécessaire à ses officiers à Casai, pour permettre que ifs ouvriers de l'artillerie de Sa Majesté aillent audit Casai Iravjiiller à rétablir des aiïùls h canon de quelques pi^ceH de vingt-quatre livres de balles, aliii que l'on s'en puisse servir à llCUDpagne, et cet ordre sera retiré par ledit sieur do Beringhen et envoyé ensuite au aieur Brachet, intendant des Gninces en l'armée d'Italie, pour faire qu'il envoie sans délai Iravaillfr auxdits afTùts, et qu'étant fait, l'on les puisse tirer de '» place avec lesdîtes pièces lorsqu'elles seront demandées de la part de Sa Majesté.

Uuc si ledit sieur duc a intention de se déclarer et de se mettre à la léte du. corps d'année que Sa Majesté destinera pour servir sous lui, et d'agir lui-même k la campagne, il sera liïsoin qu'il fasse pour cet effet ses préparatifs de bonne Wre. et que, çans perdre aucun moment de temps, il pense * '« levée des troupes qu'il devra mettre sur pied pour joindre ft celles de Sa Majesté. Et elle estime qu'il faudroît pour wlii qu'il donnât ordre à la levée d'un bon régiment d'infan-

200 M. DE BERINGHEN, l&Sfi. ^^M

prendre la placu dudil marquis en l'Elal de Milan; car il n* sera pas possible qu'un changement de cette sorte se fasse presque k la veille de mettre les armées à la campagne sans apporter quelqun confusion aux affaires des Espagnols dans ces quartiers là. D'autant môme que vraisemblablement ledit marquis ne prendra pas grand soin de préparer les choses nécessaires pour la campagne prochaine, puisque ce ne sera pas lui qui commandera les armées, et que les services qu'il a rendus dans le Milanois seront relevés, s'il arrive que Fuensaldiigne ne trouve pas les choses en état de soutenir la guerre durant la campagne prochaine en ce pays là comme il se le peut imaginer.

il sera bon aussi de faire savoir audit sieur duc qu'il ne pourra pas arriver de secours notable d'Allemagne à l'État de Milan, d'autant que, quelque diligence qu'aient faite jusqu'ici les ministres du Roi Catholique, ils n'ont pu s'assurer de la levée de deux mille hommes.

Une des choses auxquelles ledit sieur de Beringhcn se doit le plus appliquer, est d'inviter ledit sieur duc de Manfoue de la part de Sa Majesté à faire une liaLson étroite et sincère avec M. le duc de Modène, lequel y est porté fort cordialement de son côté, non-seulement parce qu'il connoît que c'est un des meilleurs moyens d'avancer le service du Roi et leurs intérf Is particuliers, mais aussi parce que Sa Majesté a reconnu pendant que ledit sieur duc de Modène a été par deçà, par tous les entretiens que l'on a eus avec lui sur les affaires d'Italie, qu'il fait une estime particulière de la personne dudit sieur duc de Mantoue, qu'il se tient son obligé de la mani^re avec laquelle il a été rci-u k Casai, et qu'il a une véritable inclination d'ôtrc uni k lui.

Il faudra que ledit sieur de Beringhen parle en cette conformité à M. le prince Palatin et auxdils marquis PalpiSre et comte Tarraquic et particuliêromcnl à ce dernier aQn qu'ils contribuent de leur côté tout ce qui sera nécessaire pour faire cette liaison, & laquelle Ton sait que ledit sieur duc de Man-

DUCS DE HANTOrE ET DE MODENE.

toiMe est anssi fort disposé àc sa part, et si l'on pouvoil moyenner ane entrevue entre ces deux princes, l'on croit que ce seroit un très bon moyen pour établir cette union entre eux vu mAme, qu'en ce faisant, ils prendroîenl leurs mesures et conccrteroicnt toutes leurs airaires ensemble. Sa Majesté ne doute pas que Madame la Princesse Palatine et ledit sieur Belinsani ne donnent part audit sieur duc de Mantoue de quelle nianièrc elle favorise toutes les alfaires où ledit sieur due a intérêt, et ledit sieur de Beringhen l'assurera que Sa Majesté continuera à en user de mf me en tous rencontres et qu'elle appuïprs toujours avec grand plaisir les choses qui le toucheront. Ledit sieur de Beringhen dira aussi audit sieur duc de Manlone que Sa Majesté fera quelque gratiflcation îiu marquis de Goiuague', qui commande un régiment de cavalerie pour le service de Sa Majesti?. tant h cause de sa recommandation que p«ur tes services qu'il a rendus à Sa Majesté et les bonnes quali- UÏ6 de sn personne, et il pourra proposer ledit marquis pour faire la levée d'un régiment de cavalerie pour ledit sieur duc de Manïoui' : lequel il fortiûeroit de deux compagnies qu'il a présentenipnt ((ans son régiment, lequel seroit à la solde dudit sieur duc. Ily a un marquis Octavin de Gonzague ' auprès dudit sieur «I tic de Mantoue qui a part en ses bonnes grâces, et est ami du comle Tarraquie, et d'ailleurs est fort afTeclionné à cette cou- *"onne. Ledit sieur de Beringhen pourra lui témoigner que Sa *'iijesté en est bien inrormi'e et qu'il se peut assurer de l'estime et de la bonne volonté de Sa Majesté pour lui.

Il sera adressé audit sieur de Beringhen par le sieur comte ''c Brienne, secrétaire d'État, des lettres pour le marquis d'An- ^*'^y portant ordre & lui de partir d'auprès dudit sieur duc pour SI! rendre ii son régiment, et s'employer à le mettre en bon •'•at de servir, l'intention de Sa Majesté étant que ledit sieur '"' Beringhen lui confirme de la part de Sa Majesté que c'est sa Volonté, afin qu'il parte sans aucun retardement, qu'il donne

>■ Le marquis Prospero Gonzuguc. Il doTait appartenir à la Ijranche dos princes ''' Cu9tiglioo«. (RenaaiBnement loorni pSr M, Daraci. archiviste & Manlouc.)

-- OoUiio OoDzaguc (1S22-1663], grand-dcuïcr du di "1 <i>t{i«i misBions. U lut gouTcrncur du Mantouaa el

ot »ice.dup; en TabsencB du duc Charles III.

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103 M. DE BERINGHEN, IllSlj.

part audit sieur duc de Mantoue des ordres de Sa Majesté, ci qu'il lui dise qu'elle a intculion d'envoyer dans peu de temps uni' personne exprès pour résider de sa part auprès dudit sieur dut'.

Encore qu'il ait été déjà fait mention ci-dessus de ce qui touche le marquis Palpère et le comte Tarraquio, néanmoins Sa Majesté a désiré faire savoir particulièrement audit sieur de Beringhen que ledit marquis Palpère est estimé fort bon gentilhomme affectionné à la France et qu'il a connoissancc ' du maniement dos affaires d'État. Muis que, comme il croit d'ordinaire pouvoir accommoder toutes choses, il se trouve fort empêché à y réussir; c'est pourquoi, il est besoin que ledit sieur de Beringhen lui fasse bien comprendre que M. le duc de Mantoue n'a plus rien à ménager javcc les Espagnols, et que, quoi qu'il fasse, il ne pourra pas changer les inclinations de la duchesse mère dudil sieur duc, si bien qu'il ne doit plus hésiter à donner hardiment ses conseils audit sieur duc de se déclarer hautement pour la France, et de se garantir de bonne sorte et sans retardement de tout ce qui lui peut arriver de la part de ladite duchesse.

El comme il y a grande apparence que ledit marquis Palpère souiïre mal volontiers de voir ledit comte Tarraquio pins accrédité auprès dudit sieur duc son maître que lui, quoiqu'il ne soit pas de sa naissance et qu'il n'ait point été tant employé dans les affaires comme lui, et que néanmoins il impoi'te au service du roi et à celui dudit sieur duc que ces deux personnes soient bien ensemble, ledit sieur de Beringhen n'oubliera rien pour cet effet, faisant comioilre h. tous deux l'intérêt commun qu'ils ont à cette bonne intelligence, afin que chacun de son côté y contribue.

Et Sa Majesté se remettant à la prudence dudit sieur de Beringhen de ce qu'elle pourroit ajoutera la présente, elle lui recommande de l'avertir de ce qu'il fera en exécution de ses ordres, et l'assure qu'elle considérera particulièrement les scivîces qu'il lui rendra sur ces occasions.

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