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Savoir manger

Voict ce qu'écrivait, il y a près d’un sièclé, sur la Physiologie du goût, Honoré de Balzac, rival malheureux de Brillat-Savarin dans sa Physiologie du mariage. On verra que celle appréciation originale, exemple de toute jalousie d'auteur, méritait d'étre conservée. Balzac y a fort bien caractérisé le talent de l’auteur.

€ Brillat-Savarin offrait une des rares exceptions à la règle qui destitue de toutes hautes facultés intellectuelles les gens de haute taille. Quoique sa stature presque colossale lui donnât, en quelque sorte, l’air du tambour-major de la Co de Cassation, F était grand homme d’esprit, et son ouvrage se recommande par des qualités littéraires peu communes. La Physiologie du goût fut une œuvre faite à petits coups, lentement élaborée à des heures choisies. Brillat-Savarin la caressa longtemps et s’en occupait avec assez de tendresse pour la porter au Palais où, dit-on, il en égara le manuscrit, qui fut retrouvé tort Réesements ; : ;

« Le temps et la réflexion ont pu seuls révéler au génie gastronomique les maximes conviviales,

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Dee SAVOIR MAX *GER

sociales et autres, dont ce livre est comme .bariolé,

maximes si bien formulées, que la plupart sont aus-

Te

sitôt devenues proverbes pour les gourmets, , .

« La raison du succès rapide de la PA ile du goût est dans la saveur du style. Aussi, plaît-

elle encore plus à la seconde lecture qu'à la pre-

mière.…..

« Pour mieux savourer les jouissances de son art favori, pour en mieux démontrer la théorie,

— lPauteur a rendu toutes les sciences tributaires, car

les sciences ne valent que par ce qu’elles donnent

à cet art. Botanique, zoologie, chimie, agronomie,

médecine et hygiène, Brillat déguste tout en passant, sûr d’en rapporter pied ou aile au feu éternel

de ses fourneaux ; et comme ïl sait toujours rendre intelligible ce qu'il exprime, chacun, en le lisant, se croit savant. . . A

« re mérite de la Physiologie da dé était done réel et incontestable. Elle devait plaire aux gens de haut goût par le vis comica, si rare à notre époque, où la littérature à images rie sur la httérature à idées, où la phrase empiète sur là pensée ; puis, elle devait plaire à la masse par l’élégante nouveauté de quelques faits, par quelques anecdotes d'élite, par une variété qui fait du livre une Olla podrida qui défie l'analyse, enfin par une des plus originales dispositions de texte qu'un auteur ait jamais trouvées, »

À l’heure: actuelle, la Physiologie du goût n’a presque rien perdu de son attrait ; grâce aux nom=

breuses anecdotes qu’elle renferme, elle demeure le tableau fidèle des mœurs de la société française au commencement du XIX* siècle, et le style de Brillal- Savarin garde toujours pour nous celte saveur de malicieuse bonhomie, et d’esprit sans préfention, qui en fait un des plus véritablement français, parmi nos prosaleurs de seconde ligne.

Brillat-Savarin est toujours très lu el se réédite sans cesse, cependant il faut en convenir, il est cer= laines parties de l'œuvre qui ont quelque peu vieilli, Il y a, dans la Physiologie, des longueurs, des rediles, des digressions iulerminables qui ne sont plus du

goût des lecteurs modernes. Certains chapitres, où - l'auleur s'inspirail des théories médicales de son époque, sont devenus presque incompréhenstbles.

Nous avons pensé que le lecteur contemporain ne

“perdrait pas grand'chose à la suppression des lonques et faligantes digressions, auxquelles nous venons de faire allusion, et c’est un texte respeclueusement élagué, n'offrant pour ainsi dire que la fleur méme de l'esprit du célèbre gastronome que nous offrons aujourd'hui au public. Nous sommes sûrs qu'ainsi dégagé des broussailles qui l'obstruaient par endroits, le livre de Brillat-Savarin n'en apparattra que plus caplivant et d’un charme plus 1nlense,

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