APHORISMES DU PROFESSEUR
Pour servir de prolégomènes à son ouvrage et de base éternelle à la science.
La Physiologie du goût est remarquable surtout par l’originalité du plan. En depit du ton doctoral et du titre sévère de Méditations, donné auæ chapitres, le volume n'est, d’un bout à l’autre, qu'une longue causerie, d’un style aimable sur l’art de bien manger. L'auteur est, avanttout, un homme du monde qui, visiblement, a crainte d’ennuyer son lecteur par des raisonnements trop ardus ou trop techniques.
Dès qu'il a prononcé quelque aphorisme ou émis quelque observation, il les appuie d’une anecdote, d’ur bon mot, parfois même d’une recette de cuisine. Il traite gravement les choses frivoles et légèrement les choses graves, et la facilité avec laquelle il se lit, a été certainement une des grandes causes de son succés.
De son vivant, grand mangeur et convive spirituel, Brillat- Savarin ne quitte jamais le ton d’une aimable causerie entre gens du monde, après un repas délicat, arrosé de vins géné= reuæ. Il à d’ailleurs parlé de la gastronomie avec une indisculable compétence, quelques-unes de ses pages sont définitives en l'espèce et certains de ses aphorismes sont passés en proverbes.
L'univers n’est rien que par la vie, ét tout ce qui vit se nourrit,
Les animaux se repaissent ; l’homme mange; l’ homme d'esprit seul sait manger.
La destinée des nations dépend de la manière dont
elles se nourrissent.
Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es.
Le Créateur, en obligeant l’homme à manger pour vivre, l'y invite par l’appétit, et l’en récompense par le plaisir.
La gourmandise est un acte de notre jugement, par. lequel nous accordons la préférence aux chôses qui sont agréables au goût sur celles qui n’ont pas cette qualité.
Le plaisir de la table est de tous les âges, de toutes les conditions, de tous les pays et de tous les jours ; : il peut s'associer à tous les autres plaisirs, ef reste le
dernier pour nous consoler de leur perte.
La table est le seul endroit où l’on ne s'ennuie jamais pendant la première heure. -
La découverte d’un mets nouveau fait plus pour le bonheur du genre humain que la découverte d’une étoile. :
Ceux qui s’indigèrent ou qui s’enivrent ne savent ni boire ni manger, :
L'ordre des comestibles est des plus substantiels aux plus légers, L'ordre des boissons est des plus tempérées aux plus
fumeuses et aux plus parfumées.
Prétendre qu’il ne faut pas changer de vins est une hérésie ; la langue se sature, et, après le troisième verre, le meilleur vin n’éveille plus qu'une sensation obtuse.
Un dessert sans fromage est une belle à qui il manque un œil,
On devient cuisinier, mais on naît rôtisseur.
La qualité la plus indispensable du Cuisinier est l'exactitude : elle doit être aussi celle du convié.
SAVOIR MANGER | à
Attendre trop longtemps un convive retardataire est un manque d’égards pour tous ceux qui sont présents.
Celui qui reçoit ses amis et ne donne aucun soin de ut au repas qui leur est préparé, n’est pas digne d’avoir des amis.
La maîtresse de la maison doit toujours s'assurer que le café est excellent, et le maître, que les liqueurs sont de premier choix. |
Convier quelqu'un, c'est se charger de son bonheur pendant tout le temps qu’il est sous notre toit. |