‹ Savonarole; drameChapitre 20 sur 35 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

La place de la Seigneurie.

Au fond, à droite, le palais de la seigneurie. Une estrade de bois à la hauteur de la porte, devant la façade. Des bourgeois vont et viennent ; ils entrent tlans le palais pour voter, puis sortent et forment des groupes. La foule augmente peu à peu pendant la première moitié de la scène. Sons de cloches au commencement.

PREMIER BOURGEOIS

Ding! Dong! Ding! Dong ! Toutes les cloches de la ville se démènent furieusement pour tirer du lit les électeurs et les amener au scrutin.

DEUXIÈME BOURGEOIS Voterez-vous pour les geignards, mon compère^

PREMIER BOURGEOIS

Non, mon compère. Je déteste les violateurs des lois et je hais les assassins. Or, ils sont l'un et l'autre. Il n'y a plus de sécurité sous leur gouvernement. Il n'y en avait guère davantage, je l'avoue, sous les Médicis, mais, du moins, avec eux, la vie était une fête, et quand ils se défaisaient de leurs ennemis, c'était sans hypocrisie, sans pleurer aux pieds de la Madone, sans jeûner et prier, sans se frapper la. poitrine dans les églises, sonner les cloches et promener des processions vertueuses. Pouah; j'en ai assez, de ces cafards.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Vous avez raison, mon compère. Ces gens-là, dans le jour, prêchent la vertu et la religion et pendant la nuit ils coupent la tête aux citoyens que la loi devrait protéger.

TROISIÈME BOURGEOIS {survenant)

Ah ! ah! vous parlez, sans doute, de l'exécution des traîtres! KUe eut lieu dans la nuit, en effet; mais sacrehlcu! si on l'eût faite de jour, la moitié de la ville se fût ruée sur l'autre et au lieu de cinq

morts il y en eut eu cinq cents; vous et moi, peut-être, nous dormirions à l'heure présente dans le lit de l'Arno.

PREMIER BOURGEOIS

Votre langage metonne, monsieur. Jusqu'à ce jour je vous avais pris pour un ami des Médicis. Si je vous entends bien, vous allez voter pour Valori (

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