‹ Savonarole; drameChapitre 21 sur 35 · TROISIÈME BOURGEOIS · texte numérisé non relu

TROISIÈME BOURGEOIS

Par la cuisse de Jupiter, vous m'entendez mal, mon compère. Suis-je un partisan des geignards parce que je remarque qu'ils n'ont pas osé exécuter leur crime à la lumière du jour et qu'ils ont opéré dans les ténèbres comme les coupeurs de bourses? Allez, compères, j'ai toujours ressenti pour les geignards et leur sacripant de frère Jérôme un éloignement que vous ne partagiez guère, n'cst-il pas vrai?

DEUXIÈME BOURGEOIS

Je le reconnais sans honte. J'ai longtemps pris le frère lérômc pour un saint et un véritable pro-

phète. Mais ce jugement inique et cette exécution honteuse ont bouleversé mes sentiments.

TROISIÈME BOURGEOIS Et vous voilà des nôtres ?

DEUXIÈME BOURGEOIS

Pour cela, non, mon compère. Je reste hostile aux tyrans et fidèle à la République ; mais je la veux gouvernée par d'honnêtes gens. Voilà pourquoi j'irai voter contre ces coquins.

PREMIER BOURGEOIS

Pour moi, je ne peux oublier cette nuit sinistre, qui suivit la journée du jugement. Mes fonctions de notaire m'avaient retenu auprès des prisonniers pour recevoir leurs testaments. Tout à coup, au milieu de la nuit, les gardes les conduisirent dans la cour de la prison. La lueur des torches, dans un tourbillon de fumée, éclairait tour à tour les armures des soldats et les visages livides des condamnés. L'un d'eux pleurait. Sur l'ordre de Valori, on leur trancha la tête. A la vue du sang je m'évanouis.

Voilà ce qu'on a t'ait au nom de Jésus-Christ, roi de Florence.

DEUXIÈME BOURGEOIS C'est odieux.

PREMIER BOURGEOIS

J'en suis fâché pour le frère Jérôme : ce n'est pas ainsi qu'il m'avait accoutumé à envisager la religion. Je voterai contre Valori et ses suppôts.

DEUXIÈME BOURGEOIS

Tirons, s'il vous plaît, de ce côté. J'aperçois là-bas mon beau-frère avec des amis qui nous font signe de les aller rejoindre. Y consentez-vous i

PREMIER BOURGEOIS Volontiers.

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