TOUS
Non ! Non !
O mon saint ami, je reconnais là votre âme généreuse. Mais nous serions des lâches si nous acceptions ce sacrifice. Et laissez-moi vous dire toute ma pensée : vous n'avez pas le droit d'abandonner vos amis, d'abandonner Florence et la sainte cause à laquelle vous vous êtes voué avec nous. Les cir constances, sont-elles donc si terribles ! Faut-il
trahir de si grands intérêts parce qu'une bande d'émeutiers assiège le couvent et que la Seigneurie tarde un peu à rétablir l'ordre? Vous n'y pensez pas ! Dans une heure ou deux les tapageurs seront dispersés. Écoutez la voix de ceux qui vous aiment. -Réfléchissez. Une action inconsidérée peut faire d'une échauffourée légère un désastre irréparable, tandis qu'une résistance de quelques heures ne peut manquer de nous sauver tous.
SACROMORE
Rien n'est plus certain ; d'ailleurs si j'ouvre la porte, ils se précipiteront tous ici, et qui sait ce qui arrivera? Nous serons blessés, tués peut-être, et le couvent sera mis à sac. Je n'ouvrirai pas. Plutôt jeter la clé dans le puits du couvent.
Ne me retenez point, mes amis ; je sens que mon heure est venue.
DOMINIQUE
Maître, que deviendrons-nous si vous nous abandonnez ( Les loups de l'Église se jetteront sur
votre troupeau ; ils saccageront la bergerie ; et cette maison, où vous avez ramené la sainteté des premiers jours, s'ouvrira de nouveau aux pestilences mondaines. Les prélats à la mode de Rome déferont votre ouvrage. Pour moi, je ne verrai pas cette désolation. Si vous vous livrez aux brigands, je vous suivrai. Je ne veux pas vous survivre.
BEATO
Bon frère Jérôme, restez au milieu de vos frères. Ne brisez pas le cœur de ceux qui vous aiment. Attendez ici, la volonté de Dieu.
Et vous, frère Pacôme. qu'en pense votre sagesse ?
PACOME Soyons prudents. Il ne faut pas tenter Dieu.
Je resterai. Je crois pourtant, cher et courageux Valori, que la situation est plus grave que vous ne l'imaginez. Ce n'est pas seulement une bande d'émeutiers qui nous attaque. Le peuple lui-même se
tourne contre nous, en dépit du bien que nous lui avons fait, — peut-être, hélas ! à cause de ce bien même. Quel douloureux mystère ! Tandis que la volonté d'un homme noble suit son cours comme un beau fleuve, l'âme de la foule est inconstante comme les flots de la mer. que le vent qui passe, pousse selon son caprice. O mes enfants, la tempête qui s'élève est terrible. Il n'est de secours à attendre que de Dieu seul. Prions !
SACROMORE
Je ne me trompe point. J'entends le pas régulier des soldats. Ils écartent la foule. C'est la délivrance. Écoutez ! on frappe à la porte.
LE MASSIER {ail dehors) Ouvrez, au nom de la Seigneurie.
SACROMORE Qui êtes-vous ?
LE MASSIER
Je suis un massier des hauts et puissants seigneurs de la République. J'apporte un décret de la Seigneurie. Ouvrez.
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VALORl Il faut ouvrir la porte sans tarder.
SACROMORE
Je regarderai d'abord par le trou de la serrure. Bien. La foule s'est un peu éloignée. C'est en effet un massier accompagné de soldats. On peut ouvrir sans danger. (// ouvre la porte.)