‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 30 sur 77 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

PAUL, seul, il arpente la scène, de Pair d'on homme partagé entre

le dépit, et une vague joie.

Assurément, on se sent toujours flatté, sans trop savoir pourquoi, de voir une jeune fille de sentiments assez délicats, pour ne point, dans un tel événement, montrer rien de sa joie, même à celui qu'elle peut croire sans chagrin. Oh! s'il m'était resté le moindre doute, maintenant je suis fixé : j'aurais dû ne pas revenir. Cette rencontre m'a fait du bien et du mal à la fois. Ainsi, d'une part, ce que je viens d'entendre m'a rendu plus triste encore que je ne l'étais là-bas ; mais aussi, je me sens devant l'irréparable; car, ce n'est point une capricieuse, celle-là, et je vois mon malheur face à face. Peut-être ça vaut-il mieux que mes vagues épouvantes d'autrefois. Peut-être! (Pause.) Oui... mais hier du moins, j'ignorais le peu qui me séparait d'un bonheur que je dois à jamais regretter... sans l'avoir môme osé rêver. D'où me vient donc cette idée-là maintenant, sans raison ? N'importe! c'est assez curieux le sentiment tranquille et ojrme qui lui a fait choisir ce Yandralle. Pourquoi lui et

pas nn autre? Je pourrais aassi bien dire alors : Pourquoi un autre et pas lui? Gomme elle est résolue dans son calme, cette Louise ! et qu'il doit être impossible de faire abandonner une décision, à cette volonté réfléchie ! Mon Dieu, cette résignation sans amertume est notre meilleur lot, peut-être, ici-bas. Si le bonheur est une ombre, la résignation est encore son aspect le moins fugitif. Au fond, le cœur de Louise n'a jamais été qu'à raffectioh fraternelle; mais, que Ton entrevoit une grâce solide dans cette tendresse dominante et unique... que Ton devine un noble esprit dans cette humeur silencieuse ! Avec elle, la pensée et le sentiment s'élèvent. A contempler cette âme voilée, on rêve d'employer ses jours à la comprendre. Dans ce regard qui reflète Tempire sur soi-même, on voudrait lire toujours. Allons! Tout est bien uni pour moi. J'ai rêvé... voici celui qui vient me réveiller.

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