BERTHE, LUDOVIC
LUDOVIC
Ma cousine Berthe...
BBBTHE.
Mon coQsin Ludovic... Vous me reconnaissez donc?
LUDOYIC.
Oui, je vous reconnais, ma cousine ; vous n'étiez cependant qu'une enfant à mon premier passage en 1855.
BERTHE
C'est cela, mon cousin, en 1855. Vous avez bonne mémoire.
LUDOVIC
Et votre excellente grand'mère?... Je ne la vois pas.
BERTHE
Elle est chez elle, mais elle va descendre... Elle m'a char gee de vous recevoir en l'attendant, (▲ part.) et même c'est
bien gentil de sa part. (Lui faisant signe de s'asseoir.) MoU COU*
sin, vous avez donc quitté Madrid?
LUDOVIC
Hélas! oui.
BEBTHX.
Gomment! hélas?
LUDOVIC
On m'envoie à Vienne, dans une maison de crédit indastriel. Moi qui déteste rAllemagnel Une seule chose me console, c'est qu'à Madrid, on voulait me marier.
BERTHE
Ah! — vous avez refusé, naturellement.
LUDOVIC
Comme vous dites, naturellement : je suis trop jeune pour me marier; j'attendrai que ma position soit faite; il peut alors se présenter une bonne occasioa.
DEBTHE, étonnée.
Comment I se présenter?
LUDOVIC
Mais oui. Le mariage est toujours chose de hasard.
BERTHE, vivement.
De hasard? Vous êtes peu sentimental pour un poète, mon cousin!
LUDOVIC
C'est possible! Je crois cependant a la fatalité, et je suis persuadé que j*épouserai une Anglaise.
Une Anglaise! (a part.) Évidemment, c'est un jeu, et il veut me mettre à l'épreuve; mais je n'aime pas ce jeu-là; tâchons de l'en faire sortir. (Haut.) Mon cousin, trouvez^ vous notre pays agréable?
IiUDOVIC.
Certainement, ma cousine.
BERTHE
Vous rappelez-vous le château de Verlmorin?
LUDOVIC
J'avoue qu'il ne m'en souvient guère...
BERTHE
Comment! ce château Louis XIII!... une grande fête, notre promenade dans le parc...
LUDOVIC
Ah! oui! un parc anglais, avec d'immenses prairies, une terre de grand rapport!
BERTHE, à part.
Il se moque un peu de moi, mon cousin! — Cherchons
antre chose, je veux à tout prix que ce vilain jeu cesse... Ah! les vers I (Haut.) Vous êtes poète, je le sais, mon cousin; tant mieux! J'ai une consultation littéraire à vous demander.
LUDOYIC.
Il est vrai, ma cousine, que je suis quelque peu poëte« (Apartf) Oui^ mais poète jusqu'à la bourse!
Un poète de notre chef-lieu vient de m'adresser une pièce de vers... et je tiens à savoir ce que vous en penserez.
LUDOVIC
A vos ordres, ma cousine, (a part.) Elle est charmante, cette enfant 1 —Allons, point de faiblesse! Oh! pauyreté maudite qui rabaisse et endurcit Tàme!
BERTHE
Voici les vers :
Berthe^ quand nonB marchons easemble Dans les bois où s'éteint le jour, Sayez-vous d*où vieut que je tremble?
EstHse de crainte ? Est-ce d*amour ?
C'est d'amour et de crainte encore; L'espoir devant moi brille et fuit; Vous me regardez : c'est l'aurore !
Vous baissez les yeux : c'est la nuit!
Qu'en pensez-vous, mon cousin?
LUDOVIC
Ce n'est pas trop mal. (a part.) Me voilà donc réduit à décrier mes vers!
BERTHE
Gomment 1 ce n'est pas trop mai ?
LUDOVIC
C'est assez bien.