‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 54 sur 77 · SCÈNE XV · texte numérisé non relu

SCÈNE XV

LÉON, BERTHE, entrant par une porte dérobée,

LÉON

C'est toi, Berthe; d'oii viens-tu donc?

BERTHE

De la chapelle; j'ai prié et j'ai réfléchi. Et toi, tu travail* les! Je sais à quoi tu travailles... Grand'mèrem's^ expliqué...

D'ailleurs, j'ai tout entendu... Eh bien! où en es-tu?

LÉON

Au premier vers, c'est-à-dire à mon second premier vers : Tun finissait par triomphe, l'autre par noble. Pas de rimes. C'est désolant I

BERTHE

Ah! ah 1 ce n'est donc pas aussi facile que tu le pensais?

LÉON

C'est mal, Berthe, tu viens me railler!

BERTHE

Je viens t'encourager, au contraire; car, vois-tu, j'ai de Tamour-propre, et je ne veux pas qu'on m'adresse de mauvais vers! — Assieds-toi donc là, prends la plume, regardemoi dQ temps en temps, comme si tu faisais mon portrait. i. et cherche!

LÉON, s'asseyant.

Merci!... Je ne trouve rien encore...

BERTHE

Oh! que tu as l'inspiration lente!

LÉON

Si tu voulais seulement me sourire un peu... il me semble que les idées me viendraieDt plus facilement.

BERTHE

Oh! le despote!... £h bien, je te souris, là... Commence!

Si tu voulais seulement me dire que tu ne fais pas de vœux pour Ludovic...

BERTHE

Mais, bavard que tu es, tu perds ton temps... Bavarde, mais bavarde en vers! sans cela je croirai que les Suédoises, seules, ont le don de t'inspirer.

LÉON

Méchante que tu es!... tu sais bien...

BERtHE.

Allons ! commence.

SiS UN COUSIN DE PASSAGE

LÉON, écrivant.

« Non, je ne t*aimais pas, si Tamour, c'est la fièvre ; » Si c*e8t TApre désir qui précipite nos pas^ » Si c'est l'orgueil au front, le mensonge à la lèvre » Et l'égoïsme au coeur... Non, je ne t'aimais pas.

BERTHC.

Mais... Léon... c'est bien! Senlement il y a une faute de quantité au second vers : treize syllabes ) Compte sur tes doigts :

Si c*e8t l'Apre désir qui précipite nos pas!

II est facile de mettre :

Si c'est l'Apre désir précipitant nos pas!

Je vais corriger moi-môme. (EUe prend la plume et écrit.)

Continue! continuel

» Mais si l'amour, c'est Dieu qui parle au fond d^une Ame,

» Si c'est le dévouement qui existe à jamais,

» Si c'est avoir vu l'ange avant de Toir la femme,

n Dieu le sait, Dieu sait bien, Berlhe, que je t'aimais !

BERTHE

C'est encore mieux! seulement, il y a un hiatus, au second vers, une rencontre de voyelles... Qui existe! corrigeons vite !

Elle cherche et écrit.

Si c*est le dévouement qui ne faiblit jamais.

Voilà. — Quant aux deux derniers vers, je les trouve charmants, oh! mais! charmants! — Après! après! tu es en verve.

UN COUSIN i)E PASSAGE 2i3

LÉON

« Je faîmais, et je falme, et je souffre et je pleure, » Je souffre, mais ma voix ne sait que te bénir ; » Je pars si tu le veux, mais mon &me demeure » Et j'emporte en exil la fleur du souvenir 1

Mais nonl je resterai; Tespérance fidèle » M'apaise et me soutient ; soyez béni. Seigneur ! » Au-dessus de mon feront un ange bat de Taile ; » C'est range du foyer, c'est Tange du bonbeuri »

BBRTHE.

Mais c'est très bien, très bien, très bien! — Te voilà poète, cher Léon, malgré toi.

'Grâce à toil ~ Mais j'y songe, si les vers de Ludovic sont meillears, il fandra bien que tu lui donnes le prix?

BERTHE

Ohl mon Dieu... c'est vrail Tu me fais peur!

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