‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 56 sur 77 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

JII

Je le prendrai donc comme il est Puisqu'il faut me mettre en ménagei A toutes les femmes il plaît :

Peut-être est-il bien comme il est.

J'espère qu'il n'est pas trop laid...

Ce serait si triste à mon âge 1 Enfin je verrai comme il est Une fois entrée en ménage.

On m'a montré» {e le sais bien.

Son portrait en miniature :

C'est si petit qu'on n'y voit rien ; On distingue, en regardant bien»

A ses côtés un petit chien, Mais pas un trait de la figure I.^.

Je n'ai pu le juger très bien D'après cette miniature.

Je sais qu'il a beaucoup d'argent, Et qu'il en aura davantage ; Vous voyez, c'est fort engageant...

Mais je ne tiens pas à l'argent.

Mon père, lai, plus exigeant, En fait le but du mariage. Peut-être qu'avec moins d'argent Il m'aurait charmé davantage.

Je sais qu'il sera sous-préfet...

Mais ça ne prouve pas grand'chose :

On peut être un mari parfait Sans être nommé sous-préfet.

Et puis, est-ce bien en effet Le bonheur tel qu'on le suppose?

C'est gentil d'être sous-préfet I...

Mais j'aimerais mieux autre chose.

Je sais bien qu'en un mois de cour On a le temps de se connaître :

Pourtant n'est-ce pas un peu court Un mois pour se faire la cour ?

Un mois !... A deux heures par jour !...

Trois fois par semaine, peut-être !...

. J'ai peur, après un mois de cour De l'épouser sans le connaître.

D'ai^^'int qu'il faut baisser les yeus:

Quand on veut avoir Tair timide; Et Dieu sait si c'est ennuyeux.

De ne jamais lever les yeux l Si, dans un élan curieux, Je risquais un regard rapide :

c Voulez-vous bien baisser les yeux, > Ha fille, et prendre un air timide 1 »

— Cependant, maman...— t Taisez- vous!

» Je veux que vous soyez heureuse :

» Vous aurez monsieur pour époux.

— Cependant, maman... — c Taisez-vous !

» Cela ne regarde que nous ;

)> Vous n'êtes qu'une raisonneuse.

— Cependant, maman... ~ « Taisez-vous 1 »

» Je veux que vous soyez heureuse. »

Puisqu'on dispose de ma main, J'aurai pour mari ce jeune homme; Quand il reviendra, dès demain.

Je lui dirai : c Voici ma main* »

A deux nous ferons le chemin ; Je ne l'aime pas... c'est tout comme :

Puisqu'on dispose de ma main, J'aurai pour mari ce Jeune homme.

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