RÉGIT EN VERS
il. PAUL DELÂIR
DU pour la promière foiS| an banquet eommémoratif de Hoeht , à TtmlllM.
FÀit G. GOQUELm
ef C. Coqueîin
Aa café de messieurs les officiers, le jeu
S'allumait, jetant For aux déHés du lieu
(C'était Palais-Royal). A travers les bagarre
Les vieux jasaient, luisants de poudre et de cnamarres.
Les jeunes, fous exquis, vidaient ^égamment
Leur bourse, et même un peu celle du régiment ;
Aucuns, blonds chérubins de quinze ans, à leurs peines
Songeaient : ~ car en ce temps, béni par les marraines.
On était colonel comme on était abbé.
Cela s'achetait; puis un sourire, tombé
De la reine, faisait un soir monter en grade
L'heureux dont elle avait la plume de parade
Mêlée à ses cheveux aux raouts de la cour;
Nos généraux suivaient les plans de Pompadour
Et marchaient à Rosbadi de surprise en surprise;
On démembrait la France, on consolait Soubise,
Et tout finissait par de petits vers moqarara
Qu'aux fiers-à-bras honteux ehastaient les Jolis-cœurs;
On s'amusait.
Quelqu'un entra.
Beau, — mal à l'aise Pourtant, « dans rhabit Meu de la garde française, -*-
Jeune, l'œil haut et clair. — D'un paquet, dans un coin, Il défit des gilets brodés avec un soin D'amoureuse, et de table en table fut les Tendre.
— Parbleu 1 fit un marquis quelconque, j'en veux prendre! Ils sont de ta maîtresse, enfant ?
— Je n'en ai point.
— Hé ! qui diantre alors a brodé ce joli point? — - Mei, dit le soldat.
— Toi? Ton t'a coupé les vivres, Sans doute, et du profit tu t'achètes...
— Des livres.
Ceci parut plaisant.
— Quels livres, compagnon ?
— Ceux des soldats.
— J'entends : Rétif ou Grébillon.
— Non : Polybe ou Yauban.
— Mais c'est qu'il étudie Pour être général; c'est une comédie; Çà, tu veux donc servir les Turcs ?
— J'aimerais mieux Servir ma patrie.
— Ouais 1 le drôle est merveilleux I As-tu quatre degrés de noblesse?
— Au contraire I Je suis d'extraction rustique et populaire,
Moitié faubourg, moitié village.
— Hél pardîeu, c'est Lazare, mon sergent, dit un vieux qui passait.
— Va, pour Lazare! Eh bien! garde l'aiguille, laisse L'épée et la patrie, et prends une maîtresse;
Car sergent tu mourras, peuple on t'enterrera; Jamais au hausse-col Lazare n'atteindra Si Jésus tout exprès du tombeau ne le tire 1
Et repoussé par un superbe éclat de rire,
Pâle, taisant son cœuTi — - le sergent s'en alla. Et Yoici oe qu'on vit à hait ans de cela.
C'était on fort Breton, oatta du flot qui monte Sons on ronge drapeau d'où leur tombait la honte Et la protection de l'Anglais, pour le Roi Combattant le pays, — d'ailleurs en désarroi, Assiégés et doutant du salut, bien qu'en nombre, A l'heure où le soleil pend sur l'océan sombre, Ces mêmes officiers délibéraient.
Un d'eux Vint en parlementaire au camp prochain des bleus. Il vit ces soldats, ceux du Rhin, de Sambre et Meuse, Pour uniforme ayant leur pauvreté fameuse.
Pour noblesse et blason leurs balafres, ou bien, Tatoué sur le cœur, un bonnet phrygien ; Battus parfois, plus forts ensuite, la fatigue Ni le sommeil n'étaient d'eux connus, ni l'intrigue; Aux magistrats du peuple ils levaient le chapeau Et vénéraient Técharpe à l'égal du drapeau.
Grandissant décimés, fiers, sans vanités fausses. Tous leurs honneurs, c'était l'honneur, et sur leurs fosses Ces trois mots d'épitaphe avec le fer tracés : c Ils ont fait leur devoir et sont morts : c'est assez, i
Sur un granit voisin nommé la Roche-aux-Fées Leur chef, grave et debout, sans fracas, sans trophées, Attendait l'officier des blancs, tournant contre eux Son regard stratégique et son front lumineux. L'habit de général serrait sa jeune taille; Cahne, et plein de la France, il rêvait sa bataille,