SCÈNE II GEORGES, GÉCILB
CÉCILE
Quel foui
GEORGES, entrant on scène.
Vous arrivez aa moment où on s'y attend le moins... Que voulez-vous» je n'ai pu résister au désir de monter sur un fauteuil, afin de mieux faire la grimace au portrait de feu votre époux. Il est encore plus vilain à Thuile qu*il était en nature.
CÉCILE
Vous n'allez pas commencer... ou je vous mets à la porte.
GEORGES, à part.
C'est Ghapuis qui serait content... lui qui attend dans la rue que je m'en aille pour faire son apparition.
CÉCILE
Qu'est-ce que vous dites tout bas?
GEORGES
Je dis... qu'il va pleuvoir. Dieul que j'aimai à la t&tel
CÉCILE
Moi aussi. J'ai une migraine intolérable... J'avais grande envie de ne vous point recevoir; mais vous êtes, parfois, un causeur charmant.
GEORGE Sy flatté, saluant.
Cousine. ••
ti0 ONE DEVISE
CÉCILE
J'ai dit : parfois ! car, le plas souvent, vous tenez des dto* cours qui feraient douter de YOtre**» sagacité.
GEORGES
Vous avez été sur le point de me lancer une épigramme.- Je TOUS remercie de m'avoir encore épargné cette fois.
CÉCILE
£t puis j'ai une peur affreuse de Forage.
GEORGES
Parfait! vous m'acceptez en qualité|de paratonnerre.
CÉCILE
Enfin,' je vous reçois... A une condition cependant.
GEORGES
Et quelle?
\ CÉCILE
G*est que vous n'entamerez point vos discussions babituelles sur mon veuvage. Je m'accommode fort de ma situation et j'ai bien résolu de ne plus vous écouter détailler la liste des maris que vous vous êtes mis en tôte de me cboisir.
GEORGES
Oui, parlons-en 1 —J'aide la cbance avec mes prétendus Je suis un funeste agent matrimonial. Mes meilleurs amis à commencer par moi, — ont trouvé en Georges Bertin» ren tier, un piteux avocat pour gagner leur cause auprès de V0Q8. Je suis bien maladroit.
CÉCILE
Dites que vous êtes insupportable. De quoi vous mêlez* vous?
GBOROBe.
C'est juste... mais c'est plus fort que moi. Dis que J%n« tends un garçon qui m'est sympathique me parler de vous, je ne peux m'empêcber de penser: c Quel excellent parti pour Cécile l »
UNE 0BVISB 211
GiCILE.
Je TOUS sait bien reconnaissante. Sayet^voua que yoos ayez an certain aploml»» mon cousin?
Sérieusement, yous ne pouyex rester seule; belle comme yous êtesl... Voilà deux ans que cela (lure; c'est une indignité... yeaye, à yingt-huit ansl etyeuye de quit d'un Roquentin, d'un Géronte...
Georges...
le ne me tairai point... yotre époux était yieuz et laid... mettons que ça n'était pas de sa faute. — Mais étaitril assea
désagréable 1
CÉCILE, sériensMutBl
Je yous répète, Georges...
GB0EGB8.
Quoi? Que yous ne rayez jamais aimé; qu'il était criblé de dettes; qu'il yous a presque ruinée... Madame Nérin, yotre mère et ma respectable tante, ayait cru trouyer un paon dans cet ayenturier cacochyme... Un paon! Il ne rappelait même pas le geai de la fable... Enfin, U est mort, -^ c'est la seule action délicate qu'il ait accomplie durant sa yie. (tfoaYoïiient de Gédie.) Certes, si au Usu d'être en Italie à cette époque je me fusse trouyé à Paris, tes cboses ne se seraient point ainsi passées*
GÉCILB, sériente «1 lWt«Dt mine de ■*«ii «Ikr*
Vous allez m'obllger à ymis céder la place. (PMWAt un
cri.) Ahl
GBOBOBS, TiTemenU
Quoi donc?
CiCII.B«
Vous n'ayez pas yu cet éclair?
2i2 UNE DEVISE
GEOKGES, prenant une pose mystique.
Mon Dieu! faites que cet orage dare éternellement afin de me donner le temps de convaincre ma coasine.
GÉCILEy redescendant en scène.
Vous ôtes amusant... A propos, et ma loge?
GEORGES
Quelle loge?
CÉCILE
Celle que vous deviez me prendre hier à TOpéra pour la représentation de demain?
GEORGES
le suis foui... La voilà. C'est pour vous la remettre que je suis venu, (n ini donne le coapoa.) Ccs sortes d'oublis arrivent tous les jours...
CÉCILE, mettant le coupon dans un tiroir*
Merci.
GEORGES
Auprès des personnes comme...
CÉCILE, l'arrêtant.
Hein?
GEORGES
Des personnes qui... Vous ôtes charmante, vous le savez... et je... — C'est drôle, je veux toujours dire ce qu'il y a de mieux et» souvent^ je ne trouve pas.
CÉCILE, galment.
N'ayez donc pas l'air bêbête comme cela.
GEORGES
J'ai l'air bôbète... ahl (cherchant guelque chose de spirituel à
dire.) Et... Cette migraine?
CÉCILE
Elle est moins forte, je vous remercie.
GEORGES
Ce n'eal pas étonnant, il pleut...
UNE DEVISE m
CÉCILE, allant à la fenêtre.
C'est Trai; il pleut... a torrents même.
GEORGES, i part.
Si Ghapois est encore en bas, il doit trouver le temps long 1 (Haut.) Tous me permettez d'attendre la fin de cette trombe?
CÉCILE
Certainement... mais pas de listes d'amourôux ou je vous laisse.
GEORGES
Hélas, c'est mon nom qui la commence cette liste. Rebuté depuis longtemps comme un... cousin que je suis, je me console...
CÉCILE, Finterrompant galment.
Avec le corps de ballet.
GEORGES
Fi donc! je me console en essayant de faire votre bonheur.
CÉCILE
Gomment cela?
GEORGES
Gela semble hétéroclite, même anormal... mais mon amour est d'une constitution assez magnanime pour protéger un rival, si ce rival devait être aimé de vous. Vous voir heureuse est mon unique désir.
CÉCILE
Je suis très heureuse.
GEORGES
Non, je vous en supplie, ne dites pas cela ou je vais recommencer à éplucher feu M. Dermeline. — Bien sûr, votre cœur ne bat pour personne ?
m UlffS DEVISE
CéCILE.
J'ai beau vouloir me fâclier» je ne peux pas» Toiu êtes trop drôle. Non, mon cœur ne bat pour personne, là; d'ailleurs, si cela était je ne vous le dirais point, je n'en conviendrais pas avec moi«m4me. Je^ne-yeuX'pafl-me-re^marierl c'est entendu.
GEORGES
Si vous aimiez cependant?
CÉCILE
La vertu me guérirait de mon amour.
GEORGES, incrédule.
La vertu est comme les médecins qui ne guérissent que s maladies qu'on n'a point. — Tenez, pas plus tard qu'hier» j'ai dîné avec un charmant garçon qui...
CÉCILE, rinterrompant galment.
Encore un nooreau!... Je m'en vais.
Fausse sortie GEORGES.
Restez, ma cousine. Nous parlerons des anciens, voilà tout.
CÉCILE, le menaçant du doigt.
Abl s'il ne faisait pas d'orage...
GEORGES
M. Dérucbé l'agent de change n'est pas mal?
CÉCILE
Vous plaisantez, j'espère...
GEORGES, poursuivant.
Vertignac le député? — Il parle bien.
CÉCILE
Il ouvre une bien grande bouche pour émettre de bien petits sentiments. (Mouvement de Oeorgei.) N'insista pas; TOUft
:UNfi DEVISE 225
perdez votre temps... vous fere^ mieux de me dire un peu de mal de H. Ghapuis.
GEORGES, à part.
Le malheureux, il doit flotter! (Haut.) Cest le seul de mes «mis pour qui vous montriez quelque condeioendanco. Pourquoi? parce qu'il est pâle?
CÉCILE
Quelle idée 1
GEORGES
Parce qu'il fait des vers?
CÉCILE
S'il fallait se montrer aimable avec tous les gens qui font des yers... Hou cocher en fait d'assez bons.
GEORGES
Pauvres bêtes !
CÉCILE
Qui ça« mon cocher?
GEORGES
Non, je pensais à vos chevaux. -» Alors d'où vous vient cette sympathie pour Ghapuis? Il n'est pas beau; il n'a pas le sou...
GÉCIIil.
Les enfants d'Apollon ne sont Jamais riches» bien que ce soit lui qui forme Tor.
GEORGES
£e n'est pas lui qui le distribue. <— * Ghapuis ) ça n'a pas de nomi Cest mon ami, Je vous l'accorde, mais...
CÉCILE
PrenMt gardei c'est d'an rival que vous pifkdt; voos m semblés guère le soutenir.
•BORGES
Si fait.
CÉCILE
Oui, comme la corde soutient le pendu,..» en Tétranglant.
GEORGES
Si TOUS voulez que je dise qu'il est beau, noble, incommensurable, je le dirai... mais il a toujours Tair d'avoir dîné de mémoire I... Il est commun...
CÉCILE
Je ne trouve pas.
GEORGES, Tivement.
TousTaimez» avouez-le...
CÉCILE
Bon, TOUS voilà parti. Je ne Taime pas plus que les autres; il m'est moins désagréable, voilà tout.
GEORGES, aprfts un temps, atsc une précipitation comique.
Je vais vous le chercher.
CÉCILE
Autre folie ; vous devenez dangereux.
GEORGES, aprè8 un temps, redescendant en scène.
Au fait, c'est mal de déprécier un ami, surtout quand cet ami vous attend dans la rue.
CÉCILE
. Comment, dans la rue ?
GEORGES
En arrivant devant votre porte, j'ai trouvé Chapuis qui s'apprêtait à vous venir rendre ses devoirs. Groiriez-vous qu'il n'a point voulu monter avec moi! c Je veux parler à madame Dermeline, m'a*t-il dit, mais pas devant toi. » Je l'ai engagé à passer le premier; il m'a répondu qu'il préférait attendre, en fumant un cigare, que je fusse parti. Je dois avouer que je n'ai pas insisté outre mesure.
CÉCILE
Yons êtes un fourbe, mon amil... Gomment, tandis qu TOUS faites ainsi son apologie... et il fait un temps abominable 1 {C'est odieux. Je le répète, vous avez un certain aplomb.
GEORGES
Ma cousine, je ne suis pas coupable, car...
On entend an formidable oonp de tonnerre, saivi d*an brait de glace brisée.
CÉGILB, tombant sar une chaise.
Oh 1 mon Dieu 1 (Après an temps ; à Georges, d^ane yoix altérée
par la pear.) Dans... la... bibliothèque...
Quoi?
La foudre...
Eh bien?
CÉCILE
La foudre... a dû tember.
GEORGES
Attendez, je vais voir.
n va à la porte da fond et Poavre ; à ce moment parait Chapais, p&le, effaré, chancelant, le chapeaa sar la tète et l» ool de ton pardessas relevé.