‹ Saynètes et monologuesChapitre 46 sur 50 · AMANDA, STANISLAS · texte numérisé non relu

AMANDA, STANISLAS

STANISLAS, ft part.

Cette fois, j'ai terminé toutes mes petites affaires. (Haut.) Mille pardons, madame, de vous avoir fait attendre. Vous avez dû vous ennuyer ferme, en mon absence?

AMANDA

Nullement, monsieur

STANISLAS

Vous m'étonnes. -^ Donnez-vous donc la peine de vous asseoir.

AMANDA, s'assejant»

Je veux bien.

STANISLAS

Vous êtes Française sans doute?

AMANDA

Où voyez-vous ça?

STANISLAS, modettemeat*

Je sais si physionomiste!...

AMANDA

En effet, monsieur; mon mari est Américain, mais je suis, moi, de Paris-Batlgnolles, où vit encore mon vieux père, artiste distingué du théâtre Taitbout.

STANISLAS

Quelle chance ! Moi qui ai toujours eu le plus vif désir de devenir le gendre d'un artiste I... Et votre mari, disiez-vous, était Américain?

AMANDA, se Ittaat.

Gomment 1 était? Vous l'avez donc assassiné?

STANISLAS

Oh) madame, pour qui me prenez-vous?

AMANDA

A la bonne heure I

Ce n'est que dans deux heures, si sa rançon n'est pas arrivée...

AMANDA

Eh bien?...

STANISLAS

... Eh bien, parbleu! que vous serez veuvdt

AMANDA

Mais, monsieur, c'est infâme!

STANISLAS

Tiens! c'est ainsi que vous me remerciez?... Donnez-vous donc la peine de vous asseoir de nouveau. — Et qu'est-ce qu'il fait, votre mari?

222 LÉ DERNIER KLEPBTK

AMÂNDAy s'asseyaot.

Il écrit dans les journaux.

STANISLAS, riaot.

Il n*est pas riche, alors i

AMANDA

Mais si, il a de quoi.

STANISLAS

C'est étotinantl... — Vous Regardes mon appartement, madame?. .. Je vous prierai en ce cas d'excuser le disparate de mon mobilier; vous n'ignorez pas qu'il faut du temps pour faire une bonne maison, surtout lorsque, comme moi, l'on méprise souverainement l'ameublement moderne. Il n'y a plus de goût, de nos jours. Ajoutez que je n'ai pas, comme vous autres Parisiens, la ressource d'aller à l'hôtel Drouot et que je suis forcé d'attendre les occasions. Telle qu'elte est cependant, cette installation vous [conviendra. — De ce côté, vous avez la cuisine et la salle à manger; de l'autre, les cabinets... de toilette et de travail, le tout creusé dans le roc, frais en été et chaud en [hiver. Vous vous plairez icif madame, je me connais.

AMANDA

Monsieur, ce langage, auquel je ne suis point habituée, votre façon d'agir, vos manières, — qui ne sont même pas celles des brigands de roman, toiit cela me déroute, je vous l'avoue. — Si je ne m'abuse, et par le peu que je sais des hommes, vous attendez de moi...?

STANISLAS

Mon Dieu, madame, j'ai peu de goût pour les marivaudages. Tel que vous me voyez, je suis un homme de l'école du bon sens, tout d'une pièce et parlant net*

AMANDA

Alors?.., .

LB DERNIER KLEPflTB »3

STÂNISEAS.

Alors vous habiterez cette caverne jUlqu'à ma fortune faite; c'est une affaire de deux ans, tout au plus. — Après quoi, nous nous retirerons en bons rentiers dans mon château historique qui est à trois pas d*ici, Je céderai le bothmandement à mon premier lieutenant et Je régulariserai votre position. J'ai Tair artiste, maid Je luk bourgeois au fond.

AMAMBÀ.

En u i mot, vous me retenez prisonnière t

StANlSLAS.

Bien qu'un peu crue, madame, cette expression est Mis de la vérité.

AMAMDA.

Et je devrai vous servir?

STAlIlftLAi.

Oh ! que non 1 oh I que non ! ... On vous Servira^ au Contraire, et très-bien, je vous l'assure... Seulement, je suis veuf et il me faut une femme.

AMAMDA.

C'est indispensable?

STANISLÀSj S6 i«TaBt.

Oh! oui!. .. De plus, je dois être endormi avant minuit, comme tous les jours. —Je vous (Tonfierai plus tard les motifs de cette manière bizarre... Quelle qu'elle soit, d'ailleurs, vous n'avez pas par conséquent beaucoup de temps à consacrer aux préliminaires de notre traité de paix; mais vous pouvez vous rendre sans fausse honte: je déclare d'ors et déjà votre honneur à couvert... J'en témoignerai, s'il le faut.

AMANDA, «e leraot.

Ëhquoi! monsieur le brigand, sans même me faire la cour, sans chercher à me plaire, voUs oseriez espérer qu'une

femme?... Abl monsieur» il faut noas connaître bien pea pour nous juger avec une telle désinvolture.

STANISLAS

C'est ce qui vous trompe, madame; je connais toutes les pudeurs féminines et je les apprécie. Voyons, sérieusement, voulez-vous que je vous fasse ma cour? Y tenez-vous vraiment beaucoup?

UIANDA.

Mais sans doute.

STANISLAS

Alors, madame, asseyons-nous une troisième fois; je commence, (ib •'Atteoieat.) Je vais donc vous faire la court

AMANDA

Voyons un peu.

STANISLAS

D'abord, moi, madame, je vous adorerai.

AMANDA

Bon, cela!

STANISLAS

£t je n'exigerai en retour que votre amour et votre fidélité.

AMANDA

Vos prétentions ne sont point excessives.

N'est-ce pas?.-. Mais, par exemple, si vous me trompiez, je vous punirais comme j'ai puni la première madame Be* lamandopoulos.

AMANDA

Ah! racontez-moi donc ça?

STANISLAS

Bien volontiers. Je l'aimais beaucoup, car elle était belle er très-bien apparentée; tous ses parents avaient été pen-* (lu^;elle se nommait Péricline Zampa et m'avait apporté uue dot présentable.

AMANDA

Zampa!... Une descendante de l'illustre?...

STANISLAS

Sa cousine au vingtième degré seulement; mais enfin elle était de bonne famille.

AMANDA

Je ne pourrai malheureusement pas vous en ofihir autant, monsieur.

STANISLAS

Oh! ne vous tourmentez pas à cet ég&rd; ma position est maintenant à peu près faite et je puis me payer le luxe d'un mariage d'inclination et même, à la rigueur, d'une mésalliance. — Donc, Péricline me trompa, et avec qui, je vous le demande? Avec l'un de mes sergents-fourriers. C'eût été avec un homme du dehors, je ne lui en aurais peut-être pas voulu; mais avec un Klephte subalterne, était-ce tolérable? Ky avait-il pas là une question de discipline et de hiérarchie? D'ailleurs, brigand pour brigand, le chef est toujours préférable. Est-ce votre avis?

Pour me prononcer, monsieur, il me faudrait au moins connaître ce sergent-fourrier.

STANISLAS

Je ne peux malheureusement pas vous le présenter, car il s'est enfui en Belgique avec ma caisse; mais, très-sincèrement, il était moins bien que moi ; un petit maigriot, un véritable aztèque... J'avais dû le mettre aux écritures.

226 LE DERNIER KLEPHTB

ÂMAftbA.

Et Totre femme?

STANISLAS

Péricline? — Ahl madame, je suis de la nouvelle école française : je n'admets pas rinfidélité, chez la femme, du moins, — et j'ai tué la mienne.

aManda.

Vous me disiez tout à Thetire qiie c'était au marché d'Athèned.i.

STANISLAS

Justement. Après avoir vftiliëment poursuivi l'amant, je dis à Péricline : c Yas-tu demain au marché? i — c Oui, > me répondit-elle. — c Eh bien, achète-moi un melon do Thessalie; c'est une envie, j'en veux un à mon dîner de demain; mais surtout tâche de ne pas le payer, car il n'y a pas de petites écoDomles. — Sois ttanquillë, i fit Péricline. Là-dessus, j'écrivis au commissaire de police que la femme Belamandopoulos, née 2ampâ, complice de tous les crimes de son mari, (lioùs étions mariés sotls le tégime de la communauté) — se trouverait le lendemaih, sahiedi, au marché dtt Parthénori et qu'on la i'ecohtiaîttalt à Un melon volé. En eiïiët, on la pinça et, deut Jours afirès, oh la pendit 1 — Et maintenant, ihadâhie, qUe je votis ai fait ma cour, dépôchoiiSj je Vous prie.

il tê lève.

AMANDA, êé lërant aussi.

Je vais bien vous étonner, mohsiëur, hiàis je ilë suis pas du tout convaincue; vous avë£ lihe niaiiièrë de faire la cour...

STANISLAS

C'est la bonne.

AMÀNDA.

Je né trouve pas.

LB DERNIER KLBPfiTB 227

STANISLAS

le stLis un Desgenais; est-ce qne, par hàsa^dt Je ne TOiis plairais pas physiquement 7

AMANDA

Eh bien, noni Je ne ressens pas le coup de foudre, foi d'Amanda Spengler.

STANISLAS, bondiBMnt.

Eh quoi! madame, vous vous appelez Amanda?

AMANDA

Oui, monsieur.

JilorSy vous devez comprendre que je veuille à tout prix

liUSSir. (U fredonna rAnum/cTAmanda.) Vous lO COmprCUeZ, U'est-

ce pas?

AlfAi^DA.

Pas encore, et si vous n'avez pas de meilleures raisons à faire valoir...

STANISLAS

Parlons franc, madame; vous me trouvez trop abrupt, trop montagnard. Vous préféreriez peut-être un civilisé^ un gommeux?

AMANDA

Je ne dis pas non.

stanîsLâs.

C'est bien ; je vous ai laissé votre inbhtfë, quelle hedre \ est-il?

AMANDA

Dix heures et demie.

STANISLA6.

Il faut qu'avant minuit je sois endormi| mais j'ai I0 for

sage et du tact, et nous avons le temps; je vous donne encore un quart d'heure pour réfléchir. J'espère qu'en un quart d'heure vous aurez apprécié les avantages et l'hon* nôteté de mes propositions et que votre décision sera prise.- {n part.) Respectons l'amour-propre des femmes. (Haut.)

Adieu, Amanda. (Oa entand le tàtùêt do tobe aoousQqne.) TionS,

qu'est-ce que c'est que ça?

LA VOIX DE SPBNGLER

Ma femme!...

STANISLAS

Votre mari?... Aht c'est curieux; une conspiration pour s'évader, sans doute !...-* (AUaot aa tube.) Que veux-tu ?

AMANDA

Prenez garde f Je ne le tutoie pas.

STANISLAS

Tant mieux, ça le flattera.

LA VOIX DE SPENGLER

Avez-vous découvert des documents?

STANISLAS, répondant.

Non, mon ami.

LA VOIX DE SPEN6LER

'"^us ennuyez-vous là-bas?

STANISLAS, répondant.

Oui, beaucoup, (a put.) Nous allons voir ce qu'il veut*

LA VOIX DE SPENGLER

Voulez-vous que je vous récite le premier chant dA l'Iliade? Ça vous fera passer le temps,

STANISLAS, répondant.

Merci, vous êtes trop bon; je vais dormir.

LA VOIX DE SPSNGLBR

C'est dommage.

STANISLAS

Allons, ce n'est pas dangerenx; mais je vais poartant le faire sarreiller. — Au revoir, Amanda f Dans un quart d'heure, vous savez...

Il Mrt M ehantoDBftnt de boqtmb !• r«inb d« VAmaHt <r Amanda.

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