PREMIER PEINTRE DU ROI
i5 mai 1789.
Ce n’est pas ici le lieu d’esquisser même brièvement la biographie de Pierre. Au surplus, tout a été dit sur cet artiste fade et habile qui sut, malgré sa médiocrité, ou grâce à elle, se pousser aux plus hautes positions. Le procès-verbal de scellé n’offre qu’un faible intérêt; la partie la plus curieuse est la pompeuse énumération des titres du défunt.
Comme Pierre ne laissait pour unique héritière qu’une nièce mariée au baron de Vergennes, les opérations d’inventaire ne pouvaient donner lieu à aucune difficulté. La veille de sa mort, l’artiste avait remis son testament à M® Dosfant, notaire, en le chargeant de l’exécution de ses dernières volontés. La succession ne laissait pas que d’avoir une réelle importance. L’argent comptant s’élevait à la somme de 18,006 livres 12 sols et 6,100 livres en billets de la Caisse d’Escompte. L’argenterie consistait en cinq plats ronds, trois cuillers à ragoût et à bouche, six fourchettes, une cuiller à café, une écuelle avec son plateau. Notons enfin une épée à garde de nacre, et la croix de l’ordre de Saint-Michel garnie de son cordon.
Les frais s’élevèrent à la somme de 1,420 livres i sou 3 deniers.
Voici les seuls passages de cet acte méritant d’être rapportés.
L’an 1789, le i5 may, sur le réquisitoire de M® Jean- Antoine Dosfant, notaire au Châtelet de Paris, y demeurant rue de l’Arbre-Sec, au nom et comme exécuteur du testament de feu M® Jean-Baptiste-Marie Pierre., chevalier de l’Ordre du Roy, premier peintre de Sa Majesté, directeur des manufactures royales des Goblins et de la Savonnerie, directeur honoraire de l’Académie de Marseille, honoraire amateur de l’Académie royale d’architecture, honoraire associé libre de l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg, de l’Académie impérialle et royale de Vienne et de celle de Hesse-Cassel, nous, J. -Honoré Delaborde, lieutenant
JEAN-BAPTISTE-MARIE PIERRE
général de la Prévôté de l’Hôtel, nous sommes transporté dans un appartement dépendant du Louvre, attenant le pavillon de l’Infante, occupé par led. s. Pierre, où étant, led. M® Dosfant nous a dit que led. s. Pierre venoit de décéder à l’instant (pourquoy avons procédé ainsy qu’il suit à l’apposition de nos scellés) .
Objets trouvés en évidence dans le salon : un buste de plâtre bronzé représentant le deffunt ; un autre buste en marbre représentant le père dudit deffunt, sur son pied de bois noircy; sept figures, dont une en marbre blanc et les six autres en plâtre, dont deux bronzées.
Est comparu M. Jean-Charles Gravier, baron de Vergennes , colonel commandant du régiment de la Sarre, seigneur de Passy et autres lieux, demeurant ordinairement à Autun en Bourgogne, mary et maître des droits et actions mobiliers et possessoires de dame Jeanne-Sophie Pierre de Passy, son épouse, lad. dame baronne de Vergennes, habile à se dire et porter seule et unique héritière dud. feu s. Pierre, son oncle; lequel s. baron de Vergennes nous a requis de procéder à la reconnoissance des scellés pour, au fur et à mesure de la levée d’iceux, l’inventaire estre fait par M® La Roche et son confrère, notaires à Paris, qu’il nomme à cet effet, et nomme pareillement le s. Alexandre-Joseph Paillet, peintre à Paris, rue Plâtrière, pour parvenir à l’arrangement des tableaux et gravures dépendants de la succession dud. feu s. Pierre, et donner son avis sur la prisée desd. tableaux et gravures.
Opposant à la levée des scellés, non comparant, le s. Bachelier, directeur de PÉcole gratuite de dessin.
Le baron de Vergennes reçoit de suite la vaisselle d’argent, les jetons et médailles.
(Arch. nat., V* 92.)