‹ Scellés et inventaires d'artistes (volume 2)Chapitre 14 sur 174 · GEORGES AL AVOINE · texte numérisé non relu

GEORGES AL AVOINE

partimenis couverte, le tout d’argent blanc, poinçon de Paris

Deux lits jumeaux sur l’un desquels est gisant le corps dud. deffunt.

Plus une housse complette de serge bleue, ornée de galons de soye jaune. Dans l’alcôve près de la fenêtre : deux grappes de ver de gris, 6 livres de jaune de Naples, 6 livres de lacre, 3 livres de sandarac, 4 livres de bleu, 6 livres de gomme lac, 3 livres de gomme copalle, 2 livres de noir d’yvoire, 4 livres de gomme gutte, 12 livres de stil de grain, un millier de feuilles d’or à 80, 8 livrets d’or à 90, 2 livrets d’argent et quelques feuilles, 2 livrets d’or pleins.

Dans une chambre à costé ayant veue sur la cour s’est trouvé en évidence ; neuf tableaux de différentes grandeurs, dans leurs bordures de bois sculpté doré.

Dans la cour s’est trouvé un traîneau pour aller chercher et remener les caisses de voiture en ville. (Voici bien la preuve que le défunt exerçait le métier de peintre de carrosses.)

Dans le chantier à la dorure, se sont trouvés deux voitures peintes en partie, dont une dorée aussy en partie.

(Arch. nat., Y 14335.)

CGLXVIII.

PIERRE-LOUIS SURUGUE

GRAVEUR DU ROI ET DE l’aCADÉMIE.

29 avril 1772.

Fils du graveur Louis Surugue décédé en 1762, et frère du sculpteur Pierre-Etienne Surugue, dont Jal a parlé et qui mourut en 1772, Pierre-Louis Surugue était né à Paris le 10 février 1716.

PIERRE-LOUIS SURUGUE.

Sa biographie est bien connue. Il épouse, le 6 février 1741 (voyez Jal), Élisabeth Sageon qui lui donne onze enfants et meurt avant son mari, comme le dit formellement notre procès-verbal ‘ ; le 29 juillet 1747, il est admis à l’Académie sur la présentation des portraits gravés de Simon Guillain, d’après N. -A. Coypel, et de René Frémin.

Notre artiste meurt le mercredi, 2g avril 1772, vers sept heures et demie du matin, d’une « maladie de rhume, compliquée d’attaque de paralysie et d’apoplexie. » Il habitait alors une maison de la rue des Noyers, la seconde à porte cochère à droite en entrant parla rue Saint-Jacques. L’acte lui donne les titres d’Académicien de l’Académie royale de peinture et de sculpture, graveur du Roi, chevalier de l’Éperon d’or et comte de Latran, auxquels il faut ajouter ceux d’ancien conseiller de l’Académie et contrôleur général des rentes de l’Hôtel de Ville, portés, d’après Jal, sur l’acte de décès.

Le commissaire Louis-François Formel est appelé pour procéder aux opérations d’apposition, puis de levée des scellés. Pierre- Louis Surugue, qui avait eu successivement onze enfants, n’en laissait que cinq vivants au jour de son décès, savoir :

1“ Louis de Surugue des Fossez, officier au corps royal d’artillerie, dans le régiment de la Fère, en garnison en la ville de Douai, de présent à Paris, tuteur de ses deux sœurs mineures (voir ci-dessous, 4 et 5).

2” Pierre-Corneille de Surugue des Fossez, officier de dragons dans la légion de Corse, en garnison en la ville de Strasbourg, de présent à Paris.

3» Élisabeth de Surugue, veuve de François Onfroy, avocat au Parlement, demeurant rue des Noyers (née le 22 décembre 1742. — Voir Jal).

4» et 5” Marie de Surugue (baptisée le 25 janvier 1750) et Denise- Charlotte de Surugue (baptisée le 17 décembre 1751), mineures émancipées d’âge, demeurant aussi rue des Noyers, placées sous la tutelle de leur frère, et, en cas d’opposition d’intérêts, sous celle de Nicolas Ceron, écuyer, sieur de la Mansellière, ancien commandant du bataillon de Corbeil, lieutenant-colonel d’infan-

I. La dame Sageon était morte, d’après le scellé de son mari, dès le 8 août 1769. Son inventaire après décès est daté, au commencement, du 9 décembre.

PIERRE-LOUIS SURUGUE.

terie, chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis, demeurant à Paris, rue du Temple.

Les héritiers chargent de l’inventaire M“ Porchon, notaire, et prient le s. Basan, graveur et marchand d’estampes à Paris, demeurant rue et hôtel Serpente, de donner son avis pour l’estimation des tableaux, estampes, gravures, planches et autres objets de ladite succession, dépendant de l’état de graveur. Immédiatement, l’inventaire est commencé et continué jusqu’au milieu de mai, c’est-à-dire jusqu’au jour de la vente, car le Catalogue de la vente des tableaux, estampes et planches gravées après le décès de M. de Surugue, membre de l’Académie royale et ancien contrôleur des rentes, porte la date du 21 mai 1772.

Au début de l’apposition des scellés et de l’inventaire des objets trouvés en évidence, se place un incident qui donne quelques renseignements sur le genre de commerce auquel se livrait le défunt. On trouvera ensuite l’énumération des meubles méritant à un titre quelconque d’être notés :

En procédant, lad. dame veuve Onfroy nous a observé que, dans les papiers dud. feu sieur son père étant dans un bas d’armoire pratiqué au-dessous des croisées de la salle à manger, il doit se trouver un billet à ordre de cent livres du s. Vanier et une lettre de change de 860 et tant de livres du s. Schropp sur les s” et v® Huguier et Garrido, à Paris, desquels effets le payement est instant, et pour lequel il y auroit risque de perdre le recours sy lesd. effets n’étoient pas présentés à leurs échéances ; pourquoy requiert qu’il soit fait perquisition par nous dans led. bas d’armoire desd. deux effets, et iceux luy estre remis à l’instant à Tefiet de pourvoir à la rentrée d’iceux.

Comme aussi a observe lad. d® veuve Onfroy que dans lad. salle où nous sommes et sur led. bas d’armoire est un paquet de plusieurs estampes de diverses espèces dont les auteurs sont led, feu s. Surugue et M" Wille, Le Bas , Buldet , Chéreau , Gaillard , Chauffard ,

PtERRE-LOUIS SURUGUE.

Duflos, Moitte, Ouvrier^ Ingouf^ Joullain, Daumont, Ba^an, Albout, Lempereur, Delaunay, Mondart, La Combe et Martinet, et une petite boette de crayons noirs et rouges, le tout formant un envoy demandé par led. s. Simon Schropp , marchand aud. Ausbourg , auquel led. envoy doit estre fait à Taddresse des frères Franck, à Strasbourg, dans le présent mois. De toutes lesquelles estampes les nottes sont sur les registres et dans les papiers dud. deffunt, étant dans led. bas d armoire, et il y a même un état d’icelles sur le paquet desd. estampes; que, pour l’interest de lad. succession, il convient faire led. envoy qui est un objet d’environ 600 livres, à raison duquel envoy, il est aussi nécessaire qu^elle ait en sa possession lesd. estampes et crayons et led. état dont il faut faire copie pour l’adresser aud. s. Schropp, pourquoy requiert que le tout lui soit laissé en sa garde pour faire led. envoy.

D’après lequel dernier dire de lad. dame veuveOnfroy, dont nous lui avons donné acte, s’étant trouvé sur led. bas d’armoire led. paquet d’estampes et lad. boette de

crayons, nous avons laissé lesd. estampes et crayons

à lad. dame veuve Onfroy qui s’en charge...

Et ouverture par nous faite dud. bas d armoire

nous y avons trouvé en effet un billet à ordre, signé Vannier, en datte du 24 décembre dernier, valeur en marchandises, de la somme de 100 livres, payable à M. Surugue ou ordre, à la tin du mois de mars dernier, au dos duquel est l’ordre signé Surugue au proffit de M. Surugue, controlleur des rentes, lequel dernier s. Surugue lad. dame veuve Onfroy a déclaré estie led. feu s. son père, lequel étoit cy-devant pourvu d’une charge de controlleur des rentes, et une lettre de change de la somme de SyS livres 7 sols, tirée d’Ausbourg, le 4 avril

PIERRE-LOUIS SURUGUE.

présent mois, au proffit dud. feu s. Surugue, payable à quinze jours de vue, tirée sur les s*' et veuve Huguier et Garrido, vue et acceptée par eux le 18 du présent mois, lesquels deux effets, pour éviter la dépérission d’iceux et pour en procurer le payement à lad. succession, nous avons remis et laissé en la garde de lad. dame veuve Onfroy, qui s’en charge...

Suit l’évidence :

Un trumeau sur la cheminée d’une seulle glace surmontée d’un petit tableau paysage sur un parquet de bois peint en blanc; un tableau dessus de porte représentant sujet d’histoire sainte.

Dans lad. chambre où est décédé led. s. de Surugue, ayant vue sur des jardins, laquelle pièce nous avons observée être entièrement boisée ; une grille de feu argentée, en deux parties, à ornemens de cuivre, pelle et pincette ; deux bras de cheminée à double branche de cuivre en couleur; une pendulle faite par Minuel, à Paris, dans sa boîte de marquetterie, sur un pied en gaine attaché à la muraille; deux petites tables en consolle à dessus de marbre, sur leurs pieds dorez ; un écran sur son pied peint en vert, etc.

Dans un cabinet ayant son entrée à côté de la cheminée, on a trouvé dans un coffret placé dans un bas d’armoire une somme de 1,200 livres, remise à la veuve Onfroy pour les frais d’enterrement.

Dans une garde-robbe au fond de la chambre : un manchon d’homme de martre, deux perruques, etc., un tambourin, un damier, une glace ou verre de Bohême dans un étuy en bois.

Dans l’antichambre précédant la chambre où est décédé led. s. Surugue : deux tableaux dessus de porte, l’un représentant les Parques et l’autre Cléopâtre; un

PIERRE-LOUIS SURUGUE.

autre tableau paysage^ de forme carré long ; un morceau de vieille verdure tapissant la porte de lad. pièce.

Dans une chambre au quatrième, ayant vue sur led. jardin, non tapissée : deux basses de vielle-, deux presses d’imprimeur en taille - douce démontées ; un \.dih\Qdi\x paysage et clair de lune sans bordure; trente vieilles estampes traitans de différents sujets sous verre ; un baquet de cuivre servant à mouiller le papier.

Dans une armoire pratiquée dans la muraille en une petite chambre de même étage ; environ deux rames de papier grand aigle et colombier.

Dans l’appartement au même étage occupé par lad. dame Pluot, cy devant nommée : six tableaux de différentes formes et grandeurs, paysages et autres sujets; un tas de différens vieux portefeuilles à estampes, rognures, estampes, débris de cartons; un paquet d’estampes faisant partie de la suitte de l’Escalier des ambassadeurs à Versailles; quelques autres estampes de peu de conséquence, représentant Silvia et autres.

Suit l’argenterie : deux cuillières à ragoût et huit couverts à bouche, une petite cuiller à caffé en vermeil.

Dans le passage de porte-cochère de la maison ; une chaise dont la caisse est peinte en petit gris et montée sur ses quatre roues.

Nous déclarant lad. dame veuve Onfroy et lesd. d“®* ses sœurs que led. deffunt s"" leur père étoit propriétaire et occupoit une maison et dépendances, seize à Grandveau \ paroisse de Savigny-sur-Orge, le tout garny de meubles et effets à luy appartenans, pourquoy elles requierrent que nous nous transportions incessamment aud. endroit, à l’effet d’y apposer sur les effets de lad.

I. C’est dans cette maison qu’était mort Louis Surugue, père de Pierre-Louis.

Page 1