‹ Scellés et inventaires d'artistes (volume 2)Chapitre 72 sur 174 · GRAVEUR ORDINAIRE DU ROI · texte numérisé non relu

GRAVEUR ORDINAIRE DU ROI

23 décembre 1781.

Le livre de M. Ambroise-Firmin Didot sur la vie et l’œuvre des trois Drevet, paru en 1876, résume tout ce qu’on sait de ces maîtres distingués qui prolongèrent jusqu’à la fin du xviii® s. la dynastie des graveurs marchands d’estampes. Le scellé que nous résumons, et dont on trouvera ci - après les passages dignes d’attention, ajoute quelques détails intéressants à la biographie du dernier représentant de cette famille dont le berceau était la petite commune de Loire. C’est donc à Loire qu’il faudrait chercher, comme l’a fait remarquer Jal, l’acte de baptême vainement demandé aux registres paroissiaux de Lyon.

Claude Drevet avait épousé, en 1745 (voir Didot et Jal), Catherine-Guillemette Baudry. Elle vivait encore en 1781, car elle paraît pour faire opposition à la levée des scellés. Elle n’avait pas d’enfants, puisque les seuls héritiers sont des collatéraux.

Notre artiste meurt, on le savait, le dimanche, 23 décembre 1781, à six heures et demie du soir, dans son appartement des galeries du Louvre, au deuxième étage, près le guichet Fromenteau, led. appartement ayant vue sur la rue des Orties. Les scellés sont apposés par Claude-Joseph Clos, lieutenant général de la Prévôté de l’Hôtel du Roi, sur la réquisition d’Etienne Perrin, bourgeois de Paris, demeurant aux galeries du Louvre, comme héritier en partie du défunt.

Voici la liste des objets les plus remarquables portés au procèsverbal :

Dans la chambre où est décédé led. s. Drevet^ au second étage : un tableau peint sur toille représentant la Nativité dans son cadre de bois sculpté doré; un grand tableau ceintré, peint sur toille, représentant V Entrée de Jérusalem^ dans son cadre de bois sculpté doré; un écran de tapisserie à l’éguille dans son châssis

NOUV. ARCH. DE l’aRT FR. l885 Q

CLAUDE DREVET.

et sur son pied de bois sculpté doré; une petite pendule antique à cadran de cuivre de Lemaire, Paris-Saint- Germain, dans sa boîte de bois noircy, avec ornement de cuivre doré.

■Dans une pièce au rez-de-chaussée servant d’imprimerie ; une meulle , une presse et les planches et tablettes nécessaires à l’impression ; une cuve en cuivre, un mortier en pierre, un grand trépied.

Opposition à la levée des scellés par Catherine-Guillemette Baudry, veuve du s. Drevet.

Le 9 janvier 1782, est comparu m® Antoine-Justin Marseille, avocat en Parlement, officier de la chambre de Mad. la comtesse d’Artois, au nom et comme exécuteur du testament du feu s. Claude Drevet, led. testament reçu par M® Boulard, notaire à Paris, le 1 5 septembre 1780, insinué le 29 décembre dernier, lequel nous a requis de procéder à la reconnoissance et levée des scellés.

Pareille réquisition est faite au nom des héritiers de Claude Drevet, savoir : i° Simon Drevet, son frère, demeurant à Loire, en Lyonnais ; 2° les quatre enfants de défunt Fleury Drevet, frère dud. Claude, lesquels quatre enfants sont : Fleury Drevet, demeurant à Saint- Romain en Galle, près Sainte-Colombe en Lyonnois ; d‘'® Fleury Drevet, femme de Pierre Perrin, demeurant à Loire, en Lionnais ; Denise Drevet, femme d’Étienne Auger, demeurant aud. Loire; Françoise Drevet, femme de Jean Rolland, demeurant aud. Loire; 3° Marie- Claire Drevet, femme d’Antoine Collet, demeurant à Givors, fille de feu Claude Drevet, surnommé Petit Claude, frère dud. Claude Drevet; 4® les enfants d’Abel Moussier et de feue d'*® Fleury Drevet, sœur dud. Claude, demeurant à Saint- Romain en Galle;

CLAUDE DREVET.

50 j)iie Fleury Drevet, femme de Claude Mercier, demeurante aud. Loire, fille de feu Denis Drevet, frère dud. Claude; 6® Étienne Bœuf et sa sœur, enfants d’Antoinette Drevet, femme Bœuf-, héritiers les uns et les autres pour un sixième.

En procédant, led. m® Marseille nous a dit qu’il nomme le s. François - Charles Joullain , peintre , demeurant à Paris, quay de la Mégisserie, pour donner son avis sur l’arrangement, prisée et valeur des tableaux, estampes, gravures, desseins et autres objets relatifs à son art, dépendants de la succession dud. s. Drevet.

Led. Marseille nous a observé que, depuis le décès du s. Drevet., le supérieur ou procureur de la maison appellée des Bons-Fils a envoyé aud. feu s. Drevet un mémoire montant à 2 56 livr., concernant la pension d’Abel Drevet, son neveu, détenu d’ordre du Roy dans lad. maison, pour six mois de sa pension et menues dépenses relatives à son entretien. Cette dépense est autorisée en partie; le surplus étant imputé sur les arrérages du legs de 400 livres fait audit Abel Drevet par son oncle.

Nous a pareillement observé led. m® Marseille, aud. nom, qu’il est intéressant pour la succession et héritiers dud. feu s. Drevet., avant de procéder à la vente des différentes planches de gravure inventoriées', de faire tirer six exemplaires de chacune desdittes planches pour celles qui se trouveront n’en point avoir, afin de connoître par ces épreuves la véritable valeur desdittes planches,

I. M. Didot, qui a connu ce catalogue de la vente de Claude Drevet, le dit excessivement rare. La vente, qui comprenait quatorze tableaux, quelques dessins, nombre d’estampes et plus de cent cinquante planches gravées, était annoncée pour le 18 mars, mais n’eut lieu que le i5 avril 1782 et jours suivants.

PAUL-GUILLAUME LEDOUX

pourquoy il requiert d’estre autorisé à faire tirer six exemplaires de chacune desdittes planches qui n’en ont point, à payer et avancer à l’imprimeur les deniers nécessaires pour led. travail ; enfin led. m® Marseille, aud. nom, nous a observé qu’il est egallement intéressant pour la succession et héritiers dud. feu s. Drevet de procéder incessamment à la vente des meubles et effets mobiliers, gravures, estampes, tableaux et autres objets dépendants de lad. succession, requérant d’estre autorisé à faire procéder à lad. vente.

(Lad. requête est accordée.)

Frais de scellé, i,85o 1. i3 s.

(Arch. nat., V® 91.)

GCCXXVII.

PAUL-GUILLAUME LEDOUX

MAITRE PEINTRE

28 décembre 1781.

Ce maître peintre, parfaitement oublié aujourd’hui, meurt le vendredi, 28 décembre 1781, sur les sept heures du matin, dans un appartement au deuxième étage d’une maison de la rue Saint- Dominique, paroisse Saint-Jacques-du-Haut-Pas, appartenant à M“ Blacq, ancien notaire. Il laisse une veuve, Claude-Louise Letellier, commune en biens avec lui, et un fils unique, Paul Guillaume Ledoux, soldat en garnison au port de Lorient. Ce dernier, à en juger par les créanciers qui viennent former opposition à la délivrance de la succession, pourrait bien ne pas s’être engagé de son plein gré.

M® Eloy-Charles Fieffé, notaire, est chargé de l’inventaire. François-Charles Joullain, peintre, quai de la Mégisserie^ vient donner son avis sur la prisée des tableaux. Enfin, l’estimation des bijoux et diamants est confiée au s. Jacques Poiré, marchand joaillier, quai de Bourbon.

Le mobilier du défunt annonce une véritable aisance. On en

PAUL-GUILLAUME LEDOUX

jugera d’ailleurs par l’énumération des meubles signalés dans le procès-verbal du commissaire au Châtelet, dont nous reproduisons les articles les plus saillants.

Dans la chambre à coucher ; quatre tableaux sur toile; une commode à dessus de marbre; au dessus de la commode une petite glace avec tableau au dessus ; une petite pendule sans nom d’auteur dans sa boîte de cuivre; deux cannes de jay avec leurs pommes d’or; un Christ d’yvoire et sa croix de bois d’ebenne.

Dans une antichambre ayant vue sur la rue et sur la cour : une table de marbre à console sur son pied de • bois doré, un jeu de trou madame; dix tableaux peints sur toille représentans portraits et différents sujets dans leur bordure de bois doré, un autre tableau peint sur toile sans bordure, deux bordures neuves de bois doré et une autre bordure de hazard aussi dorée ; une petite armoire ouverte servant de bibliothèque; un petit miroir d’une glace ronde dans son cadre de bois d’ebenne, deux vases antiques de terre.

Dans la salle de compagnie ayant vue sur la cour ; dix-huit tableaux de différentes grandeurs représentants portraits et sujets, dans leurs bordures de bois sculpté doré, attachés sur la tapisserie de la salle de compagnie qui est d’ancienne verdure; seize autres tableaux peints sur toile, de différentes grandeurs, sans bordures, représentants différents sujets , lesquels tableaux ne sont point attachés, mais sont en tas dans lad. salle; deux bordures sans toille sculptées et dorées ; un groupe en plâtre bronzé sur son soc de bois doré, porté sur une petite table de bois ; deux figures en bronze montées sur leur soc; un antique de marbre; une autre petite statue en pierre ; une autre petite statue de marbre, en groupe; deux grands vases de porfire garnis d’orne-

i34 PAUL-GUILLAUME LEDOUX.

ments de cuivre doré d’or moulu; trois autres vases de porcelaine, dont deux avec leurs couvercles.

Dans une garde-robbe : deux estampes sous verre dans leur bordure de bois doré; un vieux coffre-fort trouvé ouvert et vuide.

Dans un cabinet ayant vue sur la rue ; sur la cheminée, une paire de petits flambeaux à tige de porcelaine avec bobèches, soc et ornements de cuivre doré d’or moulu ; une petite figure de bronze représentant un musicien^ monté sur son soc de cuivre doré d’or moulu ; une autre petite figure de bronze représentant un homme enchaîné; une tête de bellier en plomb; trois autres morceaux de porcelaine servant d’ornements de cheminée.

Un grand coffre de lac, ouvert et vuide, sur son pied de bois sculpté doré; un bureau de marqueterie à dessus de marbre; une pendule faite par Gosselin à Paris, sur son pied, contenant un carillon avec ornements de cuivre doré d’or moulu ; deux petites têtes de plâtre bronzé ; deux flambeaux de cuivre argenté; vingt-neuf tableaux de différentes grandeurs représentant différents sujets, dans leurs bordures de bois sculpté doré, le tout attaché sur la tapisserie dud. cabinet, qui est de grosse toile rouge; un petit médaillon représentant un Vieillard et un enfant dans un cartel d’argent; trois autres tableaux sur toile.

Sur l’escalier du troisième étage : deux toiles de grands tableaux roulées et un paquet de baguettes dorées.

(Arch. nat., Y 12491.)

ANTOINE BOrZOT.

■ GCGXXVIII.

ANTOINE BOIZOT

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