NICOLAS HALLIER
Voici en quelques mots les renseignements utiles que fournit le procès-verbal d’apposition et de levée de scellés :
Nicolas Hallier mourut le dimanche, 24 mars 1686, sur les quatre heures du soir, au dernier étage, sur le derrière, d’une maison de la rue de la Cerisaye, ce qui déjà indique une situation modeste 1. Cependant, le mobilier renferme « vingt-six « tableaux, tant portraits que autres en miniature, » — Hallier peignait-il donc la miniature? — et plusieurs pièces d’argenterie, notamment : « Un bassin d’argent à laver les mains, « une esguière, une escuelle, deux tasses, trois cuillères, trois « fourchettes, une paire de mouchettes avec son tombeau et une « autre cuiller et une autre fourchette. » Une salle au premier étage est garnie d’une tenture de tapisserie de verdure faisant le tour de la salle, sur laquelle sont attachés onze grands tableaux et trois petits dans leurs bordures de bois doré, trois autres tableaux de fleurs, sans bordure, et un autre tableau représentant un Musicien, aussi sans bordure.
L’atelier était installé dans une salle basse.
La veuve de Hallier, Madeleine Turjon, veuve en premières noces de Nicolas Colin, vendeur et contrôleur de la marchandise de foin à Paris, se présentant comme créancière de la succession, demande qu’on recherche l’inventaire fait après la mort de son premier mari, comme devant justifier la légitimité de ses réclamations, ainsi que son contrat de mariage avec Nicolas Hallier. Elle désigne, pour faire inventaire, le notaire Gury Guichard.
Les héritiers naturels sont Denis Hallier, aide à mouleur de bois à Paris, François Hallier, marchand bourgeois de Paris, frères du défunt, et Marie-Anne Vaze, veuve de Nicolas Hallier, bourgeois de Paris, comme tutrice de ses enfants. Ils consentent, comme la veuve, à la levée des scellés...
Surviennent les religieux et prieur du couvent des Célestins, propriétaires de la maison où le défunt est décédé, comme ayant des termes de loyer à réclamer. Les héritiers répondent
I. Il fut enterré et inhumé à l’église Saint-Paul, sa paroisse, le 26 mars. Voyez son billet de décès dans la publication récente du registre de Reynez par M. O. Fidière. Sur ce billet on a ajouté à la main : mort le 2 5 mars 1686, âgé de 5 1 ans. On voit par cet exemple qu’il ne faut pas ajouter une foi aveugle aux dates données par le concierge de l’Académie.
NICOLAS HALLTER.
qu’au lieu d’être débiteur, leur parent était créancier des Célestins « pour les ouvrages qu’il a fait pour eux. » Le prieur réplique que ces tableaux se trouvent encore dans l’atelier de l’artiste.
Les tableaux portés à l’inventaire sont estimés par Gabriel Blanchard, peintre ordinaire du Roi et professeur en l’Académie.
En procédant, le notaire découvre le testament daté, du 24 mars i685, et cacheté de deux cachets de cire d’Espagne, portant pour empreinte un chevron brisé, accompagné en chef de deux lézards et en pointe d’une croix potencée. L’ouverture du testament est faite par le lieutenant civil.
Les opérations de l’inventaire sont poursuivies sans incident notable et sans opposition digne d’être notée.
De pièces inventoriées il résulte que la dame Turjon avait fait don à son mari d’une rente de cinquante livres et d’une somme de dix mille livres.
Ensuite les parties se transportent au village de Brévannes, où le défunt avait une maison et quelques meubles.
Les opérations finies, la veuve réclame non seulement le mobilier qui lui appartient en vertu de l’inventaire fait après le décès de son premier mari, mais aussi le remboursement des sommes payées par elle pour l’entretien et nourriture du s. Hallier, « parce qu’il est constant, ajoute-t-elle, que led. deffunt « Hallier n’a voit aucuns biens quand lad. Turgeon l’a espouzé, (( au contraire debvoit plusieurs sommes de deniers, mesme de « son voyage qu’il a faict en Italye, et le tout a esté payé des « biens et revenus que lad. Turgeon avoit et qu’elle a apportez « avec luy, concistans en meubles, vaisselle d’argent, deniers « comptans, contrats de constitution de rente, que les deniers « proceddans du prix de la vente qu’elle a faicte de la charge de « juré controlleur de la marchandise de foin, de laquelle estoit « pourveu led. deffunt Nicolas Colin, son premier mari, mon- « tant à plus de quarante mille livres... »
Tous ces détails, qui présentent sous un assez triste jour le s'' Hallier, n’ont qu’un mince intérêt, aussi bien que la liste des meubles retrouvés et repris en nature par sa veuve. D’ailleurs, ces objets se retrouvent dans le scellé mis sur les biens de Marguerite Turjon, morte le 2 janvier 1691, scellé dont on trouvera l’analyse un peu plus loin. Un certain diamant porté à