TRÈS HUMBLES REMONSTRANCES
Que font à Monseigneur le marquis de Louvois la veuve et héritiers du sieur Le Brun sur lé mémoire des tableaux et desseins mis à part par M. de la Chapelle, et que Monseigneur a ordonnés estre mis entre les mains des sieurs Houasse et Yvart., sur lesquelz ils suplient très humblement Sa Grandeur de leur rendre justice.
Du nombre des tableaux, il y en a deux seulement, dont l’un est l’original de la Flagellation et l’autre une première pensée de la Nativité de Notre Seigneur, que lad. veuve et héritiers Le Brun suplient très humblement Monseigneur de leur accorder, estant le seul ouvrage de la main et dessein dud. s. Le Brun par lesquels il puisse rester dans la famille quelque marque qu’il ayt esté peintre, et qu’il a faits à ses heures de loisir pendant près de trente années qu’il a eu l’honneur de servir le Roy. La pensée de la Nativité est un présent que led. deffunt a fait à sa veuve. Elle espère de la bonté de Monseigneur qu’il ne la privera pas de cette consolation.
La coppie des Innocens, d’après le tableau du s" Le Brun., a esté faite par le s*’ Verdier avant qu’il fût à la pension du Roy, çt il n’y a personne dans les Gobelins qui ne certifie à Monseigneur qu’il y a plus de dix-huict
CHARLES LE BRUN
ans que l’on l’a veu dans les apartemens dud. s. Le Brun.
La copie d’ébauche représentant la seconde Conqueste de la Franche-Comté, non achevée, a esté faite aux dépens dud. s. Le Brun.
Le tableau, peint par led. s. Le Brun à la manière de Rubans, représentant un Arc de triomphe, a esté faict pour la ville de Paris lors de l’entrée du Roy, avant qu’il eut l’honneur d’estre à Sa Majesté.
Au nombre des cartons dessinez à Rome d’après la gallerie des Carraches, il y a trois desseins de la main du Dominiquain que M. de la Chapelle y a joints. La veuve et héritiers Le Brun suplient Monseigneur de leur permettre de luy représenter quelesd. trois desseins appartiennent aud. s. Le Brun qui les a acheptés de particuliers.
Les deux tableaux d’animaux, de la main du s. Licherie, ne sont pas aussy du nombre des tableaux qui apartiennent au Roy et ne sont point compris dans l’inventaire dont le s. Yvart est chargé.
Il y a un portefeuille de desseins d’anciens maistres qui ne sont point aussy du nombre des desseins du Roy et qui apartiennent aud. s. Le Brun.
Tous les autres desseins qui ont esté mis dans des portefeuilz ne sont pour la pluspart que des estudes et des pensées légères d’ouvrages qui sont exécutés. La veuve et héritiers dud. s. Le Brun suplient très humblement Monseigneur de leur remettre ces choses que ledit defîunct a cru tellement luy apartenir qu’il en a disposé par son testament ; ou, si Monseigneur ne l’a pas agréable, d’en faire séparer au moins les desseins des ouvrages qui ont esté faits pour des particuliers
i54 CHARLES LE BRUN.
avant que led. s. Le Brun ayt eu l’honneur d’estre au Roy.
Il y a principalement entre ces desseins une estude particulière dud. s. Le Brun sur la Phisionomie et sur les Passions qu’il a faite avant que d’estre au Roy, peu utile à Sa Majesté, que la famille regarde comme une chose qui luy est très chère et très précieuse. Ce seroit une chose très fâcheuse pour elle que d’en estre privée, d’autant plus que cette estude ne regarde nullement les ouvrages de Sa Majesté.
En tête se trouve cette double note^ la première de la main de M. de Villacerf :
Monseigneur de Louvoi ne veut rien accorder du présent mémoire. A Versailles, ce 19 novembre 1690. — De Villacerf.
Du 22 novembre 1690 : j’ai montré cet ordre à M. Guérin, l’homme d’affaires de Madame Le Brun, à qui j’avois dit plusieurs fois la même chose que Monseigneur de Louvois m’avoit dit ce qui est porté cydessus dans l’escrit de M. de Villacerf. (Note de M. de la Chapelle.)
NICOLAS ALLIER (vEUVE).
NICOLAS ALLIER (Veuve de)
PEINTRE DE l’aCADÉMIE.
2 janvier i6gi.
Apposition de scellez après le décès de Marguerite Turgeon, veuve, en premières noces, de Nicolas Cottin, et, en secondes, de Nicolas Allier, peintre de l’Académie du Roy, à la requête de Claude Gilbert, ancien prêtre habitué de la paroisse Saint- Paul, créancier de la défunte, comme légataire universel dud. Cottin, son premier mari.
Dans le mobilier sont compris des tableaux représentant : l’Assomption, — saint Sébastien, — un crucifix, — un Christ, — saint Jean, — l’Annonciation, — une Vierge, — un paysage, et trois autres tableaux ou portraits, attachez sur une tenture de sept pièces de tapisserie à personnages faisant le tour de la chambre.
De nombreuses oppositions interviennent pendant la levée des scellés pour le loyer de la défunte, pour différentes dettes ou legs pieux, et surtout en raison de la donation faite par le Roy à Estienne Cuvillier, son valet de chambre, des biens de la défunte, biens acquis au Roy par déshérence, aubaine et bâtardise.
(Arch. nat., Y 12538.)
ETIENNE LANIEL'