NATCHEZ
tone. Si les calculs que j*ai faits sont exacts, le lombre des steamers qui se perdent annuellement Jur le grand fleuve occidental (le Mississipi) , peut ;e diviser en trois parties égales, c'est-à-dire lu' un tiers est coulé par les snags ou chicots; un leuxième par suite d'une explosion de la chaulière; et, enfin, le troisième, par l'effet d'un incendie accidentel. Ce dernier genre de sinistre se léclare assez souvent , comme on le voit ; et cela Je conçoit, il n'entre presque que du bois de sapin, ie ciguë, et d'autres bois légers, dans la composition de tous ces pyroscaphes. Ces substances ligneuses sont si sèches et en même temps si combustibles, que la moindre étincelle se propage avec l'impétuosité du feu-grégeois, depuis la poupe jusqu'à la proue, avant que l'équipage puisse recueillir assez de présence d'esprit pour combattre les flammes. Ces effrayants incendies prennent naissance parfois dans le grand salon de la première cabine, où on a l'habitude insensée de maintenir, excepté au cœur de l'été, un énorme poêle en fonte, dans un état d'incandescence presque permanent.
La ville de Natchez, sur laquelle Chateaubriand a jeté le magique manteau de sa poésie, est située dans l'État du Mississipi, à 280 milles au nord de la Nouvelle-Orléans. L'on aperçoit encore dans le quartier nommé « Natchez-sur-la-Montagne, » les ruines du Fort-Rosalie, mentionnées par l'illustre
auteur d*i4/«/fl, dans le chef-d'œuvre auquel nous faisons allusion. La partie basse de la ville, qui s'appelle n Natckez-sous-ta-Coltine , » a été, pendant de longues années, le repaire d'une bande de scélérats qui semblaient s'y être donné rendezvous des points les plus opposés de la terre. Mais, on a remarqué que, à dater de l'époque où un horrible ouragan vint, il y a une dizaine d'années, fondre sur Natchez et ses environs, frappés en moins d'un quart d'heure des ravages les plus dévastateurs, le brigandage, la piraterie, et même l'ivrognerie, qui en est souvent la mère, sont allés toujours en décroissant, soit que les horreurs de la trombe aient paru aux méchants être des mani- 1 festations de la vengeance divine, soit que la crainte de nouveaux malheurs purement matériels, leur aient donné l'idée de transporter ailleurs leurs I lares domestiques. Un disciple de Pythagore pourrait croire que, par un effet de la métempsycose, ils se sont réfugiés dans les corps des panthères et des ours noirs, qui infestent quelques-unes des forêts voisines; ou bien que les jeunes caïmans, que nous avons vus se chauffant au soleil sur les gros troncs d'arbres abattus, dont la plage était jonchée, ainsi que les énormes araignées à soie, qui y abondent pareillement, ne sont autre chose que des métamorphoses des Ali-Babas fugitifs de Natchez.
Indépendamment de Natchez, les seuls endroits
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importants que l'on découvre en descendant le Mississipi, depuis Saint-Louis jusqu'àla Nouvelle- Orléans, sont Memphis, eu Tennessee, et Vicksburg; ensuite Bayou-Sara, et enfin Bàfon-Rouge, qui est présentement la capitale ou chef-lieu de l'État de la Louisiane*. Le nom que porte cette ville a pour origine un sanglant massacre des Indiens, dont ses premiers colons se sont rendus coupables.
* NoiiB ciplinuerons dftna an chapitre ultérieur d'aprËa quelle r^le est déterminée actueileni<>nt aux Ëtaïa-Unis la position ds chacun de Isun cbeb-lieux respectif.
IlO SCÈNES AMÉRICAINES.