LA NOUVELLE-ORLÉANS
ilesse, la marquise de Pontalba, vient d' embellir notablement la grande a Place d* Armes » (sise en face de la nouvelle cathédrale catholique, dans cette première municipalité) , par la construction d'une longue terrasse de jolies maisons.
Parmi les élégants hôtels publics, dont les villes américaines ont si justement raison d*être fiëres, celui qui méritait de figurer en première ligne, c'était, sans contredit, « Y Hôtel Saint-Charles, » à la Nouvelle-Orléans. Son dôme, dessiné sur le modèle de celui du Panthéon de Paris, mais dans des proportions réduites, était le point de la ville qui se découvrait d* abord aux regards de celui qui s'en approchait, n'importe de quel côté. 11 contenait deuJiL mille pièces ou logements séparés. Aujourd'hui, la <{ Crescent-CUy » n'est plus couronnée par ce que Ton pouvait appeler son ^{diadème)) . Peu de mois après mon départ de la Louisiane, j'appris par les journaux que ce splendide hôtel venait d'être détruit par l'un de ces effroyables incendies si fréquents aux États-Unis, qui leur sont une proie par excellence 1
Durant mon séjour dans ce pays du Sud, le révérend père Matthew, apôtre de la tempérance, opérait à la Nouvelle-Orléans des merveilles parmi les Allemands, les Irlandais et d'autres émigrés. Il ne paraîtra peut-être pas hors de propos que je rappelle ici la manière singulière dont se manifesta à son égard, dans une solennelle occasion, le res-
2|8 ScàNES AMÉRICAINES.
pect que quelques-uns de ses admirateurs désiraient lui témoigner. Pendant la durée d'un banquet d'honneur, auquel ce prêtre charitable avait été invité par les notabilités de la ville, le maire, jî qui était Américain, se leva et dit, en s' adressant aux nombreux convives : « Messieurs, j'ai Thon- p neur de vous proposer le toast suivant : « Au 1^* « grand Mississipi de l'humanité, au vénérable « « Père des Eaux, » notre digne hôte ici présent! » Malgré tout le zèle que ce dévoué missionnaire a déployé partout où il a passé, au Nouveau- Monde, il n'est pas présumable que la Louisiane r imite de si tôt l'exemple que l'État du Maine a donné récemment à toutes les autres provinces de l'Union. Sa législature défend avec une rigueur extrême la vente de toute liqueur spiritueuse, hors le cas où elle peut servir comme moyen médicinal. Le rhum, le genièvre, le whiskey, l'eau-devie de France, toutes les boissons fortes, pour lesquels l'Américain n'a que trop de penchant, ont été proscrites sans pitié. Les cabarets de l'État ont tous été fermés ; et, si certains individus s'enivrent encore, ce n'est que dans les parties les plus cachées de leurs demeures ; là, où il ne vient pas souvent à la police l'idée de plonger son regard scrutateur. Mais, quant à la Louisiane, le commerce des spiritueux est, pour la Nouvelle- Orléans d'une trop grande importance pour qu'on puisse espérer l'anéantir aisément. Il en est de
LE MISSISSIPI. /t9
même quant à cette puissante métropole du Nord, la ville de New- York.
Nous n'avons pas besoin sans doute de faire remarquer au lecteur instruit que la Nouvelle- Orléans est située loin de Tembouchure proprement dite du Mississipi ; cette distance est de 30 lieues environ, bien que nos géographies européennes nous laissent à penser que la Nouvelle- Orléans est un port de mer, dans la véritable acception du mot. U embouchure du « Père des Eaux » mérite d'attirer l'attention du touriste, car c'est d'elle qu'il s'agit quand on parle du fameux « delta du Mississipi » , sur les déplacements périodiques duquel les géologues des universités de l'Europe ont soin, chaque année, dans leurs cours, de donner des explications à leurs auditeurs. Tous les voyageurs qui ont pénétré par là dans le golfe du Mexique, savent qu'après avoir dépassé les quatre bouches du Mississipi, ils peuvent distinguer, même après avoir perdu la terre de vue, le courant blanchâtre du grand fleuve, qui continue ainsi à rouler majestueusement ses eaux troubles dans le sein bleuâtre du golfe , avant de s'y confondre.
Pour se former une idée des plus exactes de l'étendue de la portion navigable du Mississipi, l'on ne saurait mieux faire que d'ouvrir une carte de l'Europe, et de se représenter un immense cours d'eau, dont la source serait placée auprès
50 SCÈNES AHtniCAINES.
de Stockholm, en Suède, et qui se jetterait dans la Méditerranée à côté de Marseille, après avoir traversé, si cela était possible, les terres et les mers interméditùres.
Le fleuve merveilleux dont nous venons de descendre le cours fut découvert, en 1672, par nn . missionni^re Franciscain (le Père Hennepin*). ' Son nom actuel n'est qu'une légère modification | du terme indien Metscha-Seebi, sous lequel il était primitivement désigné par les admirables enfants de ses forêts étemelles. ;
* Certains auteurs attribnent cette dâcouTeru à Ftrnftud* de i Soto, l'un dea compagnons de Ptzarro. Quoi qu'il en soit, il paraît IncoDteitable qn'aucun Enropéen n'avait Irayené le HlsâiBaipi I ayant le Père Hennepin ; eefut cemenieniisaionnairequi.lepWiQier, annonça aux Espagnols et aux AnglaiB l'eiisience dm cat*ncw« di Niagara.
l'alâb^ama. 51