‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 23 sur 91 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

CtSMA {SmU,)

ion luxuriante. — Champs couverts d'ananas, de caféiers, sotiers, de bananes, etc. — Palmier « Royal. » — Arbre- 1. — Tapioca. — Un chemin de fer cubain. — Un puits len. — Oiseaux colorés des tropiques. — Phoques. — 18 muets. — Descendants des anciens Cubains. — Deux rs.

* Ti» merry.' tis merry, io Fairy-land,

When Fairy birds are tiogini;...

When th« deer sweeps hy, aod tbe hoonds are io erjr.

And the hunier'» horo i» ringiog.

(\TALTKii Scott, la Dame du Lac)

n ne peut donner une idée juste de l'extrême lité du sol de Cuba, ni de l'admirable value la nature a prodiguée partout à sa végé- . En allant de la Havane à Matanzas , nous sions à chaque instant une scène nouvelle, beauté du paysage semblait devenir de plus is incomparable. Dans bien des endroits, Ton ivient , malgré soi ^ du dessin de la Forêt ? au Brésil, si habilement exécuté par feu

M. le comte de Clarâc , de l'Institut , à cause de Tanalogie entre la végétation qui y est représentée et celle que Ton a maintenant sous les yeux. Un peu plus loin, nous nous trouvions au milieu d'un vaste champ où Ton ne voyait, adroite et à gauche, que des ananas. Puis, nous entrions dans d'immenses plaines , çà et là montueuses, qui étaient couvertes de caféiers, de bananiers, de cotonniers, de cocotiers chargés de fruits ; et, de loin en loin, sur un tertre élevé, se montrait un massif de gracieux palmiers royaux. L'on rencontre parfois, même aux portes de la Havane , un beau hevœa (caoutchouc) : si l'on y fait une incision à la tige avec un canif, la gomme élastique ne tarde pas à en exsuder, sous forme d'un liquide blanc, qui devient promptement brun et visqueux en s oxydant à l'air.

L'arbuste qui produit le tapioca croît également sur divers points de l'île. C'est avec une fécule extraite de la racine de cette plante, laquelle est désignée sous le ttom de manioc^ que les indigènes de Cuba fabriquent leur pain de icassave; mais il est essentiel , avant d'opérer l'extraction de cette fécule, de dessécher les racines par une forte pres^ siôn , puisque le liquide qui en découle est nu poison énergique. Quant au tapioôa , il s'obtient j de la même fécule, par un procédé de granulation i très-simple. |

Au milieu da tous ces jproâuitb ttépiéàuk^ éi

remarque fréquemment la môme espèce d'arbre-à* pain que Ton rettcontre aux Indes-Orientales. Oh retrouve à Cuba l'immense vigne sauvage {grape* vine) dont on a tant d'occasions d'admirer le déve^ loppement dans les forêts qui bordent le Mississipi, Semblable à un serpent colossal, elle enlace d'abord de ses plis tortueux la tige de tel ou tel arbm séculaire^ dans toute sa longueur. Puis, après s'être accrochée à la cime d'un arbre voisin, elle l'embrasse de la même façon spirale, mais en sens éoutraire. Dans sa marche descendante » il n'est pas rare de la voir ployer les deux troncs vénèrables^ au point d'en déterminer immédiatement la rupture. Sur d'autres parties de votre route, les mangliers épais répandent leurs larges ombrages.

Un végétal, dont T importance égale celle de tous les autres réunis que nous avons cités, à raison des services signalés qu'il a rendus et qu'il rend encore à l'humanité, l'humble pomme de terre elle-même, fut trouvée, on le sait, par Colomb ^ dans l'île de Cuba, lorsqu'il y aborda pour la première fois. Il n'y a là, au fond, rien qui doive nous surprendre, quand il s'agit d'un pays si célèbre pour son tabac que Test Cuba : personne n'ignore, en effet, que la pomme de terre et le tabac appar* tiennent j en botanique j à la même famille des solanées.

A peu de distance d'un certain point de la côte de cette lie Ibrtunée ^ une soiirce d'eau parfaite^

ment douce jaillit sans cesse au-dessus de la surface de la masse salée qui l'environne. Il n'est pas rare de voir les Cubains , ainsi que les équipages de quelques bâtiments étrangers, aller s'approvisionner à ce puits artésien d'un nouveau genre.

Il y a un chemin de fer de la Havane à Matanzas, dont le trajet est de 80 milles ; mais le touriste ne perd aucunement, en voyageant de la sorte, les agréments de la campagne dont nous avons parlé, attendu que le convoi marche avec une lenteur passable, qu'il s'arrête longuement à diverses reprises, et que nulle part, dans tout son parcours, le paysage n'est dérobé à la vue ni à droite ni à gauche. Cette voie ferrée, qui a un embranchement avec Cardenas, est, du reste, parfaitement organisée. En cas d'un accident quelconque, les directeurs et leurs employés sont sévèrement punis, s'il est prouvé qu'on doit l'attribuer à la plus légère inadvertance de leur part. De plus, les wagons sont, à l'intérieur, très-confortables et d'une propreté extrême. Jamais vous n'y êtes tourmenté par cet odieux crachement autour de vous, qui fait partie des habitudes de la classe mâle aux États-Unis, dans presque toutes les phases de la vie. Vous n'y voyez pas, non plus, les bottes plus ou moins crottées de vos compagnons de voyage, appuyées, à l'américaine, par ceux qui les portent, sur les dossiers des sièges, out près de vous. Les Cubains ont prévu le dan-

ger d'un pareil événement, vu que bon nombre d'Américains font de nos jours des excursions dans leur île ; voilà pourquoi ils affichent dans chacun de leurs wagons un avis, priant, avec une fermeté polie, les voyageurs de ne pas profaner leurs « asientos » (sièges couverts de coussins) avec leurs pieds. En songeant aux avantages variés qui s'attachent au chemin de fer de Matanzas, l'on ne doit pas s'étonner ni se plaindre si le prix des places est assez élevé.

Il peut être utile, pour la gouverne des touristes qui visiteront après moi l'île de Cuba, de parler ici d'un embarras fort grave où je faillis me trouver, lors de mon excursion de la Havane à Matanzas, pour ne m' être pas muni préalablement à la police d'une permission spéciale de voyager dans l'intérieur de l'île. Je m'étais figuré que le petit passeport que m'avait remis l'alguazil, le soir de mon débarquement, aurait suffi : il n'en était rien. Et sans l'intervention du consul anglais à la Havane, qui me procura une audience particulière dn capitaine général, le Condé Alcoy (général Roncali) , non-seulement je me fusse vu condamner à une amende assez forte, mais, en outre, il ne m'eût pas été permis de quitter l'île aussitôt que je l'aurais désiré.

Au fond, je ne trouvai pas ces mesures de police trop sévères, car nous étions à la veille de l'une de ces déplorables invasions de flibustiers.

auxquelles le feu pirate Lopez a si tristement donné la première impulsion ; le gouvernement colonial les attendait. Ici, Ton ne peut s'empêcher de s'écrier, avec une juste indignation : « Jusqu'à quand les principales nations civilisées de l'Europe tolèreront-elles, les bras croisés, ces atroces tentatives, qu'osent réitérer encore, de temps en tempsj les boucaniers américains contre l'île de Cuba? » A l'heure qu'il est, leurs projets de brigandage ont atteint un effrayant développement. La société inique que ces archi-bandits ont récemment organisée, sous le nom de « Ij>ne Star » (l'étoile solitaire) , a déjà étendu ses fatales ramifications jusqu'aux quatre points cardinaux de la belle République de l'Union. Elle devient, en quelque sorte, un immense arbre de mort, qui, semblable au Bohun Upas de l'île de Java, envenimera toute l'atmosphère morale de la nation, si l'on ne se hâte de l'abattre. Il appartient à l'Angleterre, surtout, de mettre la cognée à la racine, et d'exterminer sans retour l'affreuse hydre de discorde qui grandit à son ombre. Si jamais ces voleurs sur une grande échelle réussissent à s'emparer de la « Perle des Antilles » , que la fière Albion tremble alors pour a l'émeraude » de ses propres possessions aux Antilles! Nous voulons parler de la Jamaïque, où les forbans pourront facilement aborder vingt-quatre heures après avoir mis à la voile de l'île de Cuba.

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Ge n'edt pas précisément à raison des revenus qu'elle rapporte , que TEspagne désire conserver cette charmante colonie. Elle y tient surtout à cause de sa position topographique ; car ce n'est pas à tort que Cuba a été appelée la u clef du golfe du Mexique. » Le commerce de cette île, qui était jadis fermé à tous les étrangers, a été rendu libre en 1824, peu de temps après l'expédition du duc d'Angoulème à Cadix. Le fisc espagnol ne tirait presque pas de revenu de cette colonie, avant 1824. Nonobstant les bons effets de la li* berté du commerce , l'île de Cuba ^ qui produit 12 millions de piastres (60 millions de francs) environ par attj en coûte à l'Espagne plus de 10 pour l'entretien d'une garnison de 26,000 hommes, d'Uhd escadre considérable, et d'une multitude d'employés civils et judiciaires.

Le bureau général des postes à la Havane, est soumis à un arrangement qui mérite d'être si^ gnalé ici. Lorsqu'un étranger veut savoir s'il y a^ ou non , des lettres pour lui , ce serait en vaia qu'il adresserait des questions dans ce but^ pendant un siècle, ftux employés, dont pas un bien souvent îie sait d'autre langue que la sienne, l'es* pagnol. N'en ayant que des connaissances imparfaites, lors de mon arrivée à la Havane, je comtnençai, en toute confiance, à questionner en finançais, en anglais et en italien^ les principaux commis de la poste l'un après l'autre ; c'était

comme si je les interrogeais dans la langue de la reine de Saba! L'unique moyen que l'on a donc pour s'assurer de ce qui intéresse tant, c'est de parcourir patiemment une liste volumineuse, que l'on affiche dans le vestibule extérieur, aussitôt après l'entrée au port de chaque navire venant de l'étranger. Malgré la grande attention avec laquelle, naturellement, chacun lit cette liste, souvent votre doute et votre perplexité persistent après l'avoir parcourue ; car les employés espagnols écrivent au hasard une multitude de noms propres, qu'ils n'ont pu que deviner imparfaitement, en les examinant sur l'enveloppe de la lettre étrangère. Quelle que soit leur bonne volonté, ils défigurent, par conséquent, bien des noms, de façon à les rendre complètement méconnaissables.

Parmi les oiseaux qui peuplent aujourd'hui les bosquets et les savanes de Cuba, l'on peut distinguer le perroquet, l'oiseau-moucheetle flamingorose (flamand). Quand on considère de loin une vingtaine, par exemple, de ces flamands, l'on serait porté dans le premier moment à croii'e qu'il y a là un bataillon de soldats, en uniforme britannique de nuance écarlate : et cette image est confirmée par la vue d'un flamingo isolé, que l'instinct fait avancer au devant de sa bande qui stationne au milieu de la plaine. Indépendamment de la cigogne, qui est deux fois grande comme

celle de France, vous trouverez, comme originaires de nie de Cuba, le pivert, le canard, la perdrix et le pigeon-ramier, qui est très-recherché des gourmets à cause de la saveur aromatique que communiquent à sa chair les épices dont il se nourrit. Quant au rossignol proprement dit, il ne se rencontre pas plus à Cuba que dans les autres régions du Nouveau-Monde, bien que les premiers navigateurs espagnols eussent cru, maintes fois, en entendre le mélodieux ramage. L'illustre Colomb se trompait de même, relativement à Texistence, dans cette île charmante, de la vache domestique. 11 a été démontré, par M. de Humboldt, que les crânes trouvés par F illustre amiral, sur la pointe qu'il appelait v Alpha et Oméga, » au lieu d'appartenir à la race bovine, ainsi qu'il se le figurait, provenaient d'une race colossale de phoques ou veaux-marins, qui abondent dans les parages voisins. Dans cette énumération nous ne devons pas omettre le dumb-dog ou chien muet, qui n'aboie jamais; Yutia, sorte de lapin très-estimé, et le guana, qui tient à la fois du serpent et de Tanguille, et dont la chair est très-délicate à manger. Dans les gorges de certaines montagnes de Cuba, l'on a souvent trouvé des parcelles d'or natif, et l'huître à perles, précisément semblable à celle de Paria, se pêche en quantités considérables sur la côte méridionale. La tribu des Monteras, qui sont les descendants de la race primitive des

Cubains, semble avoir hérité du caractère doux et pacifique de ses ancêtres. Nous n'avons pas besoin de rappeler comment, en 1612, le roi Ferdinand reçut la soumission de la « Perle des Antilles » tout entière , sans qu'elle lui eût coûté un seul homme, à dater du premier jour de sa découverte. Aussi les Espagnols de ce temps-là n'avaient-ils nul prétexte pour appeler à leur aide, dans cette conquête, ces atroces instruments d'extermination des indigènes qu'ils employèrent si cruellement dans tant d'autres circonstances : nous voulons parler de cette race sanguinaire de chiens de chasse exotiques connus sous le nom de « bloodhoiinds » (chiens ayant soif du sang). Les abori** gènes de Cuba croyaient à l'existence d'une autre vie : ils se figuraient, suivant Petrus Martyr^ que les échos qui résonnaient du fond de certaines cavernes n'étaient autre chose que les voix des ombres de leurs morts qui demandaient de la nourriture. La découverte de cette colonie délicieuse eut lieu sept jours seulement après celle de Guanakam\ la première terre où Colomb aborda dans l'archipel du Nouveau-Monde; par conséquent elle fut connue avant Saint-Domingue et la Jamaïque. On comprend maintenant pourquoi l'immortel navigateur terminait habituellement ainsi les lettres qu'il adressait à Ferdinand et à Isabelle , du fond des bocages frais et fleuris de son île de prédilection, Cuba : «Souverains ! l'on pourrait séjourner

« dans cet élysée verdoyant jusqu'au dernier inaf( tant de sa vie I »

Pour ce qui est de la population hispanico-çMbaine, elle observe, généralement parlant, les lois d'une manière satisfaisante. C'est à Ténergie du général Roncali que la mère-patrie doit cet heureux état de choses. Sous quelques-uns des capitaines généraux qui le précédèrent , on assassinait souvent en plein jour dans les rues de la Havane. Ce n'est pas que le meurtre ne s'y manifeste plus; car, pendant que je me trouvais dans cette ville, un homme inoffensif fut tué dans l'une des principales rues, au grand jour, par un misérable qui le prit pour un autre dont il voulait se venger. Je fus frappé aussi par un incident extraordinaire qui ar- /iva au moment même où je quittais la Havane pour retourner aux États-Unis. Nous sortions du port à toute vapeur, lorsqu'une gondole du gouvernement se mit soudain à notre poursuite et nous hêla pour que nous arrêtassions tandis que nous doublions la jetée extérieure de la Farola. Aussitôt l'alcade avec deux officiers de police sauta sur le pont, et se mit à la recherche, parmi les nombreux passagers, de deux jeunes commis qui venaient, dans cette même matinée, de s'enfuir de chez un négociant de la capitale en emportant une somme de 20,000 piastres (100,000 francs). Notre brave capitaine eut beau jurer ses grands dieux, de la meilleure foi du monde, qu'il n'avait pas de

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voleur à bord , les argus de Thémis n'en continuèrent pas moins leurs recherches minutieuses. Avant l'expiration d'un quart d'heure, ils réussirent à dénicher les deux industriels dont ils suivaient la piste dans cette partie ténébreuse du fond décale où l'on tenait entassée une immense cargEÛson de charbon anthracite : les voleurs s'étaieot complètement cachés au milieu de cette masse asphyxiante.

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