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CHAPITRE IX

IsA PliOmillE

Le « GulfStream, » ou grand courant équatorial. — Key-West (Floride). — Une fontaine de Jouvence. — Juan Ponce de Léon. — Tortues floridiennes. — Les Indiens-Séminoles et leur chef « Billy-Bow-Legs ». — Oscéola. — Ile de Guanahani. — Canal des Lucayos. — Arrivée à Savanuah (Georgia).

Bat nrhen be câURht tbe vinon wild, The old man raised his face and smiled...

... Once more on praDcinir palfrey borne, He'U earol, light as lark at morn.

(Waltea Scott.)

Non si pnô arer la rou senxa le spine.

(AiuMTn.)

Une heure s'était à peine écoulée depuis que nous francbimes la rade de la Havane , que déjà nous commencions à ressentir Tinfluence favorable du courant célèbre qui est désigné sous le nom du (( Gulf-Stream. » Il décrit autour de la presqu'fle floridienne la figure d'une immense lettre S renversée; de telle sorte que nous l'avions encore en poupe lorsque, dans une autre occasion, nous naviguions du nord au sud dans le golfe du Mexi-

que. Ici , au contraire , dans le golfe de Floride , son cours est du sud au nord et continue ainsi jusqu'à la hauteur du cap Hattéras , dans la Caroline du nord. Il traverse alors l'océan Atlantique par une ligne oblique , et va se dissiper dans les parages situés au-delà des îles Shetland y au nord de r Ecosse.

Nous relâchâmesà Key-West, « Clef-de-l* Ouest » , la plus importante deg troi» grandes villes de la Floride : les deux autres sont Pensacola , près des frontières de FAlabama, et Saint- Augustin , sur la côte orientale de la presqu'île. Cette dernière est la plus ancienne ville de l'Amérique du nord. Ainsi que nous l'avons dit ailleurs, son climat est regardé par les médecins comme utile pour la guérison des affections pulmonaires. A Key-Wes^ nous embarquâmes cinquante énormes tortues vivantes» destinée^ aux amateurs de soupe hujusce generis dans la Caroline du sud , où nous devions en définitive nous arrêter. Ces testacées abondent en quantité fabuleuse aux environs du groupe d'îles qui se trouvent dans le voisinage immédiat, lesquelles, en raison de cette circonstance, ont reçu le nom de Tortitgas (c'est-à-dire Iles-à-Tortues). On profite ordinairement, pour les surprendre , du moment où , au reflux de la marée , elles s'assemblent sur les rebords des rochers et semblent y dormir. Quelquefois on a recours, pour les pécher du fond de l'eau , à un petit poisson

•nt la tête est munie d'une infinité de suçoirs. 5lui-ei s'attache avec un tel acharnement à tout I qui n'appartient pas à sa propre espèce , qu'il laisse couper en morceaux plutôt que de lâcher i prise. Non-seulement une grosse tortue , mais icoreun vorace requin a éié péché à l'aide de ce îtit poisson singulier; le pêcheur n'a, pour réusr, qu'à le lier solidement au bout d'une ligne ou une corde. Parmi les tortues des Tortugas , il y 1 a d'une grosseur merveilleuse. L'année passée, 1 bâtiment, naviguant près de la côte orientale 3 la Floride, heurta ce que le capitaine crut abord , à cause de son aspect et de son volume )nsidérable , être un rocher ; ce n'était autre Sose qu'une tortue endormie sur la surface de Océan. Et notre propre bâtiment rencontra, dans Qe autre latitude du golfe de Floride , très-loin une terre quelconque, une tortue gigantesque ai nageait avec une rapidité inouïe. Il est présuable , & ce que l'on m'assura , qu'elle arrivait de me des îles Bahamas, et qu'elle se dirigeait vers s Tortugas , où elle devait retrouver peut-être ;s parents ou des amis. Quelque fécondes en rtues que soient les lies que nous venons de entionner, elles n'en produisent aucune dont la irapace puisse servir à la préparation de Técaille. ette dernière espèce ne se rencontre guère que ir les côtes de l'océan Pacifique , qui sont situées atre le Chili et l'isthme de Panama. Dans le golfe

de Floride, nous eûmes en outre Voccasion de voir un nombre considérable de nautilus ou d*argonautes passer à droite et à gauche de notre steamer ; on dirait de délicieux petits navires en albâtre , avec toutes leurs voiles déployées , cin* glant vers les plages de Lilliput.

Rien que le simple nom de la Floride réveille le souvenir de la manière curieuse et fortuite, dont ce pays intéressant fut jadis découvert. Au commencement de Tannée 1512, le gouverneur de Porto-Rico, nommé Juan Ponce de Léon , apprit, de la bouche de certains vieux Indiens de nie, qu*il existait, à deux semaines de navigation, | vers le nord-ouest, un pays tellement fertile qu'il devrait être appelé le jardin du globe tout entier; ^ que l'or, l'argent et les pierres précieuses, n'attendaient, au milieu des solitudes éternelles qui y régnent, qu'une main pour les ramasser ; mais, | par dessus tout , que cette ravissante oasis était ^ arrosée par une rivière dont les eaux jouissaient | de la propriété de ramener à la jeunesse l'homme le plus avancé en âge. Or, Juan Ponce de Léon n'aspirait qu'à échanger les rides et les neiges de la vieillesse, dont il commençait à ressentir les atteintes, contre cette fraîcheur vivifiante et cette beauté vigoureuse que l'aurore de la vie peut seule accorder. Il se hâta donc d'équiper à ses propres '^ frais huit caravelles , et à prendre la mer, pour aller à la recherche de sa fontaine de Jouvence.

Après avoir été ballotté plus de quinze jours par des tempêtes inusitées, et avoir perdu un de ses vaisseaux au milieu d'un ouragan, il arriva, le dimanche matin 27 mars, en vue d'une côte qui l'enchanta profondément, par la riche verdure et les fleurs éclatantes qui la paraient, même à l'extrême bord qui était baigné par la mer. Ce coupd'œil, que dorait dans ce moment-là un soleil splendide, lui suggéra l'idée de donner à l'admirable région qui s'étalait sous ses yeux , un nom en quelque sorte de circonstance, a Comme c'est «aujourd'hui, s'écria-t-il, le dimanche des Ra- « meaux, qui se traduit en latin par les mots « Pascha-Florida, et comme cette plage que voilà « est frangée des fleurs les plus brillantes, ce pays « sera désormais désigné sous le nom de Florida. » A peine Teut-il ainsi baptisé, qu'il vit accourir du fond d'une forêt une horde de sauvages tatoués, qui poussaient d'aflreux hurlements. Sans lui donner le temps d'expliquer la nature toute pacifique de sa visite, ils se mirent aussitôt à décocher sur les caravelles une nuée de flèches.

Après un combat courageusement soutenu de part et d'autre, les sauvages prirent la fuite , et l'intrépide sire Ponce de Léon débarqua, afin d'aller à la recherche de la fontaine de Jouvence. Il continua à errer, pendant plusieurs jours, à travers des labyrinthes de verdure presque inextricables, et fit, plus d'une fois, l'expérience d'un bain froid

dans telle ou telle pièce d'eau qui se présentait , mais point de fontaine de jeunesse ! Bien au contraire ; car, peu de temps après son retour à Porto- Rico, il mourut des suites d'une blessure vraisemblablement faite par une flèche empoisonnée, qu'il avait reçue dans son escarmouche avec les sauvages de Florida.

Indépendamment de la célébrité que la découverte de la Floride a acquise au nom 4e Juan Ponce de Léon, l'on voit, par l'épitaphe suivante, qu'il mérita, grâce à sa carrière antérieure, d'occuper une place distinguée dans les annales maritimes :

Mole sub hac fortis requiescunt ossa Leom't^ Qui vieit faclis nomina magna suis *,

La Floride fut cédée par les Espagnols à l'Union américaine, en 1821. Depuis lors, le gouvernement fédéral y a trouvé , à diverses reprises , une rude besogne, suscitée par les Indiens Séminales, dont il reste encore quelques tribus dans les forêts de l'intérieur de la presqu'île floridienne, que l'on appelle les Everglades (clairières toujours vertes). C'est ainsi qu'en 1835-1836 les Séminoles, ayant & leur tête Oscéola, chef extrêmement brave et habile , ne cessèrent de soutenir une guerre sanglante contre le gouvernement. Bien qu'à la mort

* Dans ce sépulcre reposent les os d'un homme, qui était un lion de nom, mais il Tétait bien plus encore par ses hauts faits.

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d'Oscéola aes preux guerriers se soient, en majeure partie, dispersés au loin, il existait pourtant, pendant mon séjour en Amérique, un lambeau de son ancienne tribu , assez formidable pour nécessiter la rentrée, dans la Floride, d'un nouveau corps d'armée expédié de Washington. C'est seu* lement depuis peu de mois que le cacique de ce restant de tribu a conclu un traité durable de ^wi avec ses maîtres blancs. Ce successeur d'Oscéola porte pour nom Billy Bowlegs, c'est-à-dire GuU* laume-le-Cagneux.

En remontant le golfe de Floride (appelé par les Anglais le Canal des Lucayos)^ l'on éprouve un regret des plus vifs de ne pouvoir découvrir des yeux cette ile de Guanahani , que nous avons mentionnée plus haut. Elle fait partie, cependant, du groupe des îles Bahamas , que nous avions sur la droite, à une distance qui n'était pas considérable.

Christophe Colomb lui donna, le jour mémorable de sa découverte (là octobre 1492), le nom de SanSalvador, en l'honneur de Celui dont il plantait pour la première fois la croix dans le sol du Nouveau-Monde. C'est sous la désignation de « CatJsiand » (île des Chats) qu'elle est marquée sur les cartes anglaises et américaines. Nous nous arrêtâmes quelque peu, en nous dirigeant toujours vers le nord , au port florissant de Savannah , la plus grande ville de l'état de Georgia. Bien qu'elle

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soit bâtie au milieu d'une immense plaine de sable, elle devient, à une certaine époque de chaque année, le séjour d'une multitude de familles de haut rang , qui s'y rendent du fond des États de Massachusetts, de Connecticut et de New-York; afin de jouir de la salubrité de son climat, et de l'ombrage agréable que produit, dans ses rues, une double rangée de magnifiques arbres , qui croissaient là , sans doute , longtemps avant que la première maison de la ville fût construite. La population de Savannah est actuellement de 28,000 âmes. L'État de Georgia est l'un de ceux où l'esclavage ( sur lequel nous reviendrons dans le chapitre suivant) est maintenu avec le plus de fermeté opiniâtre.

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