LA VIRGINIE
dessus un petit cours d'eau appelé Crique du Cèdre. A partir de la surface de cette rivière jus-^ qu'au point le plus convexe du pont , il y a une hauteur de 215 pieds; la largeur en est de 80; enfin, ce merveilleux pont a une longueur de 95 pieds.
Il n'existe nulle part, peut-être, de territoire où Ton trouve réunie, dans un rayon relativement limité et circonscrit, une aussi grande variété d'eaux minérales que dans la Virginie. C'est ainsi que vous y rencontrez , par exemple , des sources contenant du sulphydrate de mono^sulfure de sodium , comme les eaux de Bagnères en France ; des sources riches en bi-carbonate de soude, semblables à celles de Vichy ; des eaux tenant en dissolution du sulfure de calcium , comme celles d'Enghien; d'autres, renfermant des quantités aussi notables de sous-carbonate de fer, que les eaux d'Harrowgate, en Angleterre, etc. , etc. Parmi toutes ces sources, quelques-unes sont thermales à un assez haut degré.
La Virginie a pour capitale Richmond, très-jolie ville, renfermant 26,000 habitants. Elle est singulièrement bâtie sur huit collines distinctes , entre deux desquelles coule, avec des murmures toujours rauques , la rivière James. Les rapides qui y abondent l'empêchent d'être propre à la navigation , en amont et en aval de la ville ; mais, en revanche, les habitants de Richmond tirent un grand
i^ 8CÈNES1 ▲«tlLIC^INES.
grofiti ^ «tte çtfcipiwtamçe , e« tnwfc|^ii»aut fort in^DÎ^^V^^^t^ ^^ IV'JuM^^ çt çe^ çakscade3L en fqrc^. motrices po wp Içuj^ faouU,9f^ à blé^ ;, I4 farine cb ]^ Virgivi^ v^t oo preiqû^ Ugne, pçmr la cpi^lité^ ^^ çdlQ 4^VÉt^ ^ rOlûOi^ dao^le Nord.
1^.(^ \^^ de j^cbmofidt y<m^ 3^v^ wi9 X^^ tfQ|p, pittore^i\^ppur méritçr le qppi qu'elle portç : 1^ J^fQffçfyràuffi ^ c'es^-à-çUre le VçUqïi <fe /loi pou^r $wijl^s(m^nt^^ ai^^î ^^^igi^ ^ raiso9 d/es ^pyeo^ 4'ç}(^çpia.atioQ, qu'y ço^oyèr^^ jadis les l^l^.ç^ contre une horde d'Indiens qui leur opposait \inç résijl^^ce désespérée. Les trilxu^ inij^iei^iAes de la Virginie çAt mérité, ei;i ç^t, ^ prendre p^s^ ^çs rbistoy-çià cû,^ des p^ius bra.ves parnû les Pçaiw-ftoilge^. ÇPAtTe. lesquels. Içs bla^içs aiçn^ j^mai^ eu çççasiou ^ ççtinbs^ttie. Cettç, idée 1^ pr^eç^^ à ^ioj(^ imagination d,'uAe ma^nière t9^t^ sp^c^, £^u moment ç(U no^^ traversions 1^ flapr pjB^a^QC. ^.ei^ ^)pç(^ ^e cette bellç. rivière av^^ient pour msdtres légitimes du sol, 4 l'époque où les pjren[UQri^ Iik^opéer^si y arriv^rçy^it , dans lei dessein delç;s eQ chas^r, e^ dfit teindre les dei^x plages d^ le\ir ^ng, une race superbe do guerriers vor dien^; ç'étaiiçnt,^ ^u dire ^es, chroniqueurs, d,ç^ v^ita^les (j;éants, dont les wigwams. (cabanes) se prolongeraient biçn ay^tnt ^ans les forêts, ^çi U va^^e vallée de 5^euw4ôaiji, ^ui x^'^\ ç^ élqign^
POCAHONTA^. 131
Pu temps 01^ les Indiens de la Virginie épient enscore au CQœWe de leur pyissapce, c'est-à-dire vers le commun cemçixt du X\IV siècle, et au moment où, les Anglais ^ croya^ient à la veille d*y sacrifier forcément leur colonie naissante, ces derni^s virent apparaître tout à coup, au milieu d'eux, une cause de sajut inespérée ; ellie devint à leur ^ard ce qu'est une vpile à T horizon , ou un brillfi^nt phares, pour des infortuné^ naufragésf ex-, pos^s sur uu cadeau à toutes les horreurs d'uu océ/an courrouc^. Cette étoile tutélaire , c'était la fille de Powhattan^ le plus redoutable saçhemi çu roi, qu'eussent eu les tribus du fiappabâuoc, dç^r pviis un temps immémorial.
La, première fois que cette jeune princesse, nommée Pocahontas^ désarma le bras vengeur de son père, elle n'était âgée que de trçize aus. Uu jour, uu célèbre capitaine anglais , attiré par trahison dans le camp de Powhattan, attendait la mort, la tète appuyée sur une grosse pieri:e en guise de billot. A,u moment où, à, uu signal donnëi par le roi lui-même, deux guerriers in^ieus arnpt^ de toïnahavûks (massues de guerre) qu'ils tenaient suspendus, allaient lui fracasser la tête et \^ membres, Pocahontas, s' arrachant des bras dft ses suivantes, s'élança, rapide comme l'éclaiç, vers le lieu de l'exécution, et se jeta sur le corpsi de celui qui allait recevoir cette mçrt affreuse. Codant ^^ 1^ Pf oprç t^^ sur te pierre, çlle s'^-
cria que si les tomahawks tombaient elles frapperaient deux victimes à la fois. — Trois années plus tard, Powhattan trama un complot barbare et bien organisé, qui avait pour objet l'anéantissement entier de la colonie anglaise de Jamestown ; il s'agissait de profiter de la sécurité qu'une paix récemment conclue leur avait octroyée, pour surprendre et massacrer tous les colons, sans exception. Au fort d'une tempête, qui rendait les ténèbres de la nuit encore plus épaisses , Pocahontas s'échappa de la tente paternelle ; et, après avoir bravé seule la fureur des éléments, elle réussit à arriver assez tôt à Jamestown , pour que cette ville pût se mettre en garde contre les malheurs qui la menaçaient. — Peu de temps après cet événement , un jeune officier anglais, nommé Rolfe, frappé par la ravissante beauté de la princesse indienne, et plus encore par son énergie d'âme peu commune, sollicita et obtint sa main.
Il n'est peut-être pas hors de propos d'observer ici que l'Indien diffère, au physique, par une distance immense, du nègre proprement dit, dont il ne présente ni le nez épaté, ni les lèvres épaisses, encore moins la chevelure laineuse ; c'est au fil de soie noire le plus tenu qu'il faudrait comparer les cheveux des Indiens de l'un et de l'autre sexe. Les femmes indiennes, qui sont réeUement belles (et elles sont fort nombreuses ) , nous donnent une idée assez exacte de ce que devaient être jadis ces
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charmantes sultanes, qui jetaient les reflets éblouissants de leurs charmes sur les salons dorés de TAlhambra, pendant la domination des Maures dans l'Andalousie. Quant à Pocahontas, qui offre plus d'un trait de ressemblance avec la Péri Nourmahal^ «la lumière du Harem, » dsius Lalla-Rookh^ cette héroïque princesse mourut en Angleterre, à l'âge de vingt-deux ans, en 1617. Elle avait adopté, en abjurant le culte de ses pères, le nom de Rébecca.
Bien que les esclaves de la Virginie aient toujours été remarqués pour leur douceur de caractère, quelques-uns d'entre eux, à l'instigation d'un scélérat nommé Nat-Turner, s'insurgèrent au mois d'août 1831 et coupèrent la gorge impitoyablement à tous les blancs qu'ils purent rencontrer; cinquante-cinq personnes, y compris des femmes et des enfants, périrent de la sorte. Heureusement que le nombre des misérables auteurs de cette catastrophe ne dépassait pas celui de soixante-dix. Quoiqu'il en soit, la Virginie est le pays de prédilection de tous les esclaves des États-Unis, quelque éloigné de ses limites que soit le lieu de leur résidence. Dans le recueil du « Carillon des Nègres, » auquel nous avons fait allusion plus haut, les bardes sauvages ne se lassent point de s'appesantir sur les charmes de leur « vieille Virginie, » ainsi qu'ils la désignent : (Oh ! carry me back to old Virginny) , etc.
iSk SCÈNBS amAiicaikes.
La ville de Norfolk, eu Vii^iae, avantageusemeni située sur le golie de Chésapeake, possède Fuo des arsenaux maritimes les plus importaiits des États-Unis: sa population est de 1&,000 habitants. Tandis que vous errez aui^ alentours de cette ville, vous arrivez au bord du célèbre Disjiml Stoamp ou Marécage lugubre. Du point où il prend naissance (à 8 ou 9 milles de Norfolk), il s'étend vers le &ud jusqu'à la distance de &0 milles, sur une largeur de 25. Cet immense marais est rempli dans toute son étendue , à quelques rares exceptions près, de ds^tritus de végé^ux , de mille genres diiléreuts ; de fragments de bois en putréfaction, et de racines colossales d'arbres, enchevêtrées et enlacées les unes dans lesi autres. &VU* la surface immédiate du sol, composé d'une fapge noirâtre, se montrent disséminées çà et là, imte multitude de conferves, et d'autres plantes herbacées, dont la plupart ressemblent à de la mousse, bien que quelques-unes d'entre elles atteignent une hauteur de A ou 5 pieds: Yhydra/igea s'y fait surtout remarquer. Au milieu de cette végétation inférieure, s'élèvent, à des intervalles rapprochés , des cyprès énormes , qui sont assez touifus de feuillage pour entretenir, dans toute l'étendue de la « fondrière lugubre, » une obscurité égalant ceîle du crépuscule du soir. Hais» au cei;)tre de cette désolation profonde, vous découvrez, avec un étonnement extrême^ çei que
LB Ij^^RÉÇAGi; LUÇUBf E. 1%5
iififi^j^Q\)jpc]fijïs ^ppçlçr une admirable oaaU liquide. Ç'^t uu lafi vçr^ çovùxo,^ réiiiera,ude, qui se trouva compléteja;\çn,t eucai^&é dans la sombra forêt bourr beuse que nous avons essayé dç décrire. Cette raagniflque nappe d'eau, de 7 milles de long et de 5 et demi de large , a reçu le nom de a Drummond's Lake. » L'illustre poète irlandais, Thomas Moore, dont la Grande-Bretagne déplore en ce moment la, perte, a attaché, au Dismal Swamp un souvenir impérissable. Une légende indienne qui lui fut racontée, lors de sa visite pendant sa jeunesse à la Virginie , lui suggéra le sujet de l'une de ses plus charmantes ballades, celle qui a pour première strophe :
They made her a grave, too cold and damp
For a soûl so warm and true ; And she*s gone to the Lake of the Dismal Swamp, iVkere, ail nîght long, by a fire-fly lamp,
She paddles her white canoë.
Suivant la croyance populaire dont il s'agit, un jeune guerrier indien, qui avait perdu la raison à la mort d'une jeune fille qu'il aimait, disparut subitement du wigwam de ses amis, sans qu'on en entendît plus parler. Comme il ne cessait de s'écrier, dans ses accès de délire, que son amante n'était pas morte, mais partie pour le « Marécage horrible, » l'on suppose qu'il s'engagea dans cet affreux désert, et qu'il y mourut de faim , ou qu'il fut enjÇloij^i Ç/ar \m,ç, de ses redoi:^t?^lçs fopdrièf e^?.
136 SCÈNES AIIÉEIGAIHBS.
Afin que voas ayez une idée plus exacte encore de cette intéressante légende sauvage, nous allons donner la traduction complète de la pathétique ballade de Thomas Moore :
« Ils lui creusèrent une tombe trop froide et trop hamide pour une âme si ardente et si fidèle ; et elle s*en est allée au lac du « Marécage Lugubre, » où, tout le long de la nuit, à la lueur d'une mouche de feu, elle fait voguer sa blanche nacelle.
« Et bientôt je verrai la flamme vacillante de sa lampe éclatante; J'entendrai bientôt le bruit de sa rame ; notre vie sera longue et pleine d'amour ; et je cacherai la vierge dans le tronc d'un cyprès, lorsque le pas de la mort sera proche.
« Il s'achemina avec empressement vers le Marécage- Lugubre. — Le sentier était rude et pénible ; il marcha à travers des genévriers enlacés et des couches de roseaux ; il se fraya un chemin à travers plus d'une fondrière, repaire des serpents, où jamais homme auparavant n'avait osé pénétrer.
« Et lorsque sur la terre il s'étendit pour dormir, dès que le sommeil appesantit ses paupières, soudain la vigne homicide distilla sur lui ses pleurs empoisonnés, et imprégna de sa rosée brûlante les membres du voyageur reposant sous son ombre.
« Et près de lui la louve agitait le buisson, et Thaleine