‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 40 sur 91 · LE FLEUVE HUDSON · texte numérisé non relu

LE FLEUVE HUDSON

part des autres grandes rivières de l'Amérique. Il est redevable de son nom moderne au capitaine hollandais Hendrick Hudson, qui le découvrit en 1610. Ce hardi marin mit à la voile, de La Haye, dans son vaisseau la Demi-Lune, au commencement de cette année-là, dans l'intention de se diriger vers la Chine, à travers un bras de mer dont il soupçonnait l'existence quelque part, dans les latitudes mitoyennes de l'Amérique du Nord. Arrivé à la vaste embouchure d\x Mohegau (l'ancien nom de l'Hudson), il se figura que c'était là le bras de mer qu'il cherchait; mais il ne tarda pas à se convaincre de son erreur, non-seulement parce que les bords se rapprochaient insensiblement, mais surtout parce qu'il s'engrava, par une belle après-midi, au beau milieu du fleuve, lequel était sujet, nous dit-on, à cette époque, à des obstructions sablonneuses. 11 convint donc qu'il n'y aurait pas moyen d'aller par là en Chine.

A mi-chemin, entre New-York et Albany, je m'arrêtaiàStony-Point, où fut livrée Tune des trois batailles décisives qui donnèrent aux États-Unis leur indépendance. Les deux autres eurent lieu à Lexington et à Bunker s Hill, non loin de Boston, en Massachusetts. D'après une tradition fort accréditée parmi les riverains de l'Hudson, le célèbre pirate capitaine Kidd, qui fut pendu, il y a cent cinquante ans, par les Anglais, aurait enfoui dans maint endroit des trésors immenses, qui n'at-

182 SGÉNBS AlféRlClINBS.

tendent aujourd'hui qu* une main heureuse pour être déterrés.

Peu de temps avant d'arriver à Albany, vous apercevez sur la gauche la chsdne des monts Kaat^dll, sur le plus élevé desquels une autre croyance populaire vous apprend qu'un fameux Hollandais d'autrefois, nommé Rip Wan-Winkle, resta endormi pendant vingt ans. Cette légende a été racontée, dans un style fort attrayant, par le plus célèbre des auteurs américains de nos jours , M. Washiogton-Irving. Pour peu que le touriste sache apprécier les plus éminentes qualités de l'esprit et du cœur, il ne manquera pas de visiter, ou au moins, à coup sûr, de regarder en passant, avec un intérêt extrême, la délicieuse villa de Sunny-Side, où M. Washington-lrving mène actuellement une douce vie, loin du bruit et des tracasseries de ce monde. C'est précisément l'endroit où il a placé le théâtre des événements, qu'il a détaillés dans son intéressant conte, intitulé : The Legendof Sleepy UoUow,

Après avoir quitté Albany, où l'on ne voit que le Capitole qui soit digne d'attirer les regards, nous nous acheminâmes vers la florissante petite ville de Troie, à 6i milles plus au Nord. Le climat de cette dernière localité passe pour être très-salubre ; elle est, en outre, entourée d'une multitude de collines, du sommet de chacune desquelles (m jouit d'un coup d'oeil diâérent et agréable à la foi».

SàRATOGÂ. 189

dont le majestueux Hudson fait les principaux frais. Indépendamment de cette ville de Troie» « l'État impérial » en contient plusieurs autres qui portent des noms étrangers, plus ou moins sonores* Ainsi, nous visitâmes Syracuse^ remarquable par ses sources imprégnées de chlorure de sodium ; -— Rame, Utica^ Oswego, JRochester, dont le commerce de farines est immeUvSe ; --Egypte, Athènes, Batavia, Palmyra, Geneva^ etc.

Non loin de Troie se trouvent les eaux minérales les plus célèbres que possèdent les États-Unis ; ce sont les sources de Saratoga. Durant trois mois, chaque été, Télite de Faristocratie américaine s'y donne rendez-vous des points les plus éloignés de la République. L'observateur européen ne saurait choisir un meilleur moment pour étudier les mœurs et les habitudes des classes riches aux États-Unis ; il verrait, à Saratoga, avec quel soin se maintient cette ligne de démarcation, que la fierté de certains riches a établie entre les deux hôtels du lieu. Quand une dame, logée à l'hôtel n^ 4, songe à donner un grand bal, elle se gardera bien d'inviter une voisine quelconque de l'hôtel n*» 2, quel que soit, d'ailleurs, le mérite de ceux qui y sont installés; et cela tout simplement parce que l'hôtel n"" 2 n'est pas autant de mode que celui du n** 1. — La principale des sources de Saratoga (la source de Congress) a une composition singulièrement complexe ; en effet, elle tient

en dissolution de l'iodure et du bromure de potassium, et en même temps, du bi-carbonate de soude et du carbonate de fer, etc. Aussi s'aperçoit-on que la plupart des malades qui boivent de ces eaux-là s'en trouvent fort bien ; mais quant à prétendre que les deux tiers de ceux qui fréquentent Saratoga, chaque année, soient le moins du monde souffrants, non, rien de pareil !

Celui qui veut aller, dans la belle saison, de New-York à Montréal, ou même à Québec en Canada, choisit d'ordinaire la route qui conduit au lac Champlain, situé dans l'une des parties les plus pittoresques de la province de New- York : il a cent trente-deux milles de long et de neuf à quatorze de large. En hiver, ce lac est presque toujours complètement gelé ; c'est dans cet état-là que je l'ai vu.

En quittant le lac Champlain, j'ai parcouru une portion considérable de la région, toujours dans rÉtat de New-York, où Fenimore Cooper a placé les principaux événements de son chef-d'œuvre, le Dernier des Mohicans. Mais parmi la population qui habite aujourd'hui les bords de la rivière Mohawk ou Mokican^ je n'ai pu retrouver aucune trace dans les traits ni dans les manières qui me rappelât le jeune et brillant Uncas, ou l'intrépide (ffiil-de-Faucon.

Page 1