ABUS A BE FORME B
Conduite insensée. — Mendiants européens.— Prostituées d'outremer. — Le gamin de New-York. — Pétards malfaisants. — Groupe de petites fées. — Maisons qui s'écroulent. — Chacun pour soi. — Une tuile sur la tête. — Explosions de carrières. — Taureaux furieux. — Télégraphe électrique. — Minerai précieux. — Vols à l'américaine.
Incerti que faU ferant, obi listeTe detar.
(YiaoïLB.) Creseit amor nammi, qvantùm ipsa pecvnia ereseit.
[JxnrkrtkL,)
11 est impossible d'observer de près, sans frémir, à quel point la manie de l'émigration prévaut actuellement chez les populations inférieures en Allemagne, en Angleterre, et surtout en Irlande. Chaque navire qui arrive à New- York, de Brème, de Londres ou de Liverpool, vous montre, en dégorgeant sa cargaison vivante, que « le nom de cette dernière est Légion^ » comme dit l'Apocalypse. Pendant mon séjour à New-York, je voyais
186 SCÈNES AMÉaiGAlNES.
arriver de l'Europe des bâtiments qui avaient à leur bord, celui-ci huit cents individus, et cet autre plus de mille. Si la plupart de ceux qui | émigrent de la sorte savaient d'avance à quels ) malheurs ils s'exposent en s' expatriant, ils préfé- ' reraient, à coup sûr, continuer à endurer, même en Irlande, les privations auxquelles ils sont en butte, plutôt que d'imiter la conduite insensée de ceux qui les ont précédés au Nouveau-Monde.
Qu'ils sont donc blâmables ceux qui, au lieu d'éclairer sur ce sujet la multitude de personnes qui laissent ainsi le certain pour l'incertain, les poussent, au contraire, à l'abandon de leur patrie par des motifs intéressés ! On ne devrait, du moins, conseiller l'émigration qu'à ceux assez pourvus de moyens pécuniaires pour se rendre, aussitôt débarqués sur la côte atlantique de l'Amérique, dans les seuls trois États qui leur offriraient des ressources réelles : le Wisconsin^ Clowa et le Minnesota. Mais ces provinces sont situées si loin de Boston, de New-York et de Philadelphie, où le plus grand nombre des émigrants débarque, qu'il faudrait à ceux-ci, pour s*y transportera travers toutes les contrées intermédiaires, une somme supérieure à celle que leur coûte le passage transatlantique tout entier. Or, la proportion de ceux qui arrivent d'Europe n'ayant pas dans leur poche de quoi s'acheter un dîner, le jour même de leur débarquement, dépasse
de beaucoup ceux qui ont été plus prévoyants.
Pourtant, n'arrive-t-il pas souvent, direz-vous, que des familles pauvres, en Irlande en Allemagne, reçoivent des secours d'argent de leurs parents, qui ont émigré naguère aux États-Unis ? — Mais comparez le nombre de ceux qui sont en mesure de faire ces envois-là avec la grande masse des émigrants, et vous trouverez qu'ils sont comme le chiffre 1 est à 10,000. Un mince filet de lumière qui pénètre dans un appartement complètement plongé dans les ténèbres, frappe davantage les yeux que tous les autres objets qui y restent dans l'obscurité.
La plupart de ces infortunés se figurent, en quittant leur pays, que les négociants et les entrepreneurs américains les attendent avec impatience sur le rivage pour les employer, et ils ne se doutent guère qu'à peine délivrés de l'atmosphère méphy tique qu'ils ont respirée dans l'entrepont de leur vaisseau, durant un long et pénible voyage, il leur faudra peut-être aller mendier un morceau de paiu aux passants dans la rue de Broadway, ainsi que je l'ai vu bien des fois. Plus tard, un malheur encore plus grave pourra fondre sur eux : les hommes, en proie au désœuvrement, s'affilieront vraisemblablement à la société des rowdies et des ha fers, vauriens qui n'existent que pour la discorde, le vol, quelquefois le meurtre, s' abandonnant aux jurements les plus révoltants pour les
188 SCÈNES ÂMÉBIGAINES.
motifs les plus futiles. Quant aux femmes non mariées qui resteront sans occupation, la religion seule, si elles en ont, pourra les empêcher de s'associer à cette classe ignoble, qui a pour odieux métier celui de promeneuses nocturnes. Et pour les pauvres mères de famille, ne courront-elles pas le risque de voir leurs enfants s'enrôler dans la lie de cette génération naissante de New-York qui grandit, les filles comme les garçons, au milieu de la plus honteuse oisiveté ?
Ici, c'est le lieu de remarquer que le mérite du gamin de la « Ville impériale » peut se résumer en deux mots, c'est qu'il serait, au besoin, passé maître ou professeur, quant à son art, du gamin de Paris, et presque aussi accompli que celui de Londres.
Si vous considérez dans cette catégorie celui qui est le moins méchant, vous le trouverez incessamment engagé dans des occupations fort bizarres , vu le théâtre qu'il a coutume de choisir pour ses amusements. C'est ainsi que , en longeant le trottoir d'une rue fréquentée , vous serez plus d'une fois averti de sa présence par un coup douloureux, que vous porte au genou ou au mollet sa toupie à pointe de fer, qu'il fait tournoyer tout le long du jour sur les dalles. Voyez comment , au mois de mars et d'avril, il persiste à faire envoler son cerfvolant du toit d'une haute maison , oubliant obstinément qu'hier ou avant-hier tel ou tel de ses ca-