GAMINS DE NEW-YORK
marades est tombé de son poste élevé, et s'est tué sur le coup ! D'autres fois, après avoir tourné le coin d'une rue tranquille , vous vous trouvez soudain pris , pour ainsi dire , entre deux feux : sur chacun des trottoirs de la rue où vous venez de déboucher, sont rangés une vingtaine de gamins qui se lancent mutuellement une volée de vieilles briques, d'ardoises et de pierres. Le dimanche est, en général , le jour qu'ils choisissent pour ces fâcheux combats , attendu que les rues sont devenues alors silencieuses et désertes, comparativement à ce qu'elles sont pendant la semaine. Dans une de mes promenades solitaires dans un quartier de New-York, je rencontrai une bande de ces joyeux gamins qui s'occupaient à clouer une grosse caisse à emballer, dans laquelle ils venaient (tout simplement pour s'amuser et sans se préoccuper le moins du monde des suites de leur action) de faire entrer l'un de leurs camarades. En entendant les cris lamentables que poussait cet infortuné prisonnier, je me hâtai , comme vous le pensez bien , de faire sauter le couvercle de la caisse , et ainsi de lui sauver probablement la vie.
C'est surtout le jour anniversaire de la déclaration de l'indépendance (4 juillet) que le gamin de New- York s'en donne à cœur joie : depuis la veille au soir jusqu'à minuit du 4 , la police lui permet sottement de se servir d'armes à féu de toutes sortes ; aussi la population gaminière en profite-
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t-elle au nec plus ultra. En tournant le coîtî d'une principale rue de New -York, le 4 juillet, je rencontrai un groupe de ces jeunes vauriens qui y tiraient à balle sur un but , sans protection quelconque pour les passants. Dès là tombée de la nuit de ce même 4 juillet, on aperçoit dans toutes les rues une multitude de ces écervelés J)ostés aux fenêtres des étages supérieurs, et lançant à chaque instant de gros pétards enflammés sur les femmes et sur les enfants paisibles qui cheminent au-dessous. J'ai vu à plus d'une fenêtre des jeunes gens, âgés de vingt à vingt-cinq ans , se livrer à cet infâme amusement.
C'est l'usage, non seulement dans la «Ville impériale, » mais encore dans chacune des autres grandes cités américaines, que les enfants de bonne maison, des deux sexes, même ceux d'un âge tendre, sortent seuls pour se rendre au pensionnat, quelque éloigné qu'il soit de la maison paternelle. Il n'y a rien de plus joli à contempler que ces groupes de gracieuses petites filles , de six à dix ans, que l'on rencontre à chaque pas, tous les matins, de huit à neuf heures, et le soir, vers trois heures, s' acheminant gaiement, soit à l'école, soit au logis , avec leur gentil paquet de livres, suspendu sur l'un des bras par un large ruban de soie.
n n'est pas nécessaire de s'avancer en Amérique, plus à Touest que New-York , pour s'assurer de la
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vérité de ce qui est devenu maintenant proverbe , en ce qui touche la grande majorité de la population des États Unis, c'est-à-dire que « la vie de nos semblables n'a nulle valeur, quand il s'agit de gagner des dollars pour soi. » 11 y a dans cette ville, si splendide en apparence, des milliers de maisons qui ont été bâties si vite, afin d'économiser du temps ; dont les murailles ont été rendues si minces, dans le but d'économiser du terrain pour de nouveaux lots; et enfin, dont la charpente a été choisie par un architecte si peu consciencieux, dans un bois à bon marché, tel que la ciguë, le sapin, etc., qui se casse souvent comme le verre, que vous ne devez pas être surpris si, en Ouvrant votre journal chaque matin, l'une des premières nouvelles qui vous frappent, sous le simple titre di accident ^ vous apprend que « hier, i la brune, trois ou quatre maisons (j'en ai vu tomber six à la fois , précisément de la façon dont =^' écroulent des maisonnettes de cartes faites par 3es enfants) , dans la rue Sainte-Catherine ou tUinton^ se sont subitement écroulées , et ont enseveli sous leurs décombres deux pères de famille, avec leurs femmes et leurs enfants. » — Les New- "Yorkistes riches substituent au marbre blanc, qui est plus rare chez eux qu'en Pensylvanie et en Ma- Tyland , des dalles minces de cette belle espèce de granit, couleur de chocolat, dont il existe de riches carrières auprès de Baltimore.
Pendant que Ton construit Tune de ces demeures, ou que l'on en répare le toit, gare à vous si vous passez directement au-dessous! Jamais vous n'aurez devant vous la charitable croix de bois, que laisse choir de la gouttière supérieure le maçon parisien , pour vous avertir du risque que vous courez d'être victime de la chute d'une tuile. Un danger encore plus sérieux, c'est celui de tomber, la nuit et même le jour, jusqu'au fond d'une de ces trappes ou entrées de souterrains , si communes à New- York; par une incurie inconcevable, elles restent très-souvent ouvertes. Dans les étages supérieurs de bien des grands magasins , cette même sorte de trappes se présente fréquemment. Ici, elles sont encore plus à redouter que les précédentes : je faillis un jour, l'an dernier, me tuer en tombant dans un de ces gouffres, chez l'un des premiers négociants deNew- York. — Bref, il faut que le promeneur, dans cette ville, conserve perpétuellement sa parfaite présence d'esprit, car rarement il sera prévenu de l'approche d'un danger par celui qui doit en être la cause ou l'instrument. Un omnibus ou un wagon (il en circule dans certains quartiers de New-York, sur des rails de fer, mais traînés par des chevaux), vous écrasera indubitablement, pour peu que vous soyez plongé dans quelque rêverie au moment où ils galopent à côté de vous. Et quand, par hasard, vous sortez de la ville dans l'intention d'çn explo-
rer les environs, qui sont, de tous les côtés, romantiques et pittoresques au plus haut degré , vous serez tout d'un coup réveillé de votre contemplation par Texplosion d'une carrière, dont vous étiez loin de soupçonner la dangereuse proximité.
Nous passons ici sous silence Ténumération d'autres cas analogues (démontrant parfois la négligence des autorités) , parmi lesquels nous pourrions mentionner les courses fréquentes, à travers les rues les plus passantes de la ville, d'un taureau furieux , qui s'est détaché du troupeau que l'on conduisait vers l'abattoir de tel ou tel boucher. Ces animaux, provenant en général des régions occidentales du Missouri ou du Tennessee, sont, pour la plupart, à l'état sauvage proprement dit ; aussi, leur irruption imprévue sur les places publiques occasionne-t-elle souvent de grands malheurs. Le seul moyen de salut auquel aient recours ceux qui sont assez agiles pour le faire, c'est de grimper bien vite sur le sommet d'un arbre, d'un fiacre ou d'un omnibus, s'il s'en trouve un à leur portée.
Nous ne devons pas omettre de parler ici des perfectionnements extraordinaires qu'ont donnés au télégraphe électrique l'entreprenant M. Morse et d'autres savants des États-Unis. Actuellement, l'arrivée à New- York du dernier steamer de Liverpool, ainsi que le résumé des nouvelles dont il est porteur, telles que le prix du coton, etc., sont connus à la Nouvelle-Orléans en moins de vingt
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minutes ; la distance entre ces deux métropoles est de 1700 milles *. Il y a eu » depuis quelques années, au sein de ce peuple ingénieux» une foule d'inventions plutôt curieuses qu'utiles» que nous nous dispenserons de citer, puisque les comptesrendus du Palais-de-Cristal en ont mentionné les principales. Depuis la clôture de l'exposition , il a été inventé » dans la province de Wisconsin , un appareil en gutta-percha » au moyen duquel le fermier-inventeur Mt traire, tous les jours, son troupeau de cent cinq vaches, lesquelles auparavant ne laissaient pas que de l'embarrasser beaa-fioQ* coup pour l'exécution de cette opération. m]
Dans l'État voisin de Wisconsin, celui du Min-|)fe nesota, de même que sur certains autres points de '^ rUnion, on a fait, il y a peu de mois seulement, k une découverte bien plus importante, — celle d'uneiiï source abondante d'acide borique, sous l'état defa] borate de chaux. Si les détails qui nous sont par-^i^ venus à ce sujet sont exacts, la France cessera, pourvu qu'elle le veuille, d'être désormais, comme par le passé, tributaire de la Toscane, pour cet élément essentiel de l'immense quantité de borax
* Le lecteur nMgnore sans doute pas que le télégraphe électrique ne fut pas inventé aux États-Unis, ainsi que bon nombre d«{ DOS voisins d*outre-mer se le figurent. C'est à GErsted de Copenhague que revient la gloire de la découverte, en 1820, d« rélectro-magaétisme. Mais ce principe a été appliqué, pour la pre*i mièrefois, par un illustre Français, M. Ampère, père de Tacftdé-^ roicieo actuel.
3ous-borate de soude) qu'elle consomme annuelîment dans les arts.
Il ne nous semble pas hors de propos de coneiller ici, aux Européens qui visitent New-York, de e méfier de bien des genres de vol « à TAmérisaine » qui y sont exploités plus que partout ail- .eurs. Évitez-y surtout les mock-auctions ^ c'est- Mire les « fausses ventes à Tenchère, » dont les plus à redouter ont lieu chez certains petits horlogers et bijoutiers, qui réussissent souvent à dévaiser complètement , par leurs infâmes machinaions, le provincial ou l'Européen qui a franchi le euil de leur boutique. Ne répondez jamais non lus à ces jeunes loafers qui, tandis qu'ils font ambiant de ramasser un portefeuille qui se trouve ir votre passage, vous demandent, avec l'air de . meilleure foi du monde, si ce n'est pas le vôtre, n même temps, il vous étalent sous les yeux force illets de banque {faux, bien entendu). Que vous isiez oui ou non à leur question, aussitôt ils s'of- •«nt à vous remettre le portefeuille tel qu'il est, moyennant la moitié de la valeur de son contenu, Dmme qu'ils vous prient de leur donner en or ou n argent, de votre propre bourse.
La « Ville Impériale » renferme cinq théâtres xamatiques, indépendamment de Castle-Garden et .e Tripler-Hall, deux immenses salles qui ne s'ou- Tent que lorsque les directeurs sont sûrs à l'avance Le les remplir d'un auditoire aussi nombreux que
ceux qu'ont attiré les Jenny Lind, — les Catherine Hayes et les Sontag. — Castle-Garden , qui n'est autre chose qu'un énorme fort circulaire restauré, est situé sur une véritable île, à côté de la Batteny, position admirable pour un concert, en ce que le mugissement des flots, quand la baie est houleuse, et le clapotement des vagues contre les rochers voisins, viennent, fort agréablement pour l'oreille, se marier aux sons des basses, et autres instruments de l'orchestre. — Le théâtre le plus en vogue chez les New-Yorkistes, en temps ordinaire, c'est celui de Niblo, auquel est attaché un charmant jardin, qu'on a bien soin d'utiliser en été.i Ce sont des ballets, alternant chaque soir avec des, opéras-comiques, qu'on y représente ordinairement. Le plus spacieux théâtre dans toute l'Union le Park-Théâtre de New- York, fut incendié coni plétement peu de temps avant mon arrivée. Ce fu là que le célèbre acteur irlandais Power joua, la' veille même du jour où il s'embarqua à bord du Président, qui sombra avec tout son monde, quelques jours après. Des spéculateurs viennent de construire cinq élégantes maisons sur l'emplacement du Park-Théâtre : c'est là certes, un emploi utile de son argent. Il n'y a peut-être pas de ville au monde où le terrain à bâtir soit aussi cher qu'à New- York , et où les habitations rapportent plus à leurs propriétaires , surtout danè le quartier des affaires.
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