‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 46 sur 91 · AMIS SINCÈRES · texte numérisé non relu

AMIS SINCÈRES

Napoléon demanda un jour « ce qu'il pensait des Américains? — Sire, répondit le prince Talbyrand, je pense que ce sont de fiers cochons, et des cochons fiers! » Si l'ombre de ce fameux personnage pouvait revenir du séjour des morts, et visiter aujourd'hui cet admirable pays, elle verrait que nulle part la distinction des manières n'est portée plus loin que chez « l'homme comme il faut » aux États-Unis; et que nulle part aussi l'amitié et le dévouement ne se montrent sous un jour plus vrai et plus durable. C'est à New -York, surtout, que les âmes d'élite, empreintes de ces qualités, resplendissent aux yeux de l'étranger, par leurs actions bien plus que par leurs paroles; dignes enfants, certes, d'une « Ville impériale! » L'expérience que j'en ai faite personnellement a laissé en ma mémoire des traces si profondes, que chaque fois, dans les années à venir, que mes pensées se reporteront vers l'époque de mon séjour dans cette «Empire City, » je retrouverai malgré moi au fond de mon esprit ces charmants vers du comte de Ségur, ambassadeur de France en Russie, du temps de l'impératrice Catherine II :

Le souvenir, présent céleste. Ombre (les biens que l'on n'a plus, Est encore un plaisir qui reste Après tous ceux qu'on a perdus !

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