‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 50 sur 91 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

■LAII^^lTAYS DES ET ATS-VHIl 8.

Trains transatlantiques. — Wagons commodes. — Poêle importun. — Convois lancés dans les rues. — « Précaution inutile. » — Descente périlleuse. — Fer natif des Américains. ^^ Usines de Pittsburg. — Monstre marin.

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On rifht and left, how fast they pasaed Each cily, town and tower I •'

{Lénore, de BOrgbr.)

Un convoi à vapeur américain doit frapper singulièrement r Européen qui y entre pour la première fois. Chaque wagon ne lui présente qu'un compartiment unique. Il y a une double rangée de sièges placés transversalement et munis de dossiers mobiles, pour que les trois personnes assises sur chacun d'eux, puissent, à volonté, tourner le dos ou la face à celles qui leur sont les plus voisines. Un passage longitudinal, resté libre dans

toute l'étendue de chaque wagon , entre les deux rangées de bancs parallèles, permet à un voyageur de première classe, par exemple, de cheminer, s'il en a la fantaisie, d'une extrémité à l'autre du convoi entier; puisque chaque car (wagon, en langue américaine) est pourvu de deux portes, que l'on peut ouvrir et clore à volonté. Grâce à cet arrangement, il serait bien plus facile ici que chez d'autres peuples, de combattre promptement un incendie qui éclaterait accidentellement dans tel ou tel wagon. Durant le trajet, le conducteur en chef, veuf d'un uniforme quelconque, fait une apparition soudaine dans chacun des passages mitoyens, pour vérifier, recueillir, ou donner des billets.

Pendant la saison froide, chaque wagon possède son poêle en fonte; on le surchauffe tellement, le jour comme la nuit, qu'il est surprenant que le feu ne prenne pas aux boiseries environnantes à chacun des voyages. Aussi, l'atmosphère intérieure, étant composée presque essentiellement de gaz azote et d'acide carbonique, deviendrait en peu de temps complètement irrespirable, si l'agitation d'une certaine classe d'individus, qui heureusement ne peuvent pas rester tranquillement à leur place, n'introduisait fréquemment du dehors, par l'ouverture des portes, une nouvelle quantité d'air non vicié. Mais un malencontreux voyageur, en proie à quelque malaise, vient-il par hasard à

UN CONVOI d'outre-mer. 237

baisser tant soit peu Tune des glaces, aussitôt une vingtaine de voix rauques de s'écrier, d'un ton qui n'est rien moins que poli : v Close that there pane instantly I y ou wanl to freeze us alive; do y ou? » (ferraez de suite ce carreau, entendez-vous ? vous voulez donc nous faire geler à mort ? ) Cette phrase peu courtoise s'adresse parfois aussi bien aux dames qu'aux autres voyageurs.

Il doit sembler encore plus étonnant qu'un convoi transatlantique, dans sa marche, ne jonche pas tous les jours sa route des traces d'une véritable destruction , vu le peu de précautions que l'on prend pour prévenir des accidents. Et d'abord, les gardiens sont assez clairsemés le long de la voie ferrée; car aux États-Unis ces employés-là exigent des appointements assez considérables. Puis, le train une fois lancé, on ne se soucie pas le moins du monde des obstacles qu'il pourra rencontrer sur son passage. Il traverse la grande rue des bourgs , des villages, et des hameaux avec la même célérité qu'en rase campagne. Pour ce qui est de certaines villes de premier ordre, telles que Baltimore, Philadelphie, etc., elles n'en sont guère mieux respectées. Dès qu'un convoi a gagné les faubourgs de l'une de ces opulentes cités, la locomotive en est détachée. Le train qui, jusqu'ici, consistait, pour ainsi dire, en une seule pièce, est partagé en trois ou quatre portions isolées, suivant le nombre primitif des wagons. A chacun de

ces convois secondaires, on attële six ou huit che* vaux; alors, vogue la galère I la rapidité avec| 1 laquelle avance ce singulier cortège ne le cède pas notablement à celle du grand convoi, dans sa totalité première.

Au dehors des villes, le chemin de fer coupe sans cesse, à angles droits, les routes ordinaires, réservées aux voitures et aux piétons. En approchant de ces points de rencontre, l'un des machinistes de la locomotive sonne à toute heure, et en toute saison, une cloche stridente. Qu'un accident, une grave catastrophe quelconque arrive ensuite, la conscience des employés n'en est pas moins tranquille ; car, enfin, n'ont-ils pas accompli 1 1 parfaitement leur devoir, en faisant tinter leurjp langue de bronze î Pendant le jour, l'administration se figure qu'elle pousse ses mesures de précaution à des limites extrêmes, en ayant recoun à une autre sorte d'avertissement : au point de jonction des chemins qui se croisent, on a planté deux pieux, traversés à leur sommet par une planche, sur laquelle se trouvent peints , en noir, sur un fond blanc, ces mots : « When bell rings, look out for cars! » (Au son de la cloche, gare au convoi ! ) — Tant pis pour le rustre qui ne sait pas lire ; tant pis pour le myope, ou même pour ' c le clairvoyant, qui ne peuvent plus déchiffrer l'in- 1 scription, par suite de l'action prolongée du temps sur les caractères; tant pis, enfin, pour celui qui

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