‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 57 sur 91 · RÉGIME ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

RÉGIME ALIMENTAIRE

gouttes de vinaigre sur une, deux, trois, parfois quatre assiettes, en avale le contenu, rapide comme la pensée ; puis il jette au marchand son écot, et disparaît sans avoir daigné articuler une syllabe pendant la durée de son opération gastronomique.

La plupart des personnes arrivées récemment de France aux États-Unis doivent y éprouver vivement le besoin d'une multitude d'aliments légers que Ton prépare si admirablement dans leur pays, tels que les épinards, la chicorée, Toseille, etc. En exceptant quelques rares restaurants, celui de Delmonico, par exemple, à New-York, et de deux ou trois autres à la Nouvelle-Orléans, il est impossible d'en trouver dans les autres établissements publics ; ou bien, si Ton y réussit par hasard, on vous les sert à l'état de choux, c'est-à-dire grossièrement hachés et imparfaitement cuits. Ni le Français, ni l'Anglais n'y rencontrent non plus cette qualité de beurre délicieusement parfumé par la nature, que les pâturages odorants de leurs pays leur fournissent. Gela tient, sans doute, à ce manque de fleurs aromatiques sauvages, auquel nous avons fait allusion dans une autre circonstance. Les viandes de boucherie, dans les grandes villes des États-Unis, sont loin de valoir celles que les citoyens de Londres et de Paris ont, en toute saison, à leur disposition. A en juger par les émanations, rien moins que suaves, dont sont assaillis

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voA nerfs olfactifsi quand vous passez en faoe de plus d'un étalage, vous êtes en droit de conclure que les ordonnances de la police ne prescrivent pas aux bouchers de renouveler leur bœuf» leur mouton, et leur veau aussi régulièrement qu'elles le font à Paris.

Bien des gens se figurent, en Europe, que le buffle, qui abonde en Amérique, doit êtie d'une immense ressource pour les populations comme nourriture ; c'est là, jusqu'à un certain point, une o erreur. A l'exception de la langue de cet animal, ca que l'on fume de la même façon que les jambons, et qui est, il faut l'avouer, extrêmement délicate au goût, toutes les parties de l'énorme carcasse du buffle sont tellement coriaces ( et celles des femelles le sont presque autant que celles des mâles), qu'il serait difficile d'en faire manger au naufragé le plus affamé. Pour ce qui est de certaines espèces de poissons, que nous qualifions de ânes, telles que le turbot, la barbue, etCi , elles sont fort rares au delà de l'Atlantique. Mais on y trouve, en revanche, une quantité surabondante d'une autre sorte de poissons très-recherchée des gourmets, c'est le skad, qui ressemble, sous bien des rapports, à l'alose de France : il passe pour être môme beaucoup plus délicat, surtout au mois de mai. On le pêche près de l'embouchure de tous les grands fleuves, depuis l'état du Maine, au nord, juBqu'à celui de la Géorgie, au sud.

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Parmi les fruits indigènes des États«-Unis, celui que Von y récolte en plus grande proportion, en n'exceptant même pas les pommes, c'est la pêche. Dans la saison qui leur est propre, c'est au bois* seau qu'elles se vendent par ceux qui les colportent dans les rues, le prix, en moyenne, étant de 6 sous seulement pour cette mesure. Mais ne nous y trompons pas ; leur saveur agréable est en raison inverse de leur abondance : et je n'exagère assurément pas quand je dis que, parmi cette immense cargaison de pêches, dont plusieurs steamers arrivent journellement chairs dans la baie de New- York, on ne découvrirait pas un seul fruit qui offrît au goût la saveur d'une « pèche de Montreuil. » Du reste, les Américains confisent ces pêches d'une manière fort ingénieuse, éani les couper en morceaux, et, après en avoir jretiré le noyau, lequel est utilisé à son louTi au moyen de la distillation, pour la fabricaticm d*une espèce inférieure d'alcool.

Ces fruits, de même que toutes les productions du sol de l'Amérique du Nord, croissent, en quelque sorte, à l'état sauvage, n'exigeant pas la moindre addition d'engrais. Pour le blé de la province d'Ohio, pour le tabac de la Virginie et du Tennessee, comme pour le cotonnier et la canne à sucre de la Louisiane, ces débris d'anciens végétaux à moitié décomposés, dont on est à même de voir la terre jonchée partout, pour peu que l'on

SCÈIIBS AUÉBICAIMBS.

se promène en rase campagne, engrùssent efficacement le sol que nos plus riches fumiei l'ancien monde. Les abricots sont fort rares États-Unis.

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