‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 58 sur 91 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

liA SAIMT-VA&EIITIII.

Cupidon en campagne. — Serrantes à Longchamp. — Maisons b&ties à la yapeur. — Navires lancés tout gréés. — Flottes de steamers. — Secte originale. — Climat capricieux. — Ëté des Indiens.

Mimi Pinson porte mie rose.

Une rose blanche au eôté ; Cette fleur dans son cœor éelose,

Landerirette !

C'est U saité.

(AtFBKD DE MroSBT.)

**■ Mi parea del porto in seno, Chiara l'onda, il ciel sereno "

(MlTASTASIO.)

Il faudrait avoir passé le mois de février dans Tune des plus importantes villes de la République américaine, pour se faire une idée juste de l'exactitude traditionnelle avec laquelle ses citoyens célèbrent le quatorzième jour de ce mois, fête de Saint-Valentin. C'est, sans aucun doute, de la Grande-Bretagne qu'ils ont copié leur singulier usage, qui y a prévalu depuis un temps immémorial, mais qui tend graduellement à disparaître

tôt SCÈNBS AMéftlCAIIfES.

tout à fait. Les jeunes gens des deux sexes épanchent mutuellement, ce jour-là, leurs sentiments d'amour, au moyen de billets-doux anonymes, ou de Valentines , pour nous servir du terme angloaméricain. Ce serait en vain que Ton feuilleterait la biographie du bon saint Valentin, pour savoir par quel motif Tott a transTontiê W)n anniversaûre en un jour de réjouissance si singulière. Quoi qu'il en soit, à partir de )a veUto, et souvent plus tôt, pas un libraire, pas un papetier de la cité qui n'enlève de son étalage toirte sa marchandise ordinaire, afin de remplir, jusqu'au damier pouce de la place qu'elle occupait, de feuilles valentines. Cellçs^îi restent blanches, quant à l'espace destiné au futur billet^loux , mais elles sont ornées d^élégants encadrements coloriée et dorés, surmontés de plus d'un emblème de fidélité éternelle. Plus d'un vieux garçon, plus d'une vieille fille sont victimes ce jour-là« tout autant que de jeunes amants malheureux, d'une mystification passagère. Au moment oà vous , homme sérieux , je le suppose , vous venez de vous asseoir à côté de votre table à déjeuner, et que, en tisonnant votre feu, vous ne vous préoccupez que des nouveaux détails poU*^ tiques que renferme le journal que vous avez sous la main, l'on vous remet tout à coup un gentil biUet p^famé, écrit d'une cbannante msdn de femme, et présentant pour timbre, soit un Gupi^ don décochant un trait sur deux cœurs placés Tua

SOUBRETTES BNDIMAnGRÉ ES. SM

près de Pautre ; soit une Flore et un Zéphlr, dans leurs attitudes théâtrales accoutumées. — Et danà la première maison où vous vous rendrez pour une afflûre importante, Ton vous mettra peut-être sous les yeux une lettre analogue, que vient de recevoir la jeune fille la plus attrayante de la famille. L'écriture de ce fatal billet ressemble tellement à la vôtre, que vous restez ébahi pendant quelques instants, et vous ne réussissez pas toujours à vous disculper à la satisfaction de votre entourage. Au demeurant, il n'est pas rare de voir certaines de ces valentines devenir un véritable enjeu dans la plus compliquée de toutes les loteries, c'est-à-dire, amener à bonne fin des mariages sérieux.

Un Européen serait tenté de croire que la grande majorité des servantes blanches en Amérique, toutes les fois qu'elles sortent pour se divertir, vont fêter le jour de Saint- Valentin, tant elles ont Tabsurde manie d'imiter en élégance, autant que leurs moyens le leur permettent, la toilette de leurs maîtresses ; aussi, ces dernières évitent-elles, autant que possible , de fréquenter les mêmes lieux de promenades que leurs suivantes. Quand vous marchez derrière un groupe de ces joyeuses soubrettes, vous vous figurez d'abord voir quelquesunes des merveilleuses lionnes de fendroit ; mais venez-vous , après avoir dépassé ces dignes filles d'Eve, à les regarder en face, comme par accident, oh ! alors, le doute a disparu : quelque jolies

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qu'elles soient, quelque réguliers que soient leurs traits, vous ne tardez pas à remarquer qu'elles manquent de cette distinction qui est la marque caractéristique des classes élevées, et que les personnes d'un rang inférieur ont tant de peine à imiter. D'ailleurs, le plus souvent, la présence d'un rustre endimanché et dandy fié qui accompagne nos promeneuses, décèle en un clin d'œil, par la gaucherie de sa tournure et par la coupe des ses vêtements, le rang auquel appartient la I bande bruyante que vous suivez. -

Le lendemain du jour de fête où nous venons d'apercevoir, par la pensée, cette réunion mixte, l'on ne peut s'empêcher de convenir que tous ces braves gens méritent bien de s'amuser pendant un seul jour de la semaine ; car tout le long des six autres, ils travaillent, hommes et femmes, avec un zèle extraordinaire. Les maçons surtout, et autres ouvriers de bâtiments, frappent l'attention de l'observateur étranger par la persévérance avec laquelle ils bravent le froid glacial de janvier et les chaleurs brûlantes de juillet, dont les rayons ardents portent si souvent à l'un ou à l'autre de leurs camarades le mortel sunstroke (coup de soleil)! — L'extrême rapidité avec laquelle les Américains élèvent leurs édifices les plus vastes est remarquable. La nuit dernière , par exemple , un bloc, de vingt maisons a été la proie des flammes ; au lieu de perdre plusieurs jours, à C européenne,

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