CHAPITRE XXIX
IiB MEILI^VE.
Devise convenable.— Acapulco. — ^Tampico. — Vera-Gruz. — Saint- Jean -d'UUoa. — Boueurs ailés. — Gardiens trop vigilants. — Routes détestables. — Fleurs admirables. — Ville chère aux médecins. — Bandits et leurs compères. — Volcans jumeaux. — Cité de Mexico. — Éperons énormes. — Le Mont-Orizaba.— Riches mines d'argent. — Cyprès colossal. — Vanillier. — Cacaotier. — Gochenillier. — Les chevaux et leurs lunettes. — Pyramide majestueuse. » Deux régicides.
■ Zafflr, rubini, oro, topa^» e p«rle, E diamanti, e chrytoUti, e gladnti, Potriano i floii assimigliar, e le perle, Liete piagge T'area l'aura dipintf.
Si rerdi l'erbe, che potendo arerle Qnk (ib, ne foraii gU smeraldi rinti.
(Abkmto, Oriando furioto, Canto, 54.)
Après les Canadiens, les voisins les plus importants des États-Unis, ce sont assurément les Mexicains. Dans ce moment, surtout, il est intéressant d'y arrêter les regards, en passant; car, sans l'ombre d'un doute, ce qui fut jadis un empire des plus florissants, — la république actuelle du Mexique, est destinée à devenir partie inté-
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grante de T Union. Les empiétements de « Frère Jonathan » à Tégard du Texas et de la Californie, nous prouvent suffisamment qu'il ne se laissera arrêter par aucun scrupule, dès^qu'une occasion favorable se présentera pour agrandir son territoire, même par l'appropriation de la riche province Mexicaine. A côté de leur devise « E pluribus unum, » les Américains ne devraient-ils pas ajouter, — grâce à leur soif de conquête, — ce fameux vers du vieil Horace ?
Hem, si possis, recte; si non, quocumgue modo rem.
Ne dût-il leur en résulter d'autre avantage que d'ayoir habituellement comme lieu de relâche le port d'Acapulco (sur la côte Pacifique) , pour leurs navires Californiens, c'en serait, certes, là un immense.
Des points méridionaux des États-Unis, — de la Nouvelle-Orléans, de Mobile, et de Pensacola,— l' on se rend facilement et promptement dans les ports mexicains de Tampico ou de Vera-Cruz. La première de ces deux villes acquiert chaque jour une importance nouvelle aux dépens de l'antique cité de Vera-Cruz, dont le port et la rade sont loin d'offrir un mouillage sûr à de gros navires. Mais, en revanche, il s'y rattache des souvenirs d'un haut intérêt. En effet, cette ville se trouve bâtie sur les lieux mêmes où Femand Cortez débarqua, au commencement du XV* siècle. Ce fut, ajoute la
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tradition, de cet illustre capitaine qu'elle a reçu le nom qu'elle porte. A 300 brasses du rivage s'élève, au centre d'une tle, l'imposante forteresse de Ssunt-Jean-d'Ulloa, prise d'assaut en 1838 par le prince de JoiuYille, et rendue plus tard aux Mexicains.
Les maisons de Vera-Cnu, semUiJbiles à celles de la Havane, sont munies de balcons : elles forment un carré tout autour d'une vaste cour. Les rues rappellent généralement celles de Turin et d'autres villes italiennes, en ce qu'elles sont bordées d'arcades de chaque côté. Leur propreté est due, en grande partie, prétend-on, aux soins d'une quantité considérable de buseë-dindons, que Fou désigne sous le nom de wpiloteê. Ces volatiles, vus de loin, suggèrent l'idée, par leur couleur foncée, tandis qu'ils ingurgitent avec voracité toutes sortes d'immondices, au milieu des égoûts, d'une bande de vautours noirâtres de la Patagonie.
La première nuit qu'un étranger passe à Vera- Gruz, il lui est de toute impossibilité de dormir, grâce aux cris lugubres des watchmen, ou gardiens nocturnes. Ce cri n'est autre que le mot espagnol sereno! serenol signifiant beau temps : aussi, ces watchmen sont-ils désignés sous le nom de serenos.
De Vera-Cruz à la ville de Mexico, le trajet serait on ne peut plus agréable, si la chaussée publique était convenablement entretenue: maisja-
mais on ne songe à la réparer ! Sur la droite, comme sur la gauche, l'œil du voyageur est sans cesse charmé par des fleurs dont on essaierait en vain dé dépeindre la beauté éclatante. Ce qui ajoute encore à Fagrément de cette excursion, c'est l'arrêt d'une nuit que fait votre diligence dans chacune des villes de Puebla, et de Jalapa, surtout si vous y arrivei:, ainsi que cela a lieu d'ordinaire, une heure ou deux avant la chute du jour. Jalapa devient, chaque été, pendant la durée périodique à Vera-Cruz du terrible vomito (épidémie ressemblant au choléra asiatique) , la résidence de tous ceux qui craignent trop ce redoutable fléau pour rester dans la localité où elle a commencé à sévir.
Xalapa est la dénomination mexicaine de la ville que nous venons de mentionner. Il serait superflu, sans doute, de rappeler ici au lecteur, — princi** paiement à celui qui s'est occupé tant soit peu de l'étude de la botanique, — que c'est dans le voisinaga de Jalapa que croît, en abondance énorme, cette racine éminemment utile qui fait partie essentielle de l'une des médecines noires prescrites par les praticiens français. — Malgré la présence de ce fameux produit, (le convolvulus-jaiapa)^ c'est un véritable Éden que toute la contrée à l'entour de Xalapa.
Après avoir cheminé un peu plus loin dans la direction de Mexico, vous arrivez à PerDte, qui
passe pour être, quant à ses relations avec les brigands de grand chemin, ce qu'étaient au siècle dernier, en Italie, les villes de Terracine et de Fondi. Tout près de Perote, est une montagne de 13,600 pieds de haut; c'est le Coffre, nom qu'elle doit à sa forme singulière.
En dépit des ornières profondes, dont l'horrible route est sillonnée dans toute son étendue, l'on gagne enfin la vallée célèbre de Mexico. Dans toute sa longueur, qui est de 40 lieues environ, elle offre aux regards émerveillés de délicieuses pelouses, émaillées des fleurs les plus belles que l'imagination puisse concevoir. Au moment d'y entrer, vous apercevez fort distinctement les volcans de Popocatapeti^ et d'iztaccihuati. Non loin de cette dernière, — qui veut dire la « Dame Blanche, » — se découvre le Mont-McUinche, haut de 12,000 pieds. Ce mot signifie en ancienne langue mexicaine Marianna. C'était, comme on le sait, le nom de la ravissante femme Indienne de Fernand Gortez.
La ville de Mexico portait jadis le nom de Tenochtitlan. Peu s'en fallut que cette antique cité ne fût détruite, de fond en comble, il y a une dizaine d'années, par un tremblement de terre. Si le choc eût duré deux minutes de plus, il n'en resterait plus aujourd'hui les moindres vestiges. Sa population actuelle est de 152,000 âmes.
On regarde la « Grande Place » de Mexico comme la plus belle qui existe, même au sein