‹ Scènes américaines; dix-huit mois dans le Nouveau mondeChapitre 72 sur 91 · VILLE DE MEXICO · texte numérisé non relu

VILLE DE MEXICO

d'une capitale européenne quelconque. Il est fâcheux que Ton ait transporté dans l'intérieur du musée la superbe statue équestre de l'empereur Charles IV, qui en formait naguère la décoration centrale. Ce n'est certes pas à tort que le baron de Huinboldt a décrit , en termes enthousiastes , ce chef-d'œuvre du sculpteur Mexicain Toisa. — Indépendamment du riche muséum que nous venons de mentionner, où l'on remarque ta cotte de mailles de Fernand Cortez, et du « Palais-National, » le touriste ne peut contempler qu'avec une vive admiration la vénérable cathédrale de Mexico. La presque totalité des maisons de cette capitale sont en pierre : jamais l'on n'y en construit en bois. Sauf les demeures des pauvres, elles sont splendidement ornées à l'intérieur. Les rues sont, à leur tour, très-spacieuses, propres et bordées de magasins richement garnis. Au milieu des marchandises qui s'y trouvent étalées, nous devons ranger en première ligne des ouvrages curieux en filigrane d'argent. Les articles que l'on semble le plus souvent façonner en ce métal, ce sont, chose étrange 1 des éperons : et grands dieux! quels éperons ! Les habitants de Brobdignac eux-mêmes s'écrieraient qu'ils sont trop gros. Mais le travail en est exquis au plus haut degré. — Cette préférence pour les parures d'argent se manifeste dans bien d'autres occasions. Jetez les yeux sur la devanture de la boutique du premier bottier venu,

et VOUS êtes sûr d'être ébloui par des lames, ou plaques resplendissantes, qui recouvrent les tiges entières d'une paire de bottes à Téouyère.

A r exception des provisions de bouche les plus essentielles, telles que le pain, la viande de boucherie, le sucre et le café, etc., dont les prix sont très-modérés, tout ce qui tient aux agréments plus ou moins utiles, et même au bien-être de la vie, est extrêmement cher dans la ville de Mexico.

Quant au costume des Mexicains natifs, il est de nos jours ce qu'il était vraisemblablement du temps de l'empereur Montézuma : on en imaginerait difficilement d'aussi pittoresque et somptueux à la fois. Les chapeaux des hommes rappellent par leur fonne ceux des chevaliers, sous Charles II, d'Angleterre; les élégants glands et festons d'argent dont ils sont ornés, pendent négligemment de l'un et de l'autre côté de la figure. Au-dessous du manteau nommé sarape, que le Mexicain porte avec une grâce infinie, se trouve un costume qui ne ressemble pas mal à celui de certains cavaliers qui figurent dans « Marco Spada » , le nouvel opéra-comique d'Auber. — Les dames paraissent afiectionner singulièrement les châles en crêpe le plus fin. Dans les moments d'humidité ou de froid, elles remplacent par un manteau nommé rebozo^ leur délicieuse gaze de Chine, bien que ce châle, par la manière dont elles l'arrangent, rehausse leurs

charmes tout autant que le fait le charmant voile mezzaro, tombant de la tête sur les épaules des jeunes filles aux yeux noirs de Gènes.

La plus grande merveille naturelle du Mexique est, sans contredit, le mont Orizaba * qui , sans communiquer avec une autre montagne, s'élève brusquement et majestueusement de la plaine»

jusqu'à la hauteur de 18,000 pieds, au-dessus du niveau de la mer. — Il est digne de remarque que les fleuves et les rivières sont fort rares en Mexique, et que les lacs y sont bien moins étendus qu'ils ne l'étaient autrefois. Cette observation s'applique principalement au lac Tezcuco, près duquel est sise la ville de Mexico.

A mesure que les siècles s'écoulent, les célèbres mines d'argent du Mexique, — celles de Guanajuato, — ne semblent nullement en voie de s'épuiser. Pendant l'année 1851 , elles ont produit pour 8 millions 600,000 piastres. Ces veines argentifères constituent, l'expérience le prouve, une source de richesses bien moins précaire que celles des régions aurifères, soit de l'Australie, soit de la Californie. Le chiffre, en moyenne, des ouvriers qui exploitent annuellement les mines d'argent du Mexique, est de 70,000 : dans ce nombre, il y a une proportion notable de mineurs anglais \ on les choisit parmi ceux qui ont longtemps trsr

* Ce mot signifie « Montagne de l'étoile brillante. »

vaille dans les mines d'étain de Corcouailles.

Outre les fleurs brillantes, dont le sol Mexicain est jonché sur une vaste portion de sa surface, cet intéressant pays renferme, en outre, une foule d'autres productions végétales dignes d'être signalées. Dans le « Jardin de Montézuma » , à Mexico, vous rencontrez des cyprès d'une grosseur vraiment colossale. L'un d'eux, suivant M. de Humboldt, a une circonférence de 40 pieds. Une superstition populaire dit que les bosquets de ce jardin sont hantés par l'âme de cette merveilleuse Indienne, Marianna, qui réussit à captiver le cœur de Fernand Cortez.

Sur bien d'autres points du territoire, l'on retrouve le vanillier, dont le fruit, ou gousse aromatique, est si recherchée par les confiseurs et même par les ménagères de toutes les classes en Europe. Cette précieuse plante à la tige grimpante, et dont la racine est rampante, appartient à la famille des Orchidées. Elle croît dans les lieux humides et ombragés, sur les bords des sources et ruisseaux : on en distingue plusieurs variétés. Dans son voisinage, on récolte, çà et là, une espèce des plus fines du cacaotier. C'est en raison de cela que le chocolat du Mexique est aujourd'hui estimé par-dessus celui de Cayenne ellemême. Ce dernier avait été longtemps regardé comme la qualité la plus supérieure qui fût connue.

Le touriste considère ailleurs, avec un intérêt

extrême, le cactus-nopal, sur les feuilles veloutées duquel se développe la cochenille. Ce fameux insecte hémiptère est devenue une marchandise des plus lucratives pour la province Mexicaine. Il serait inutile, je pense, de rappeler au lecteur que la matière colorante de la cochenille, celle, par exemple, qui donne à « TEau de Botot » sa teinte agréable, ainsi qu'au liquide contenu dans les tubes therraométriques ordinaires, s'obtient tout simplement en traitant les corps d'une certaine quantité de ces insectes, après les avoir pulvérisés, dans un mortier, par de l'alcool concentré. Comme celui-ci dissout le principe colorant, il ne reste alors qu'à l'évaporer pour avoir ce dernier à l'état de siccité. Vient-on ensuite à soumettre cette matière à l'action de l'ammoniaque, et à certains autres réactifs chimiques, l'on produit en dernière analyse cette éclatante couleur rouge appelée carmin. — Le vermillon, personne ne l'ignore, n'a rien de commun avec la substance colorante de la cochenille ; car c'est un composé de soufre et de mercure, trouvé à Iddria en Camiole, et, surtout à Almaden, en Espagne.

Il est, sans doute, inutile de dire ici que la ville de Honduras, auprès de laquelle croît le mahogony, ou l'arbre à acajou, se trouve dans cette partie du « vieux Mexique » , qui porte de nos jours le nom de Guatimala.

Les chevaux mexicains sont bien dignes des

SiO SCÈNES AMÉRICAINES.

éperons en argent massif, dont il a été qaestkm jdns haut. Ils ne le cèdent nullemeiit ^i beaatë à la race chevaline arabe la plus pore. En marcbant, ils arquent les jambes de devant, d'une manière i^réable à voir. Le procédé, k l'aide duqud on leur fait contracter cette habitude, est assez sûngulier. N'étant encore que jeunes poulains, jamais on ne les hûsse sortir de leur écurie sans leur coovrir les yeux d'une psdre de yérHaMes lunettes, à verres considérablement grosnssants. Armés de cette puissance de vision artificielle, ils prennent le plus petit caillou pour une grosse pierre, et chaque pavé dans les rues leur semble évidemment un moellon infranchissable. On comprend maintenant la force qu'a déjà acquise, à l'époque où l'on cesse de les dresser, cette habitude de vouloir sans cesse éviter des obstacles.

Les perroquets et les perruches du Mexique sont on ne peut plus appréciés dans tous les coins de ( l'Europe.

La disposition géologique du Mexique est extrêmement remarquable. Les trois quarts, au moins, de sa superficie, consistent en une haute taUeland (terrain en forme de table), qui s'élève jus- | ^^ qu'à 8,000 pieds au-dessus du niveau de la mer. — La population actuelle de la province entière est de 8,000,600 âmes.

Au Mexique, les ruines sont loin d'être aussi rares qu'aux États-Unis. L'une des plus curieuses

est rimmense pyramide de Cholula, que les Aztecs, — les Mexicaios d'autrefois , — avaient destinée au culte de Quatzalcoati, leur Mars, ou dieu de la guerre. Cet imposant monument ressemble étonnemment, suivant le baron de Humboldt, au temple de Bélus en Orient ; mais tous les voyageurs ne partagent pas cette autre opinion de rillustre savant, qui pense que la base du Cholula a des dimensions doubles de celle de la pyramide de Chéops en Egypte. Quoi qu'il en soit, ce restant d'un temple psuen est devenu, pour ainsi dire, le vaste piédestal d'une él^ante chapelle catholique, dédiée à la Vierge Marie.

Celui qui s'arrête à Mexico, ne fût-ce que l'espace de vingt-quatre heures, ne doit pas omettre d'aller visiter la forteresse de Chapultepec, située sur le sommet d'une colline volcanique, à une lieue environ de la capitale. Pendant la dernière guerre mexicaine (en 1846) , le général Scott, tout récemment candidat pour la présidence des États-Unis, se couvrit de gloire, par l'habileté avec laquelle îl mit ses vaillants soldats en mesure de prendre d'assaut cette place, qui leur opposait une résistance des plus acharnées. Les braves Mexicains ne se rendirent que lorsque l'ennemi eut fait pleuvoir mille quarante bombes sur leur fort montagnard. En outre, les bords du Rio Grande sont certes de nature à réveiller vivement l'enthousiasme du touriste, en rappelant à ses souvenirs

les exploits de cet intrépide et bien-aimé général Taylor, qui y cueillit sa couronne de lauriers immortels. Tandis que Ton chemine le long des fertiles bords du Rio-Grande , en songeant à la sanglante bataille qui y fut livrée naguère , Von ne peut s'empêcher de murmurer tout bas ce couplet élégiaque d'un vieux trovador espagnol.

« Rio verde ! rio verde !

Quanto cuerpo en ti se bana, De Christianos y de Moros, Muertos por la dura espada!

Y tus ondas cristalinas

De roxa sangre se esmaltan :

Bluriô gente de yalia

De la nobleza de Espana ! » *

Il serait difficile d'explorer le Mexique en détail, sans se livrer de temps en temps à des rêveries mélancoliques, à mesure que tel ou tel objet vient évoquer devant soi les ombres impériales de Guatimozin et.de Montézuma. Dans un moment, le touriste croit les apercevoir, assis sur un splendide trône, et ayant le front ceint de ce brillant diadème, que les rois Aztecs des anciens jours leur ont légué. D'autres fois, semblables à ces

* O fleuve ! aux rives toujours verdoyantes, que de corps de Chrétiens et de Maures ont été noyés dans tes eaux, après avoir été blessés à mort par le sabre homicide ! Et tes ondes cristallines ne se sont-elles pas émaillées de leur sang vermeU ! Là ont péri des chevaliers les plus renommés, dignes rejetons de la fiëre noblesse des Espagnes ! {Mort de Don Aguiiar.)

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revenants nuageux de héros, "qu'Ossian suscite, au son de sa harpe, sur la montagne de Grona, ou bien au fond de la vallée de Morveo, ces deux empereurs chevaleresques apparaissent à ses regards, sortant, au milieu d'une atmosphère brumeuse, de leur tombe sanglante, et invoquant sur les mânes de Femand Cortez et de ses gaerriera, la teiTible vengeance des dieux infernaux de leurs pères, les Aztecs, pour le double régicide qui a été consommé en leurs personnes !

En méditant sur cet événement, le voyageur est presque tenté de se demander si Cortez ne méritait pas le même sort que ses compagnons Almagro et Pizarro, qui, après avoir, peu d'années plus tard, en (1521), cruellement étranglé au Pérou le puissant Inca Ahatualpa, périrent l'un et l'autre dans une guerre civile, qui fut la conséquence presque immédiate de ce meurtre barbare?

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