Molière aime présenter un i Docteur
personnage qui parle sans arrêt, ; 4. Où = d laquelle. Règle : L'é-
tandis que l'interlocuteur essaie i tat où je vous vois. Cf. p. 132, n. 4.
GÉuoME. — Ah ! quelle impétuosité de paroles! 11 n'y a l»as moyen d'y résister. (.4 Sg-anarcllc.) Monsieur, je vous prie de la faire redevenir muette.
SGAXAUELLE. — C'est uuc cliosc qui m'est impossible. Tout ce que je puis l'aire pour votre service, est de vous rendre sourd, si vous voulez.
GÉnoNTE. — Je vous remercie.
[Mais Léandre vient annoncer que son oncle est mort e-n lui laissant tous ses biens. Géronte lui trouve alors « une vertu tout à fait considérable » et lui donne sa fille. Sganarelle demeure médecin et pardonne à Martine les coups de bâton qu'elle lui a lait donner, en favcm- de la dignité où il est désormais élevé.]
Comédie en vers et en 3 actes (Janvier 1G68).
Analyse et Exti'nHs
[Molière emprunte un peu partout. Il a lu une comédie de l'auteur latin Plante, toute remplie de quiproquos plaisants, et il fait une pièce à la lois amusante et fine. — Nous sommes en Grèce, à Thèbes, au temps où les dieux descendent volontiers sur la terre partager la vie dès mortels et même leur jouer quelques tours. Amphitryon donc est un illustre général thébain : [upiter, le roi des dieux, s'est amusé à lui emprunter son air et son visage, au point qu'Alcmène elle-même, la femme du vrai Amphitryon, prendra le dieu pour son mari. Ht Mercure, dieu fort malin, puisqu'il est le patron des voleurs, s'est donné la ligure et le nom de Sosie, valet d'Amphitrvon. Il est facile de comprendre quelles méprises et surprises égaieront toute la pièce. |
Les deux Sosie
[Amphitrvon, vainqueur dans une grande bataille, a confié à son valet Sosie la mission de rassurer Alcmène et de lui porter des nouvelles. Sosie arrive donc à Thèbes et le voilà dans la rue, en pleine nuit, nullement rassuré, car il a, avec des apparences de bravoure, l'âme volontiers poltronne. Quelle sera sa terreur de voir paraître devant lui lui autre Sosie, tout semblable à luimême, et à la main leste ! J
SGKNE I
La scène est des'ant la maison d'An)phitryon. Sosie a une lanterne à ta main.
SOSIE
Qui va là? Heu ! ma peur à chaque pas s'accroît' ! Iu5
Messieurs, ami de tout le monde-.
1. î"aftTO(/ rime avec fs^ On | 2. Vrai mot de poltron : «il/f.sprononruit s'accrait. Cf. p. iW, sieurs, qui que vous ioyez, je n. 'i. I l'ous aime tous ! »
Ah ! quelle audace sans seconde ' De marcher à l'heure qu'il est!
Que mon maître, couvert de gloire, Me joue ici d'-un vilain tour! lOO
Quoi ! si pour son prochain il avait quelque amour, M'aurait-il fait partir par une nuit si noire? Et, pour me renvoyer annoncer son retour
Et le dclail de sa victoire, Ne pouvait-il pas bien attendre qu'il fVil jour ? iGï,
Sosie, à quelle servitude Tes jours sont-ils assujettis !
Notre sort ^ est beaucoup plus rude Chez les grands que chez les petits.
Ils veulent que pour eux tout soit, dans la nature, . 170
()l)ligé de s'immoler.
Jour fl nuits grêle, vent, péril, chaleur, froidure, Dès qu'ils parlent, il faut voler.
Vingt ans d'assidu service
N'en obtiennent rien pour nous; 175
Le moindre petit caprice Nous attire leur courroux.
Cependant noire âme insensée S'acharne au vain honneur de demeurer près d'eux, Et s'y veut contenter de la fausse pensée ISO
Qu'ont tous les autres gens que nous sommes heureux. ^'ers la retraite en vain la raison nous a])pellc, En vain notre dépit queltpiefois y consent; Leur vue'' a sur notre zèle
Un ascendant trop puissant, iSu
El la moindre faveur d'un coup d'ieil caressant Nous rengage de plus belle".
Mais enlin, dans l'obscurité, Je vois notre maison, et ma frajeur s'évade'.
Il me faudrait, pour l'ambassade, l!iO
Quelque discours prémédité.
Je dois aux yeux d'Alcmène un portrait '^ militaire
i . Sans seconde = safis pareille. .ï. Leur vue = la vue des grands.
2. De = par. Règle : // irai- i C Voilà bien la vie des courtait de mépris les dieux, p. 57, tisans: servitude, froissements, n. i. désir de fuite : mais il suffit d'un
3. Entendez notre sort à nous res^^rfl aimable du maître, et les valets, et aussi à tous ceux Iwi reprend lejoug que la louk-, qui sont au service des grands. ^^'^ loin, enMC.
4. Le tour est elliptique mais .;• •^"''''«rf'' = s'en va (latin cvaclair: qu'il soil Jour ou nuit, qu'il ""'■
X ait orèle, etc. 8. Portrait =; peinture.
Du grand combat qui met nos ennemis à bas ; Mais comment diantre le faire, Si' je ne m'y trouvai pas? 19j
N'importe, parlons-en et d'estoc et de taille -,
Comme oculaire témoin.
Combien de gens font-ils des récits de bataille Dont ils se sont tenus loin!
Pour jouer mon rôle sans peine, 200
Je le veux un peu repasser^.
Voici la cliambre oii j'entre en courrier que l'on mène^. Et cette lanterne est Alcmène, A qui je me dois adresser.
{Sosie pose sa lanterne à terre et lui adresse son compliment.) « Madame \ Amphitryon, mon maître et Aotre époux... 205 (Bon! beau début !) l'esprit toujours plein de vos charmes.
M'a" voulu choisir entre tous, Pour vous donner avis du succès de ses armes, Et du désir qu'il a de se voir près de vous.
« Ah! vraiment, mon pauvre Sosie, 210
A te revoir j'ai de la joie au cœur. » « Madame, ce m'est trop d'honneur, Et mon destin doit faire envie. »
(Bien répondu !) « Comment se porte Amphitryon ? »
« Madame, en homme de courage, 215
Dans les occasions où la gloire l'engage. >>
(Fort bien ! belle conception!) « Quand viendra-l-il, par son retour charmant,
Rendre mon âme satisfaite ? »
" Le plus tôt qu'il pourra. Madame, assurément, 220
Alais bien plus tard que son cœur ne souhaite -■. » (Ah !) Mais quel est l'état où la guerre l'a mis '? Que dit-il ? Que fait-il ? Contente un peu mon âme. » « 11 dit moins qu'il ne fait, Madame, Et fait trembler les ennemis. » 225
l. Si := puisque. ' il convient à un messag-er oflî-
■2. L'estoc est la pointe: la /a/7- I ciel).
/?. le tranchant de 1 epée. Frap per d'estoc et de taille, c'est frapper en tous sejis. Sosie semble vouloir dire qu'il parlera sans hésiter. Mais la locution, toute militaire, est piquante dans la bouche de ce pleutre.