SCENE DERNIERE
MADAME JOURDAIN, CLÉONTE, :M0NSIEIR JOURDAIN, LUCILE, DORANTE, COVIELLE
MADAME JOURDAIN. — Couimcnt donc ? Qu'est-ce que c'est que ceci? On dit que aous voulez donner voire lille en mariage à un carême-prenant ' ?
MONSIEUR JOURDAIN. — Youlcz-vous VOUS talrc, impertinente ? Vous venez toujours mêler vos extravagances à toutes choses, et il n'y a pas moyen de vous apprendre à être raisonnable.
MADAME JOURDAIN. — C'csl VOUS qu'il n'y a pas moyen de rendre sage, et vous allez de folie en folie. Quel est voli-e dessein, et que voulez-vous faire avec cet assemljlage- ?
MONSIEUR JOURDAIN. — Jc vcux marier notre lille avec le lils du Grand-Turc.
MADAME JOURDAIN. — Avcc le lils du Graud-Turc ?
MONSIEUR JOURDAIN, montrant Coviellc. — Oui, faites-lui faire VOS compliments par le truchement ^ que Aoilà.
MADAME JOURDAIN. — Je liai quc faire du truchement, et je lui dirai bien moi-même, à son nez, qu'il n'aura poiat ma fille.
MONSIEUR JOURDAIN. — Voulcz-vous VOUS taire, encore une fois ?
DORANTE. — Comment, Madame Jourdain, vous vous opposez à un honneur comme celui-là ? Vous refusez son Altesse turque pour gendre ?
MADAME JOURDAIN. — Moii Dieu ! Monsicur, mêlez-vous de vos affaires
DORANTE. — C'est l'amitié que nous avons pour vous qui nous fait intéresser» dans vos avantages^
MADAME JOURDAIN. — Jc mc passcrai bien de votre amitié.
DORANTE. — Voilà Aotre lille qui consent aux volontés de son père.
MADAME JOURDAIN. — Ma fillc couscnt à épouscT un Turc?
DORANTE. — Sans doute.
MADAME JOURDAIN. — Elle peul oublicr Cléonte ?
i. Carcme- prenant. Cf. p. 258, II. i. Ici, le mot a le sens de masque de carnaval.