‹ Scènes choisies [sous la direction] par Ch. GeorginChapitre 306 sur 443 · SCENE IV ARGANTE, SCAPIN et SYLVESTRE dans le fond du théâtre · texte numérisé non relu

SCENE IV ARGANTE, SCAPIN et SYLVESTRE dans le fond du théâtre

ARGAXTE, se croyant seul. — A-t-on jamais ouï parler d'une action pareille à celle-là ?

scAPix, à Sylvestre. — Il a déjà appris l'affaire ; et elle lui tient si fort en tète, que, tout seul, il en parle haut.

ARGAXTE, se Croyant seul. — Voilà une témérité bien grande !

SCAPIN, à Sylvestre. — Ecoutons-le un peu.

ARGANTE, se Croyant seul. — Je voudrais bien savoir ce qu'ils me pourront dire sur ce beau mariage.

SCAPIN, d part. — Nous y avons songé.

ARGANTE, Se croyaut seul. — Tàcheront-ils de me nier la chose ?

SCAPIN, d part. — Non, nous n'y pensons pas.

AHGXSTE, se croyant seul. — Ou s'ils entrepi'endront • de l'excuser ?

SCAPIN, à part. — Celui-là - se pourra faire.

ARGANTE, se Croyant seul. — Prétendront-ils m'amuser par des contes en l'air ?

SCAPIN, à part. — Peut-être.

ARGANTE, se croyant seul. — Tous leurs discours seront inutiles.

SCAPIN, à part. — Nous allons voir.

ARGANTE, se croyaut seul. — Ils ne m'en donneront point à garder ^.

SCAPIN, à part. — Ne jurons de rien.

ARGANTE, se croyant seul. — Je saurai mettre mon pendard de lils en lieu de sûreté.

SCAPIN, à part. — Nous y pourvoirons.

ARGANTE, se croyant seul. — Et pour le coquin de Sylvestre, je le rouerai de coups.

SYLVESTRE, d Scapin. — J'étais bien étonné s'il m'oubliait.

ARGANTE, apercevant Sylvestre. — Ah ! Ah ! vous voilà donc, sage gouverneur de famille, beau directeur* de jeunes gens !

1. Tdcheront-ils... ou s'ils entreprendront. Règle: Tombé-Je dans l'erreur ou si j'en vais sortir ?

ne m'attendais pas à celle-là. Cf.

Crodzet..., Gr. Fr., § 338.

3. En donner à garder à quelqu'un, locution familière qui si-

Celui-là (= ce dernier cas- ! griifie lui en faire accroire, le

là) se rapporte à un nom qui tromper.

n'est pas exprimé. De même, 4. Gouverneur et directeur ont

clans le lang-age populaire dau- ; tous deux le même sens de pré-

jourd'hui, on dira celle-là : je , cepteur, éducateur.

LES FOUUBEUIIiS DE SCAriN

SCAPIN. — Monsieur, je suis ravi de vous voir de retour.

AiiGANTE. — Bonjour, Scapin. (,4. 6'jZr(?s^/-6'.) Vous avez suivi mes ordres vraiment d'une belle manière ! et mon (ils s'est comporté fort sagement pendant mon absence !

SCAPIN. — Vous vous portez bien à ce que je vois.

AKGA>TE. — Assez bien. (A Sylvestre.) Tu ne dis mot, coquin, tu ne dis mot.

^CAPix. — Votre voyage a-t-il été bon ?

AUGANTE. — Mon Dicu, fort bon ! Laisse-moi un peii quereller ' en repos.

SCAPIN. — Vous voulez quereller ?

AiiGAME. — Oui, je A eux quereller.

SCAPIN. — Et qui. Monsieur ?

ARGANTE, montrant Sylvestre. — Ce maraud-là.

SCAPIN. — Pourquoi ?

AUGANTE. — Tu n'as pas ouï parler de ce qui s'est passé dans mon absence ?

SCAPIN. — J'ai bien ouï parler de quelque petite cliose.

ARGANTE. — Comment ! quelque petite chose î Une action de cette nature !

SCAPIN. — Vous avez quelque raison.

ARGANTE. — Une hardiesse pareille à celle-là ?

SCAPIN. — Cela est vrai.

ARGANTE. — Un fils qui se marie sans le consentement de son père ?

SCAPIN. — Oui, il y a quelque chose à dire à cela. Mais je serais d'avis que vous ne lissiez point de bruit.

ARGANTE. — Je uc suis pas de cet avis, moi ; et je veux faire du bruit tout mon soûl 2. Quoi ! tu ne trouves pas que j'aie tous les sujets du monde d'être en colère ?

SCAPIN. — Si l'ait. J'y ai d'abord été, moi, lorsque j'ai su la chose ; et je me suis intéressé pour vous, jusqu'à quereller votre lils. Demandez-lui un peu quelles belles réprimandes je lui ai faites, et comme je l'ai cliapitré ^ sur le peu de respect qu'il gardait à un père dont il devait < baiser les pas-'. On ne peut pas lui mieux parler, quand ce serait vous-

1. Quereller est plusieurs lois cmploj'é sans complément, par Molière, au sens de faire une querelle.

■2. Soûl, cf. p. 249, n. 1.

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