‹ Scènes choisies [sous la direction] par Ch. GeorginChapitre 310 sur 443 · OCTAVE, SCAPIN, LÉAM)RE · texte numérisé non relu

OCTAVE, SCAPIN, LÉAM)RE

LÉAXDUE. — Ail! ah! vous voilà! Je suis ravi de vous trouver, Monsieur le coquin.

scAPix. — Monsieur, votre serviteur. C'est trop d'honneur que vous me laites.

i,É ANDRE, mettant l'épée à la main. — Vous faites le méchant I)Iaisant ! Ah ! je vous apprendrai. . .

scAPix, se mettant à genoux. — Monsieur !

OCTAVE, se mettant entre deux pour empêcher Lcandre de frapper Scapin. — Ah ! Léandre !

LÉAXDRE. — Non, Octave, ne me retenez point, je vous prie.

scAPix, d Léandre. — Hé ! Monsieur !

OCTAVE, retenant Léandre. — De grâce !

LÉANDKE, i'oulant frapper Scapin. — Laissez-moi contenter' mon ressentiment.

OCTAVE. — Au nom de l'amitié^ Léandre, ne le maltraitez point.

SCAPIN. — Monsieur, que vous ai-je fait?

LÉAXDRE, voulant frapper Seapin. — Ce que tu m'as fait, traître !

OCTAVE, retenant encore Léandre. — Hé ! doucement.

LÉANDRE. — Non, Octave, je veux qu'il me confesse luimême, tout à l'heure-, la perlidie qu'il m'a faite. Oui, coquin, je sais le trait que tu m'as joué ; on vient de me l'apprendre, et tu ne croyais pas peut-être que l'on me dût révéler ce secret; mais je veux en avoir la confession de ta propre bouche, ou je vais te passer cette épée au travers du corps.

SCAPIN. — Ah! Monsieur, auriez-vous bien ce cœur-là? .

LÉANDRE. — Parle donc.

SCAPIN. — Je vous ai fait quelque chose, Monsieur ?

LÉANDRE. — Oui, coquin, et ta conscience ne te dit que trop ce que c'est.

SCAPIN.— Je vous assure que je l'ignore.

LÉANDRE, s'avançant pour frapper Seapin. — Tu l'ignores !

OCTAVE, retenant Léandre. — Léandre !

SCAPIN. — Hé bien. Monsieur, puisque vous le voulez, je vous confesse que j'ai bu avec mes amis ce petit quartaut^

4. Contenter = satisfaire corn- [ 2. Tout à l'Iieure = « l'instant, plétement. CF. sur la Vie des :i. Qnartaut, quart d'un gros

mots, p. 186, n. 4. | tonneau qu'on appelait muid.

de vin d'Espagne dont on vous fit présent il y a quelques jours, et que c'est moi qui fis une fente au tonneau, et répandis de l'eau autour, pour faire croire que le vin s'était échappé.

LÉAXDRE. — C'est toi, pendard,qui m'as bu mon vin d'Espagne, et qui as été cause que j'ai tant querellé la servante, croyant que c'était elle qui m'avait fait le tour ?

scAi'ix. — Oui, Monsieur, je vous en demande pardon.

LÉAXDRE. — Je suis bien aise d'apprendre cela. Mais ce n'est pas l'afTaire dont il est question maintenant.

scAPix. — Ce n'est pas cela. Monsieur ' ?

LÉAXDRE. — Non : c'est une autre alïaire qui me touche bien plus, et je veux que tu me la dises.

SCAPIX. — Monsieur, je ne me souviens pas d'avoir fait autre chose.

LÉAXDRE, coulant frapper Scapin. — ïu ne Aeux pas parler?

SCAPIN. — Hé !

OCTAVE, retenant Léandre. — Tout doux !

SCAPIX. — Oui, Monsieur ; il est vrai qu'il y a trois semaines que vous m'envoyâtes porter, le soir, une petite montre à la jeune Egyptienne que vous aimez. Je revins au logis mes habits tout couverts de bovie, et le visage plein de sang, et vous dis que j'avais trouvé des voleurs qui m'avaient bien battu, et m'avaient dérobé la montre. C'était moi. Monsieur, qui l'avais retenue -.

LÉAXDRE. — C'est toi qui as retenu ma montre ?

SCAPIN. — Oui, Monsieur, afin de voir quelle heure il est.

LÉAXDRE. — Ah ! ah ! j'apprends ici de jolies choses, et j'ai un serviteur fort fidèle, vraiment ! Mais ce n'est pas cela encore que je demande ?

SCAPIX. — Ce n'est pas cela ?

LÉAXDRE. — Non, infâme ; c'est autre chose encore que je veux que tu me confesses.

SCAPIX, à part. — Peste !

LÉAXDRE. — Parle vite, j'ai hâte.

SCAPIX. — Monsieur, voilà tout ce que j'ai fait.

LÉAXDRE, voulant frapper Scapin. — Voilà tout ?

OCTAVE, se mettant au-devant de Léandre. — Hé !

SCAPIX. — Hé bien ! oui, Monsieur. Vous vous souvenez de ce loup-garou^, il y a six mois, qui vous donna tant de

1. Scapin se repent déjà d'avoir avoué trop vite ce qu'on ne lui demandait pas.

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